TUNISIE
14/03/2019 15h:39 CET

Les Boeing 737 Max 8 et 9 interdits de survol et d'atterrissage en Tunisie

Jusqu'à ce que l'enquête fournisse plus de détails.

NurPhoto via Getty Images

L’avionneur américain Boeing se retrouve dans la tourmente avec cette malédiction qui frappe son fleuron, le 737 Max. Ce modèle dont il s’est tant vanté, menace à présent la survie économique de la firme. Et pour cause, l’appareil, dans sa version 8 et 9, a été impliqué dans deux crashs mortels en moins de 5 mois.

Après la Chine, l’Ethiopie, l’Europe, les Etats-unis, le Canada, et bien d’autres pays, voilà que la Tunisie prend elle aussi la décision d’interdire l’avion de survol de son territoire, selon un communiqué publié par le ministère du Transport.

Le ministère explique que tous les Boeing 737-800 Max et 737-900 Max sont désormais interdits d’atterrir sur le sol tunisien ou de survoler le territoire, et ce jusqu’à ce que l’enquête livre plus d’informations.

 

Bien que les répercussions économiques sur les compagnies comptant un ou plusieurs 737 Max dans leur flotte soient dures, les compagnies tunisiennes, elles, ne possèdent pas encore ce modèle, relativement récent (mis en service en 2017).

La cause semble être la même, les deux avions de la compagnie indonésienne Lion Air et celui d’Ethiopian Airlines se sont tous les deux abîmés quelques minutes après le décollage, faisant respectivement 189 et 157 victimes.

Le système MCAS (Maneuvering Characteristics Augmentation System) mis en place par Boeing et censé améliorer la sécurité de l’appareil en contrôlant automatiquement son angle d’attaque et prévenir ainsi le décrochage, semble être à l’origine des deux crashs, même si l’enquête sur le crash de vol Ethiopian Airlines ET302 reliant Addis Ababa à Nairobi, et qui s’est écrasé le 10 mars dernier, n’est toujours qu’à son début.

Cela dit, les similitudes des deux vols sont troublantes, et il est fort probable que la cause soit la même.

Sur cet enregistrement du trajet du vol éthiopien établi par la plateforme FlightRadar24, on voit que l’avion s’est écrasé à peine 3 minutes après son décollage, alors qu’il était à 8600 pieds (environ 2620 mètres) d’altitude.

Capture d'écran / Flightradar24

L’avion était donc encore en phase de montée pour atteindre son altitude de croisière. Le contact avec l’appareil s’était rompu vers 05h41 (heure locale), alors que l’avion volait à 383 nœuds (709 Km/h).

Le crash du vol éthiopien a relancé les doutes au sujet de la fiabilité de l’avion américain. Le 737 Max, dont les versions 8 et 9 sont équipées du système MCAS, est le successeur de l’avion civil le plus populaire et le plus vendu de l’histoire de l’aviation civile: Le Boeing 737.

La malédiction du Boeing 737

Ce dernier avait lui aussi connu une période noire qui avait duré des années. Le 3 mars 1991 à Colorado Springs, dans le Colorado aux Etats-unis, le vol 585 d’Americain Airlines s’était écrasé suite à une perte de contrôle de l’appareil lors de la phase d’approche. 25 passagers avaient été tués.

Le bureau américain d’enquête sur les accidents (National Transportation Safety Board, NTSB) avait alors rendu son rapport après 21 mois d’enquête, sans avoir élucidé l’affaire, et mentionnant une cause indéterminée du crash.

Le même scénario s’était répété avec le vol 427 de USAir 3 années plus tard, faisant 133 victimes. Là encore, le NTSB n’est pas parvenu à désigner la cause de l’accident.

C’est seulement après l’incident du vol 517 d’Eastwind Airlines que la lumière a été faite sur ce mystère. L’avion qui était en phase d’approche, s’est brutalement penché sur la droite, à deux reprises, avant que les pilotes ne parviennent à le stabiliser et atterrir. L’enquête établira un défaut de conception au niveau de la servovalve contrôlant la gouverne de direction, qui, suite à un choc thermique, pouvait se bloquer et parfois s’inverser, rendant très difficile le contrôle de l’appareil.

Le spectre de cette mauvaise expérience avait hanté Boeing durant des années, car la pièce incriminée, ne laissant aucune trace de son blocage, avait entraîné la plus longue enquête de l’histoire du NTSB.

Inquiétude générale

Et si les choses se répètent mais d’une autre façon sur le 737 Max? Clouer au sol un tel avion, qui plus est récent et qui donc doit voler pour être rentabilisé, n’est pas une décision facile. Certaines compagnies continuent tout de même à l’exploiter, comme Easy Jet, qui dit suivre de près le déroulement de l’enquête.

Mais cela ne rassure guerre les passagers et personnel naviguant, dont certains ont refusé d’embarquer sur l’appareil.

Un hashtag #GroundBoeing737max8 (“clouer au sol le Boeing 737 Max8”) a même été lancé sur les réseaux sociaux.

L’inquiétude générale a également gagné les pilotes. Le syndicat américains des personnels navigants, et qui représente aussi les pilotes d’American Airlines, a ainsi demandé à ses membres de ne pas monter à bord d’un 737 Max 8 s’ils ne se sentent pas en sécurité.

La promesse d’un avion hors-normes

À son lancement, Boeing avait publié une vidéo promotionnelle de son nouvel appareil, dans laquelle on voit l’avion, effectuer des manœuvres extrêmes qui montraient ses capacités et le concentré de technologies dont il dispose.

Boeing avait d’ailleurs mis en garde contre “toute reproduction des manœuvres” réalisées dans la vidéo, affirmant que celles-ci ont été effectuées par des pilotes professionnels de Boeing.

On y voit l’appareil effectuant un décollage à la verticale, une action qu’un avion de ligne n’est pas censé effectuer pour éviter un décrochage. La manœuvre visait probablement à montrer l’efficacité du dispositif MCAS, principal suspect dans les crashs de Lion Air et Ethiopian Airlines.

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