MAROC
12/03/2019 16h:36 CET

Les Archives du Maroc préparent une exposition sur la présence chrétienne dans le royaume

“À l’époque de Moulay Ismaïl, cela porte par exemple sur l’exonération des impôts ou la liberté de circuler."

mohamed rouggani via Getty Images
L'église Notre-Dame-de-Lourdes de Casablanca. Construite en 1954, elle est toujours en activité.

CULTURE - Les Archives du Maroc s’apprêtent à inaugurer une exposition inédite. Baptisée “Présence chrétienne au Maroc: le vivre-ensemble”, cette exposition sera organisée du 20 mars au 30 mai au sein de l’institution nationale à Rabat.

Initié en partenariat avec le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), cet événement sera l’occasion de “jeter un regard rétrospectif sur des chapitres peu connus d’une histoire partagée, empreinte de fortes valeurs de paix et de coexistence”, indique un communiqué des Archives du Maroc.

“Le Maroc a longtemps été considéré comme un modèle civilisationnel singulier du vivre-ensemble et de vie commune entre les musulmans et les adeptes des autres religions, notamment les juifs et les chrétiens”, souligne la même source, notant que ces derniers, toutes églises confondues, y ont trouvé “un terrain de rencontre et de cohabitation harmonieuse, sous la bienveillance des sultans marocains qui leur ont conféré un statut leur garantissant tous les droits liés à leur vie spirituelle, sociale et économique”.

L’exposition propose ainsi de remonter dans le temps, notamment jusqu’à l’époque de la dynastie des Almohades, pour découvrir cette facette de l’histoire du royaume à travers une collection inédite de documents, dahirs, photographies et objets.

La plupart des documents présentés sont des dahirs ou correspondances adressées par les différents sultans marocains, comme Moulay Ismaïl, mais aussi Sidi Mohammed Ben Abdallah (Mohammed III), Moulay Slimane, jusqu’à l’actuel roi Mohammed VI, portant notamment sur la gestion de la vie des chrétiens au Maroc et les relations avec le Vatican. “Ce sont des archives qui remontent pour la plupart à l’époque de Moulay Ismaïl, mais il y a aussi une correspondance datant du 13e siècle”, confie au HuffPost Maroc le directeur des Archives du Maroc, l’historien Jamaâ Baida.

“À l’époque de Moulay Ismaïl, cela porte par exemple sur l’exonération des impôts ou la liberté de circuler. Il y a même une correspondance d’une des épouses de Moulay Ismaïl qui autorise ses serviteurs chrétiens au palais à se marier selon leur religion et leurs coutumes”, confie le directeur de l’institution.

À partir de la fin du 19e siècle, des photographies et documents renseignent sur les relations entre le Maroc et le Vatican, par exemple la mission du vizir chargé des affaires extérieures du sultan Moulay Hassan (Hassan Ier), Mohammed Ben Larbi Torrès, au Vatican en 1888 pour le Jubilé du pape Léon III. “Il avait à ses côtés, comme conseiller-interprète, un prêtre espagnol arabisant, José Maria Lerchundi”, rappelle Jamaâ Baida.

L’exposition avance ensuite dans le temps, évoquant par exemple la rencontre entre Mohammed V et le prieur Dom Denis Martin, du monastère bénédictin de Toumliline, mais aussi les relations du roi avec l’évêque Mgr Louis-Amédée Lefèvre, “que la littérature colonialiste appelait ‘l’archevêque rouge’ parce qu’il était sympathisant des nationalistes marocains”, précise l’historien.

D’autres photos témoignent de la visite du président du Conseil du gouvernement marocain Abdallah Ibrahim au pape Jean XXIII en 1960, celle du pape Jean-Paul II au Maroc en 1985, ou du roi Mohammed VI au Vatican en 2000. L’exposition apprendra également aux visiteurs que le prince Moulay Abdellah, frère de Hassan II, avait été choisi comme parrain lors du baptême d’une jeune fille dans une église évangélique de Casablanca.

“La finalité de tout cela, c’est de montrer le vivre-ensemble et de faire passer un message, surtout aux jeunes, pour leur dire: voilà ce que fut l’histoire, l’Autre n’est pas forcément un ennemi qu’il faut abattre, il peut vivre avec nous dans le respect mutuel”, conclut le directeur des Archives du Maroc.

L’exposition coïncide avec la visite du pape François au Maroc, qui se rendra à Rabat le 30 et 31 mars, 34 ans après celle du pape Jean-Paul II.