TUNISIE
02/01/2019 17h:09 CET | Actualisé 02/01/2019 17h:09 CET

Les 20 meilleurs films de 2018

Lady Gaga nous a sorti des abysses et ce n’est pas Paddington qui vous dira le contraire: le classement du journaliste cinéma du HuffPost américain.

CINÉMA - Il a fallu attendre juin pour que l’année cinéma décolle vraiment, estime le journaliste cinéma du HuffPost américain dont le classement des meilleurs films de l’année 2018 est traduit ci-dessous.

Pour être tout à fait précis, il a fallu attendre l’instant où la bande-annonce de “A Star Is Born” a envahi nos écrans. Les “Avengers” étaient déjà passés à la trappe à ce moment-là et “Black Panther” s’était assuré une place bien confortable au box-office, ce qui est d’ailleurs toujours le cas. Mais c’est au moment où Bradley Cooper, l’“American sniper” himself, a demandé à Lady Gaga – qui l’eût cru? – de se retourner pour pouvoir la regarder à nouveau, que 2018 a vraiment démarré.

Cette réplique est devenue un mème – comme à peu près tout le reste – et les blockbusters du printemps (“Un raccourci dans le temps”, “Ready Player One”, “Solo: A Star Wars Story”) nous ont soudain semblé bien ternes.

Heureusement, d’autres réjouissances attendaient leur tour: Ethan Hunt, plein de super documentaires, le fameux “Wakanda forever” qui résonne encore et encore, l’apparition grandiose de Cher, le sens du rythme comique d’Awkwafina (avec deux apparitions cette année), un thriller vécu sur écrans d’ordinateur, Spike Lee, les comédies romantiques de Netflix, le retour lucratif de Michael Myers, l’aile de poulet dévorée par Tilda Swinton et, évidemment, le baptême hollywoodien de Lady Gaga.

C’est avec une bonne cuillerée de paillettes et une sacrée dose d’images de synthèse que 2018 vit aujourd’hui ses dernières semaines. En pleine saison des Oscars, institution qui menaça un temps de créer un prix basé sur la popularité des films, “Le Retour de Mary Poppins” (19 décembre) et “Aquaman” (19 décembre) s’annoncent comme les dernières grosses sorties de l’année. S’il faut tirer une leçon des recettes record et de l’actualité démoralisante, c’est que le paysage audiovisuel est plus saturé que jamais. Ce qui rend les meilleures productions encore meilleures.

Pour tous ceux dont le métier est d’aller voir des films, les tops cinéma de fin d’année sont une véritable épreuve. J’ai déjà des regrets sur les titres que j’ai omis de cette liste, car je ne veux pas délaisser mes petits favoris. J’ai privilégié des œuvres à revoir sans modération... En d’autres termes: des distractions pour journées pluvieuses, des énigmes entêtantes et des réflexions étourdissantes sur les grandeurs et bassesses de l’humanité.

J’aurai sans doute changé d’avis demain mais ça fait partie du jeu. Les films nous rappellent que nous ne devons jamais nous contenter d’une seule chose. Dans l’obscurité d’un cinéma (ou d’un salon), nous sommes confrontés au bon, à la brute et au truand, et parfois même aux trois en même temps. Regarder un film, c’est s’offrir l’échappée ultime.

20 - “L’Ombre d’Emily”

Quand “Gone Girl” se sert un martini... Paul Feig transforme Blake Lively (à son apogée, en diablesse à la Uma Thurman) en aristocrate sur mesure face à une Anna Kendrick en maman vloggeuse et hypocrite, absorbée par la disparition de sa nouvelle amie. Même si l’intrigue part en sucette, “L’Ombre d’Emily” est digne d’entrer au panthéon trash d’Hollywood. Et, pour ne rien gâcher, c’est le second film de l’année (après “Crazy Rich Asians”) à nous faire profiter des abd... du délicieux talent d’Henry Golding.

Il s’agit d’une adaptation du roman “Disparue” de Darcey Bell, publié en 2017.

