MAROC
13/05/2019 16h:21 CET

La société civile accuse le gouvernement de la priver de participation au sommet d'Ottawa

Neuf associations soulignent leur volonté d'exercer leur place de "pleins partenaires".

http://www.gouvernement-ouvert.ma

SOCIÉTÉ CIVILE - “Adhérer au Partenariat du gouvernement ouvert (PAGOV) consiste en un travail de fond puisqu’il porte sur l’application du principe fondateur de la démocratie participative. Nous devions donc construire avec le gouvernement ce processus et en faire des pratiques”. Le président de l’Organisation pour les libertés de l’information et de l’expression (OLIE), Mohamed El Aouni, fait le point sur le travail d’équipe que devait représenter le PAGOV pour le gouvernement et la société civile.

Moins d’un an après l’adhésion du Maroc, en juillet 2018, à cette initiative lancée le 20 septembre 2011 lors de la séance d’ouverture annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies à New York par huit pays (Brésil, Indonésie, Mexique, Norvège, Philippines, Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique), les associations marocaines se montrent insatisfaites. “Dès le début de cette construction supposée mutuelle, des dysfonctionnements ont commencé à s’accumuler”, affirme El Aouni au HuffPost Maroc. Des exemples, il en cite quelques-uns: “le gouvernement change des appellations pourtant de référence dans le PAGOV. Le ‘comité de pilotage’, il l’appelle ‘comité de supervision’, et le ‘gouvernement ouvert, devient ‘gouvernement d’ouverture’”. A cela, le président de l’OLIE ajoute qu’un site web censé servir de baromètre du respect des engagements PAGOV “a été créé en notre nom, or nous avons demandé à ce que le gouvernement précise que ce portail ne représente que les parties qui assurent le suivi”.

Le militant associatif souligne que la société civile au sein du PAGOV a plusieurs remarques liées au respect du mode d’emploi du “partenariat”. Et alors qu’elles sont en quête de complémentarité avec le gouvernement, ces associations se retrouvent face à un nouveau problème: la participation au Sommet du PAGOV qui se tiendra à Ottawa (Canada) entre le 29 et 31 mai 2019. “C’est la goutte qui a fait déborder le vase: le gouvernement nous envoie une invitation de participer à cet événement en tant que membres de la délégation officielle mais c’est à nous de nous débrouiller financièrement”, fustige El Aouni. 

Ce dernier ainsi que les présidents des huit autres associations membres du comité du pilotage PAGOV ont publié, ce lundi, un communiqué commun. Elles y expliquent que “le gouvernement a proposé de prendre en charge seulement 2 associations” sur les 9 au total. Une proposition que le comité a rejeté estimant que ces associations ont toutes “droit à une prise en charge comme il est le cas pour les membres représentant les ministères et autres institutions publiques de la gouvernance”.

“Le gouvernement n’a jamais prévu de budget au PAGOV et j’avais personnellement attiré l’attention sur ce point bien avant que le comité de pilotage ne soit instauré”, souligne le président de l’OLIE. Et d’estimer que le gouvernement “n’a pas fait d’effort”. Pour lui, ce dernier “aurait pu mobiliser les départements de l’Etat participants et/ou l’aide financière de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour assurer cette prise en charge des associations au lieu de nous dire qu’il n’y a pas de budget pour nous”.

Dans leur communiqué, les 9 associations soutiennent que “leur participation est une obligation que le gouvernement devrait assurer car c’est un investissement dans l’avenir du PAGOV au Maroc”. Pour elles, ce Sommet d’Ottawa représente l’occasion d’échanger des expériences, de prendre connaissance de l’évolution du partenariat à l’international et de constituer un réseau dans ce cadre. “Le pire est que le Sommet d’Ottawa consacrera toute une journée de débat sur les rôles de la société civile dans le PAGOV, débat dont le gouvernement marocain a privé la société marocaine d’y participer”.

Ces associations appellent le gouvernement à “assumer son entière responsabilité dans le déraillement du processus de Partenariat avec la société civile marocaine dans le PAGOV”.  Elles “l’invitent à revoir sa décision de leur participation au Sommet d’Ottawa, ainsi que permettre à la société civile d’occuper sa place de plein partenaire selon les règles contraignantes définies par le Partenariat international du gouvernement ouvert”. 

Le HuffPost Maroc a tenté de prendre contact avec le ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement et la Société civile, Mustapha El Khalfi, pour connaitre sa réaction, mais ce dernier est resté injoignable, au moment de la publication de ces lignes.