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05/06/2019 12h:19 CET | Actualisé 05/06/2019 12h:19 CET

Les cadavres encerclés

Houari Bouchenak

Nous voulons juste écrire un regard et laisser la lumière tenir ses promesses.

De Bouzereah à Kouba construite par le Hadj Pacha, des Tagarins où se côtoyaient les Moudejares (émigrants de Grenade), les Baldis et les Tamarins (migrants de Valence, d’Aragon et de Catalogne), de Bir Mourad Raïs, pirate d’origine hollandaise ou albanaise à Belcourt du nom d’un entrepreneur français à Baba Hassan première propriété coloniale à Scala, tout nous raconte la diversité culturelle de la capitale et de toute l’Algérie. Et pourtant on a laissé mourir le docteur Fekkar parce qu’il réclamait la reconnaissance de sa culture. 

Le ciel caressait enfin nos espoirs et, soudain, on a vu rouler sur nous toutes les pertes. Voila que nos dos s’arrondissent d’anciens vagues d’images trop vues.

Après le Tunnel des facultés, la place Maurice Audin c’est la Grand-Poste qui est barricadée et interdite. Même les tombes de Abane Ramdane, Didouche Mourad, Larbi Ben Mhidi, Mohamed Boudiaf. et même l’émir Abdelkader le sont. Les cadavres sont encerclés. 

Mais qui est barricadé, les citoyens ou le pouvoir ?

Qui a peur des morts ?

Qui a besoin des forces de police et d’hélicoptère pour aller prier durant la nuit du Destin ?

Les rapports de force au sein du pouvoir s’exacerbent, les couteaux sont sortis, les flèches empoissées envoyées et la Constitution ne sert que de paravent, de cache misère .

Le pouvoir réel, qui a dépecé le pays durant 20 années et plus, est nu !

Pendant ce temps, chaque mardi, chaque vendredi, les Algériens investissent les rues des 48 wilayas (plus 1 pour la Palestine chère à nos coeurs). Chaque marche est massive, populaire, pacifique et la chaleur associée au Ramadhan semble renforcer la détermination à dire, à clamer,  le refus d’un régime militaire, le désir d’un Etat civil.

Ceci posé, loin d’être obtenu, certes !  Mais que souhaite le Hirak comme société a-venir, quelles structures économiques, quelles articulations avec la mondialisation ?

Une dynamique révolutionnaire  pour s’approprier les moyens de production ou un certain nombre de réformes du type des ajustements structurelles prônées par le FMI et la Banque mondiale comme notamment l’ouverture aux capitaux étrangers en corollaire ?

Est-ce que l’exploitation des ressources minières et ses richesses appartiennent à la nation, au peuple ? Ses dividendes doivent-ils servir à lutter contre les inégalités ou  à enrichir la grande bourgeoisie et les compagnies étrangères ?

En effet la révolution numérique qui permet de s’informer et de s’exprimer, a aussi bouleversé les régulations sociales, les modes de travail et a crée une rupture dans les canaux de transmission qui se faisaient, il y a encore peu de temps, dans la famille, l’école, le quartier.

Les femmes sont arrivés en masse dans les universités et sur le marché du travail mais avec un statut dépendant du Code de la famille .

Certains parlent aussi d’émergence de l’individu, de passage du Nous au Je soit, mais quid des anciennes solidarités ?

Comment le mouvement populaire va-t-il se saisir de tout cela ?

Pour le moment nous n’avons aucune lecture sur les enjeux de classes à venir, tant le mouvement est pris, voire phagocité par la revendication démocratique et Février fouille nos craintes impatientes.