19 - “Skate Kitchen”

Crystal Moselle s’est fait connaître avec le documentaire “The Wolfpack” en 2015. On y découvrait une fratrie cloîtrée dans un petit appartement new-yorkais, dont le rapport au monde s’était construit via les films diffusés à la télé. Si son deuxième essai, “Skate Kitchen”, propose une approche documentaire similaire, la réalisatrice s’attaque ici à la fiction en suivant un collectif de skateboard féminin qu’elle a rencontré dans le métro. Vous allez sourire de bout en bout et planer aux côtés de ces filles (accompagnées de Jaden Smith) sur leurs planches qui déchirent. Sublimé par une photo magnifique et des dialogues plus vrais que nature, le film est un “Kids” version light destiné aux enfants d’Instagram, aussi futé et lumineux que magnifiquement cru. 

18 - “Pur-sang”

“La seule chose qui soit pire que l’incompétence, la méchanceté ou le sadisme, c’est l’indécision”, assène une ado sociopathe (Olivia Cooke) à sa vague copine (Anya Taylor-Joy). Les deux jeunes filles se mettent d’accord pour tuer le beau-père libidineux de cette dernière, un crime qui prend place au milieu des histoires d’amour de la banlieue chic (on pense à “Fatal Games”) tout en explorant l’amitié troublante – et destructrice – qui lie les héroïnes (coucou, “Persona” d’Ingmar Bergman). Cette satire signée Cory Finley est un psychodrame habile qui souffle le chaud et le froid. Un film aussi réjouissant que sanglant.

17 - “Mission Impossible : Fallout”

On pourrait penser que les exploits du saint patron de la scientologie auraient pris un coup de vieux après six épisodes – inégaux – de “Mission: Impossible”. Eh bien, c’est exactement le contraire. Dans un plan-séquence étourdissant, Ethan Hunt (Tom Cruise) saute en parachute à 7500 mètres d’altitude, la caméra chutant à toute vitesse à ses côtés. Et ce n’est que le début. Christopher McQuarrie défie les autres réalisateurs de blockbusters d’arriver à tourner ne serait-ce que la moitié de ce dont il est capable en termes de scènes d’action. À l’heure où les images de synthèse suscitent un certain malaise, il est rare d’assister à une frénésie cinématographie aussi percutante. Et tout aussi rare de regarder Angela Bassett transformer les ordres qu’elle donne en sonnets Shakespeariens. S’il existe un nirvana de la grosse sortie hollywoodienne, il ressemble très certainement à “Fallout”.

16 - “The Rider”

Si “The Rider” se déroule dans un milieu pauvre, le film fait état de grandes richesses dans le portrait qu’il dresse du Dakota du Sud. Notre héros taciturne (Brady Jandreau) trouve refuge dans la pratique du rodéo avant qu’une blessure ne vienne mettre en péril ce sanctuaire rassurant. En capturant un paradis perdu, le joli second film de Chloé Zhao s’interroge sur la façon dont une personne aux moyens limités peut se reconstruire une identité dans une Amérique où les ressources ne sont pas toujours abondantes. L’espoir et la désespérance s’entremêlent, toujours à un galop près de la paix.

15 - “Support the Girls”

“Support the Girls” est un cri puissant et nécessaire. La tragicomédie d’Andrew Bujalski, brillante tranche de vie, suit le parcours d’un groupe de femmes très unies qui gèrent un fast-food au Texas. L’arrivée d’une grande chaîne de restauration menace la stabilité de leur gagne-pain. Malgré leurs déboires personnels, elles balayent du revers de la main – et avec un esprit frondeur – le sexisme et le racisme de la clientèle, et mettent le doigt sur la résilience qui persiste dans l’Amérique profonde. Porté par l’interprétation fantastique de Regina Hall, qui campe l’infatigable gérante du petit resto, ce joyau indé au discours bien ciselé est à voir absolument. Il a bien trop à dire et le fait d’une façon bien trop remarquable pour ne pas être mentionné ici.

