MAROC
21/04/2018 14h:30 CET

Les 4 directeurs de cabinet les plus puissants du Maroc

Influents, ils sont en première ligne pour irriguer, corriger et parfois déminer les dossiers les plus sensibles du gouvernement.

Todor Tsvetkov via Getty Images

PORTRAITS - Ils concentrent les fantasmes et bien souvent les inimitiés des administrations, tout en étant un rouage essentiel de la vie des membres de l’exécutif. Dotés parfois de prérogatives élargies sans que les textes légaux ne leur en confèrent tous les droits, les “dircabs” les plus puissants du royaume sont en première ligne pour irriguer, corriger et parfois déminer les dossiers les plus sensibles du gouvernement.

Autrefois tout-puissants, leur rôle s’est réduit comme peau de chagrin depuis le gouvernement d’alternance de Abderrahmane Youssoufi suite à une circulaire sibylline de Driss Basri, qui souhaitait maîtriser le poids des cabinets. Pourtant, cinq directeurs de cabinet se détachent dans le Maroc d’aujourd’hui de par leur envergure et influence. Revue de détail.

Jamaa Moatassim, l’insubmersible

AIC Press

Lorsque le cliquetis de la serrure de sa cellule de Salé est venu retentir tôt un matin de mars 2011, Jamaa Moatassim était loin de se douter qu’il ferait le chemin du centre pénitencier de la ville directement pour rejoindre le tout nouveau Conseil économique social et environnemental en qualité de membre. C’est pourtant exactement ce qui s’est passé pour l’ancien président d’arrondissement de Salé, ouvrant la voie à une nouvelle carrière pour ce membre de la nomenklatura du PJD. Appelé par Abdelilah Benkirane pour diriger son cabinet dès la prise de fonction de ce dernier, il devient peu à peu incontournable en matière de gestion de dossiers et s’impose comme un canal obligé pour atteindre le chef de gouvernement. Alors que de nombreux observateurs s’attendaient à ce que Saad-Eddine El Othmani se sépare de lui, Moatassim sera reconduit au printemps dernier à son poste, et poursuit depuis sa mission de “Gatekeeper” auprès du psychanalyste propulsé à la tête de l’exécutif. Considéré comme un interlocuteur fiable il détient le record de longévité des directeurs de cabinet actuellement en poste.

Hicham Brahmi, le technicien

AIC Press

Son patron le reconnait volontiers: une grande partie de l’amnistie fiscale de 2014 sur les avoirs des marocains détenus à l’étranger a été portée par son directeur de cabinet, Hicham Brahmi, alors que ce dernier officiait au sein de l’Office des Changes. Ce pur produit de l’université marocaine, titulaire d’une licence en droit et d’un master en relations internationales a en effet conduit l’essentiel de sa carrière au sein de l’office dont il fut successivement chef de division, puis attaché auprès du directeur Jaouad Hamri, en charge notamment de la communication. Depuis septembre 2017, Brahmi apporte à Mohammed Boussaid son expertise technique ainsi que sa bonne connaissance de l’environnement macro-économique international, deux atouts précieux pour naviguer dans un ministère connu pour ses luttes de clans entre directions. Brahmi est également dépêché par Boussaid pour déminer les dossiers sensibles et le représenter lors d’un certain nombre de réunions extérieures. Son premier fait d’armes a été de veiller au bon déroulement de la soumission au parlement du Projet de Loi de finance à l’automne dernier, qui constitue toujours la séquence annuelle la plus délicate pour le ministère.

Mustapha El Ghanouchi, le verrou de l’Intérieur

 

DR

Pour trouver une photo du chef de cabinet du ministre de l’Intérieur, c’est à un véritable travail d’excavation d’archives qu’il faut se livrer. Rien de plus normal lorsque l’on sait que le gouverneur Mustapha El Ghanouchi, nommé le 14 mai 2014 au poste ultra stratégique et sensible de chef de cabinet du ministre au sein de “la mère de tous les ministères” a fait l’essentiel de sa carrière au sein de ce département. Ce natif de Sidi Slimane, lauréat d’un DEA en droit public et diplômé du cycle des inspecteurs de l’administration territoriale a ainsi été déployé sur le territoire, avant de prendre le secrétariat général de la Wilaya de
Tanger, aux côtés d’un certain Mohamed Hassad, qui lui confiera la direction de son cabinet lorsqu’il devient ministre de l’Intérieur. Chargé de centraliser une partie des dossiers issus de l’administration territoriale et immédiatement reconnaissable à sa silhouette filiforme, El Ghanouchi est considéré comme l’un des “verrous” du ministère de l’Intérieur.

Sami Marrakchi, l’infatigable insomniaque des affaires étrangères

Il n’est pas rare pour les membres du cabinet de Nasser Bourita de recevoir mails ou sms jusqu’à des heures tardives de la soirée, émanant du chef de cabinet du ministre, Sami Marrakchi. Il faut dire qu’à l’instar de son patron ministre des affaires étrangères, Marrakchi dort peu et dévore la littérature prolifique de cette administration connue pour sa production continue de notes, analyses, et autres synthèses diplomatiques. A n’importe quelle heure du jour et de la nuit, et en fonction des fuseaux horaires dictés par l’actualité, le job de ce diplomate de formation passé par New York puis par la stratégique direction des affaires juridiques du MAEC consiste donc à déblayer le terrain pour un Nasser Bourita à l’agenda hyper chargé. Jaloux de ses prérogatives d’ultime ligne de défense face à l’océan de sollicitations dont fait l’objet Bourita, Sami Marrakchi sait également composer avec doigté avec les multiples tôliers du ministère et connaît sur le bout des doigts les subtiles alliances qui composent le bâtiment de verre de l’avenue Franklin Roosevelt. Un atout précieux pour
naviguer entre les milliers d’inimitiés et d’alliances forgées par les années au sein de cet écosystème particulier de l’administration marocaine.