ALGÉRIE
15/04/2018 14h:41 CET | Actualisé 15/04/2018 14h:48 CET

"Les ateliers de la beauté", une rencontre sur la problématique de l’architecture en Algérie

"Les ateliers de la beauté" est une rencontre-débat sur l'urbanisme et la durabilité.

Chris Bradley / Design Pics via Getty Images
Casbah d'Alger.
 
 
 

Une rencontre autour de l’architecture et son rapport avec la durabilité intitulé “les ateliers du beau”, a réuni samedi 15 avril au musée d’art moderne et contemporain d’Alger (MAMA) des architectes et urbanistes algériens et italiens afin de débattre des problématiques et défi que rencontrent ces bâtisseurs dans la construction des villes au 21e siècle.

 

“Les ateliers de la beauté” sont une rencontre organisée dans le cadre de la clôture de la célébration de la journée internationale du design italien en Algérie. Pour la deuxième année consécutive, l’Algérie comme 100 autres pays, a célébré l’“Italien Design Day”.

 

Initié par l’ambassade d’Italie, l’institut culturel italien en Algérie et le ministère de la culture, cette manifestation internationale a été marquée par une exposition conjointe de désigner italien et algérien baptisé “quand le design italien rencontre le design algérien”.

 

Lors de l’ouverture de la rencontre autour de l’architecture l’ambassadeur d’Italie en Algérie, Pasquale Ferrara, a indiqué que “les ateliers de la beauté” se veulent un échange d’expériences entre les architectes des deux pays dans le domaine de la gestion des villes.

 

Il a également exprimé le souhait que le débat débouche sur d’éventuelles collaborations.

Penser la ville dans sa dimension architecturale mais aussi durable, la concevoir comme un lieu de rencontre qui prend en considération les aspects sociaux culturels de ses habitants, est là toute la complexité des constructions au 21e siècle, estiment les différents intervenants autour de cette rencontre.

 

Dans le cas de l’Algérie, deux problématiques ont été abordées: celle des quartiers périphériques et celle de la dévalorisation des produits locaux au profit des produits industriels.

 

Akli Amrouche architecte urbaniste et directeur de la revue “Vie de ville”, estime qu’en Algérie il y a “une urbanisation sans l’intervention des architectes” qui a donné lieu à “une périphérie malade”. Il ajoute que ces lotissements sont souvent construits sans le respect des règles de l’urbanisme, parfois sans permis de construire d’où leur aspect anarchique.

 

“Aujourd’hui nos villes sont des quartiers à perte de vue, construites dans la hâte, et qui sont répandus sur tout le territoire national” constate Akli Amrouche. Selon cet urbaniste, la problématique des quartiers périphériques à Alger a été abordée dans le plan directeur d’architecture et d’urbanisme PDAU étudié entre 2006 et 2012 et adopté récemment.

 

“Ce plan a été développé afin d’arrêter ce type d’urbanisation anarchique parfois illicite et qui menace également l’espace agricole. D’une durée de 20 ans l’application de ce plan s’est concrétisée jusqu’à ce jour par la création au sein de ces quartiers entre autres d’activités de loisirs pour les habitants.” une tentative intéressante mais le problème perdure selon l’intervenant.

 

Il renvoie les problèmes toujours non résolus de ces quartiers périphériques à plusieurs facteurs. Il cite l’absence d’analyse fine sur le tissu socio-économique et démographique de ces quartiers, il estime qu’il y a une sociologie de ces quartiers à comprendre. Absence de vision de long terme quant au devenir de ces quartiers. Il y a également un manque d’intérêt des autorités locales et bien d’autres facteurs qui entravent la résolution de ce problème des quartiers périphériques.

 

“Les ateliers de la beauté” ont également soulevé l’importance de la construction avec des matériaux naturels, notamment la terre. Yasmine Terki, architecte et directrice du Centre Algérien du Patrimoine Culturel bâti en Terre (CAPTERRE), met en garde quant à la disparition du patrimoine bâti en terre en Algérie.

 

“Depuis l’aube de l’humanité l’être humain pour se construire un abri, a utilisé les matériaux que la nature lui offrait, ceux qu’on appelle aujourd’hui les matériaux bio sources à savoir la terre, la pierre et le bois. Ces matériaux de construction naturels ont ensuite cédé leur place aux matériaux industriels” explique-t-elle.

 

En Algérie, les matériaux en terre sont encore présents dans les architectures patrimoniales. Celles-ci, estime l’intervenante, sont en voie de disparition. “En théorie il existe un arsenal juridique important mis en place par le ministère de la culture pour protéger ce patrimoine seulement dans la réalité ces centres historiques sont à l’agonie”, expliquent Yasmine Terki.

 

Selon elle deux phénomènes majeurs induisent à la disparition du patrimoine bâti en terre en Algérie. Il s’agit d’un phénomène d’abandon massif de ces centres historiques au profit des nouveaux centres urbains.

Le second est un phénomène de rénovation des centres historiques. Ces habitations anciennes sont souvent démolies pour construire à la place des habitations avec des matériaux industriels.

 

“Ces phénomènes ont été essentiellement générés par un programme du ministère de l’habitat qui s’appelle le programme d’éradication des habitats précaires. Ce programme a été mal traduit sur le terrain puisqu’il a intégré les centres historiques parmi la liste des habitats précaires”, souligne Yasmine Terki.

 

Elle cite des cas concrets de centres historiques à l’abandon malgré leurs sauvegardes comme Ksar Tamentit à Adrar, Ksar Beni Abbes à Béchar, El Dechra El Hamra à Biskra et bien d’autres.

 

Pour Yasmine Terki l’origine de cette défaillance est la non-introduction du confort moderne dans ces centres comme les routes, les transports, équipements publics. C’est pourquoi les propriétaires refusent catégoriquement d’entretenir leurs biens et attendent simplement un relogement qu’ils jugent légitime.

 

Ils interviennent sans autorisation du ministère de la culture pour des opérations de destruction et reconstruction. Il y a également de fausses idées qui sont malheureusement ancrées dans l’esprit des propriétaires de ces habitations notamment que la terre n’est pas antisismique ou encore que la terre fond sous la pluie.

 

Yasmine Terki déplore la situation de la construction en terre en Algérie, à l’heure où tous les urbanistes et architecte dans le monde appellent à retourner vers ces matériaux naturels et en quantité dans la nature.

 

Les intervenants à cette conférence autour de l’architecture estiment que pour remédier aux problèmes de l’architecture en Algérie, il faut mobiliser tous les acteurs de ce secteur à savoir les autorités concernées, architectes urbanistes et autres professionnels pour mettre en place une feuille de route. Il faut aussi mobiliser les fonds nécessaires et revoir l’arsenal juridique.