14 - “Hereditary”

Le diable est dans les détails, ceux-là même qui peuplent sûrement votre grenier. Annie Graham (Toni Colette), créatrice de dioramas, s’en rend compte d’une bien horrible manière: d’abord en pleurant sa mère récemment décédée, puis en (re)découvrant sa famille et ses petits secrets. Premier film d’Ari Aster – également scénariste –, “Hereditary” rejoint la liste des productions où les spectres surnaturels et démoniaques servent de catalyseurs à la douleur (“Ne vous retournez pas”, “Les Autres”, “Mister Babadook”...). Après tout, la perte d’un être cher hante les victimes comme le ferait un fantôme, lentement, bizarrement et parfois tragiquement. Mais le réalisateur va au-delà des carences de ses personnages, en actualisant les éléments occultes qu’un autre réalisateur aurait peut-être traités de manière métaphorique. Bon courage pour dormir après ça!

13 - “The Tale”

HBO (OCS City en France) s’est empressé d’acquérir les droits de “The Tale” au Festival de Sundance, offrant ainsi au film un lieu d’expression idéal en nous épargnant les plaintes des exploitants sur le faible nombre de personnes prêtes à payer pour voir une agression sexuelle sur grand écran. Avec une grâce exquise, les mémoires lyriques de Jennifer Fox installent la protagoniste (Laura Dern) dans une conversation avec la jeune fille qu’elle fut (Isabelle Nélisse) pour confronter des souvenirs longtemps chéris à une réalité qui leur donne une tout autre vérité. Le film s’apparente à un poème symphonique: de l’introspection, des tripes, des ellipses et une belle envie de vivre.

12 - “Paddington 2”

Qu’on se le dise, l’enthousiasme qui entoure la sortie de cette suite est bien réel. De nombreux films pour enfants visent aussi les adultes mais peu y parviennent avec autant de succès que “Paddington 2”. Les bourdes du gentil ours sont à classer parmi les gags visuels les plus malins de l’année, et ses mésaventures sont d’une rare fantaisie. Une évasion de prison! Des trésors cachés! Hugh Grant en grand méchant! Paul King, réalisateur et co-scénariste, se surpasse ici, après un premier opus sorti en 2014, et propose un film d’une grande générosité, et pas mièvre pour un sou. Juste ce qu’il nous fallait après une année 2018 relativement glauque. Ce glaçage à la confiture anglaise fait un parfait goûter en cette période festive.

 

11 - “Burning” 

L’inconnu canalise nos peurs les plus profondes. Ce sont elles que le réalisateur coréen Lee Chang-Dong explore dans ce séduisant thriller où un écrivain en herbe un peu dans la lune (Yoo Ah-in) se retrouve embarqué dans un triangle amoureux avec l’une de ses ex-camarades de classe (Jeon Jong-seo) et un mystérieux intrus (Steven Yeun). Porté par une construction rythmée, “Burning” prend une belle ampleur à mi-parcours quand les cuivres de Miles Davis accompagnent un coucher de soleil brumeux. Tout est alors possible: danse, déshabillement, désarmement, désorientation totale... Adapté d’une nouvelle de Haruki Murakami (l’aliénation n’est donc jamais loin), “Burning” se demande dans quelle mesure on peut vraiment connaître quelqu’un. L’incapacité du film à répondre à cette question le rend d’autant plus saisissant.

10 - “The Old Man & the Gun”

Si aucun coup de feu n’est tiré dans “The Old Man & the Gun”, le film peut quand même se targuer de posséder l’arme ultime: Robert Redford. L’acteur de 82 ans – qui a récemment annoncé sa retraite après 58 ans de carrière – tire ici sa révérence en beauté. Il retrouve David Lowery, le réalisateur de “Peter et Elliott le dragon”, pour retracer l’histoire saugrenue de Forrest Tucker, criminel de profession. Les yeux bleus et le grand sourire de Redford font de ce Forrest un charmant escroc, de ceux qu’on espère voir passer entre les mailles du filet. Après tout, il ne tue personne: il se contente de braquer des banques pour passer le temps et en profite pour faire la cour à Sissy Spacek. Ce film mémorable, plein de charme, est également une ode à la carrière de l’acteur, l’une des dernières grandes stars d’une époque hollywoodienne révolue.

