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10/08/2019 13h:11 CET | Actualisé 10/08/2019 13h:11 CET

Les Algériens, artisans d'une nouvelle approche de la démocratie?

RYAD KRAMDI via Getty Images

1.    En ces temps de profonde aliénation des peuples du monde par la domination absolutiste de l’argent, le cancer général de la corruption matérielle et morale, l’abêtissement des masses par les médias et diverses autres centrales idéologiques, l’humiliation de la pensée et des porteurs de science et de savoir, l’oppression des travailleurs et des producteurs de valeur, l’irresponsabilité, le cynisme, le fatalisme, l’impuissance des «puissants» et l’asservissement des «élites», le peuple algérien, humblement, patiemment, pas à pas, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, en résonances atmosphériques avec d’autres peuples des cinq continents, est en train d’élaborer, pour les temps qui s’ouvrent, les instruments du renouvellement du sens de la «démocratie».

2.    Depuis le 22 février 19 le peuple algérien s’affirme comme entité politique active, dynamique et organisée, porteuse d’un projet politique clair : le départ du régime actuel et son remplacement par un régime démocratique. 

3.    Le peuple veut la liberté, la justice, la dignité. Le peuple veut le pouvoir et la souveraineté. Et par sa révolution actuelle, il lie les différentes dimensions de sa protestation en un projet cohérent, celui de son émancipation politique et de son accès au palier le plus élevé de l’existence des peuples, là où, dans la mesure du possible limité par les contraintes objectives de l’époque, ils se donnent les moyens de maîtriser leur destin.

4.    Aujourd’hui les Algériens donnent un contenu précis à leur projet démocratique :

5.    Ils veulent un État de droit parce que seul l’État de droit permet au peuple d’exercer son pouvoir par le moyen d’institutions qu’il aura lui-même reconnues, choisies, formées, élues, organisées. 

6.    Ils veulent, non pas des élections formelles, mais des élections réelles, parce qu’ils ne pourront accepter d’autres résultats que ceux d’élections tenues dans des conditions qu’ils auront jugées honnêtes et justes.

7.    Ils veulent mettre fin à la dichotomie entre pouvoir réel et responsabilité formelle. Ils veulent que le pouvoir s’exerce de façon transparente dans les institutions et non plus de façon occulte par ceux qui détiennent la force et/ou l’argent. 

8.    Ils veulent un État, c’est-à-dire un ensemble institutionnel régi par des principes, des lois, des règles qui s’appliquent à toutes et à tous sans exception, et non pas une chaotique agglomération d’appareils administratifs au service de pouvoirs occultes. 

9.    Ils veulent, non plus continuer à subir la domination de prédateurs et de parasites en tous genres, mais être représentés et gouvernés par des serviteurs compétents et vertueux de l’intérêt général et du bien public. 

10. Ils veulent écrire eux-mêmes leur Constitution.

11. C’est la cohérence du projet démocratique du peuple algérien qui fait sa force, et qui doit lui permettre, en continuant d’appliquer sa pression massive et pacifique sur le régime, d’imposer son départ négocié, et de pouvoir enfin engager les tâches de la transition démocratique, et puis, à l’issue de la période de transition, tenir des élections véritablement démocratiques.