9 - “Roma”

Pour son nouveau film, Alfonso Cuarón s’est inspiré de la nounou de son enfance et en a tiré un conte autobiographique aussi intime que grandiose. Installé dans le Mexico du début des années 1970, où les bouleversements sociopolitiques s’immiscent dans les quartiers modestes, Roma capture une courte période de la vie de Cleo (la talentueuse Yalitza Aparicio, dont c’est le premier rôle). Cette employée de maison indigène travaille au service d’une famille de classe moyenne qui l’adore. Les événements défilent de son point de vue et les clichés sur le travail domestique laissent place au riche journal intime de cette femme qui rêve, désire, regrette, confrontée à la perte d’êtres chers... Sublimé par un magnifique noir et blanc signé de Cuarón lui-même, le film est un billet d’humeur qui évite le sentimentalisme mais parvient tout de même à vous toucher en plein cœur.

8 - “Annihilation”

Un champ électromagnétique iridescent, c’est tout ce qui sépare une équipe de scientifiques des créatures mutantes, des doubles et des phénomènes étranges qui ont envahi la côte Sud des États-Unis. Natalie Portman mène le combat aux côtés de Gina Rodriguez, Jennifer Jason Leigh, Tessa Thompson et Tuva Novotny. Ce qu’elles vont trouver, comme dans les romans de Jeff VanderMeer dont est tiré le film, c’est une sorte d’au-delà où l’étrange s’exprime en des élans de science-fiction psychédélique, de visions d’horreur fleuries et de drame domestique (pour équilibrer l’ensemble). Malheureusement Paramount Pictures a bâclé la sortie du film, qui aurait dû connaître un succès international, mais ne vous y trompez pas: son réalisateur, Alex Garland (“Ex machina”), assoit bel et bien son statut de technicien hors pair au service de la mystique métaphysique.

7 - “Eighth Grade”

Quel meilleur moment pour faire des films sur les adolescentes? Ces deux dernières années, on s’est régalé de “Lady Bird”, “Princess Cyd”, “Contrôle parental”, “Skate Kitchen”, “Madeline’s Madeline”, ”À tous les garçons que j’ai aimés” et, bien sûr, “Eighth Grade”, un long métrage qui élève l’humoriste Bo Burnham au rang de grande auteure en devenir. Son regard unique s’exprime en une seule scène: allongée sur son lit, un soir, Kayla (Elsie Fisher, qui nous propose l’interprétation la plus réaliste de cette année), future lycéenne, fait défiler les selfies sur Instagram et les quizz BuzzFeed sur son téléphone tandis que Orinoco Flow d’Enya accompagne l’océan de pixels qui illumine son visage. Après une nouvelle longue journée nourrie d’anxiété, elle se sent enfin à son aise. Kayla utilise les réseaux sociaux pour se donner une assurance dont elle manque terriblement le reste du temps. Bo Burnham présente les difficultés de l’adolescence moderne avec audace et précision. Le film aurait d’ailleurs pu s’appeler “American Horror Story: Les Années Collège” s’il n’avait été si pétillant.

6 - “A Star Is Born”

La première réalisation de Bradley Cooper n’aurait jamais dû être si réussie, d’autant qu’il recycle une histoire vue et revue par Hollywood depuis des décennies. À chaque génération, l’étoile qu’elle mérite, avec une actrice dont la renommée à la ville en dit aussi long sur la machine à produire des stars que le film s’efforce de le faire. Lady Gaga s’inscrit dans la droite lignée de Janet Gaynor, Judy Garland et Barbra Streisand. Cette saga sur les affres de la célébrité donne une grandeur d’antan au monde moderne, où les découvreurs de talent chouchoutent l’image des stars de la pop, où YouTube transforme des amateurs en révélations numériques et où les puristes du rock viennent tout gâcher. “A Star Is Born” ressuscite le genre de blockbusters bouleversants qui avaient disparu des coffres hollywoodiens, à grand renfort de prises de vue itinérantes, d’une bande-son entraînante et de détermination. Une fois le générique arrivé à son terme, une seule envie nous envahit: revoir le film.

5 - “Suspiria”

L’existence de Luca Guadagnino a changé à jamais lorsqu’il a découvert, à 14 ans, “Suspiria”, film d’épouvante nourri de sorcellerie. Ce remake de l’œuvre fantasmagorique de Dario Argento n’est pas seulement un hommage passionné (à vrai dire, on ne peut même pas parler de remake) mais une transmigration: l’aspect envoûtant de l’original est déplacé dans un Berlin gris et angoissant où une assemblée de sorcières cherche une nouvelle génisse à sacrifier au sein de leur école de danse. Mais Dakota Johnson, jeune recrue, ne laisse pas les crochets des directrices perforer son âme. Le “Suspiria” de Guadagnino est une œuvre lyrique sur la maternité, le pouvoir et le destin, contée avec une élégance macabre à la fois freudienne, shakespearienne et argentine.

4 - “Sorry to Bother You”

Boots Riley est rappeur et militant depuis le début des années 1990. On peut désormais dire qu’il s’agit d’un réalisateur de talent. Son premier film, “Sorry to Bother You”, est un trip mental surréaliste. Le fantastique Lakeith Stanfield y campe un télémarketeur fauché qui apprend que, pour gravir les échelons dans son entreprise, il faut se confronter à une hiérarchie opaque menaçant de changer le monde. Evidemment, il devra vendre son âme, ou pire. Ce film, aussi vertigineux soit-il, sait très bien où il va.

3 - “Les Veuves”

Adapté d’une minisérie britannique diffusée en 1983, “Les Veuves” contient plusieurs films en un: un thriller construit autour d’un braquage, une harangue sur la corruption politique, un portrait du deuil au sein du couple et une envolée féministe menée par la toute-puissante Viola Davis. Le film est superbement conçu, assemblant peu à peu les pièces du puzzle pour former un tableau électrisant qui en dit long sur l’Amérique contemporaine. Steve McQueen conserve sa sensibilité d’auteur, déjà très affirmée dans “Shame” et “12 Years a Slave”, mais nous montre aussi ce que doit être un blockbuster moderne. Dommage que beaucoup de spectateurs soient passés à côté.

2 - “Can You Ever Forgive Me?”

On connaît Melissa McCarthy pour sa tendance à se jeter à corps perdu dans ses rôles, souvent de manière littérale. Pour ce film, elle sollicite également sa remarquable intelligence. Dans le rôle de Lee Israel, biographe acariâtre devenue arnaqueuse littéraire, elle révèle une solitude abyssale contrebalancée par les teintes chaudes et dorées que Marielle Heller donne à ce sublime second film. On plaint moins le personnage qu’on ne le soutient, d’autant plus lorsque, dans un rade, elle rencontre une autre âme gay complètement perdue (Richard E. Grant). Même pour quelqu’un qui adore les chats et les livres de Dorothy Parker, les erreurs sont toujours plus supportables avec un compagnon de route. On n’arrive pas à t’en vouloir, Lee.

1 - “La Favorite”

Les jeux de salon n’avaient jamais été si drôles que dans ce film. La lutte de pouvoir “pour adultes” qui se joue au sein du château de la reine Anne est tout autant une farce qu’une tragédie (bref, un film de Yorgos Lanthimos). Servi par les interprétations volcaniques d’Olivia Colman, Emma Stone, Rachel Weisz et Nicholas Hoult, “La Favorite” vient satisfaire notre envie d’un Ève lesbien dont l’intrigue se déroulerait dans une cour anglaise du début du XVIIIe siècle. Chaque mot prononcé est une pique acerbe lancée à autrui et chaque corset vient couvrir les liaisons dangereuses dont les livres d’histoire ne font jamais mention. Bien évidemment, le temps passe et ceux qui rêvent d’aristocratie pourraient se trouver fort dépourvus même une fois leur but atteint. C’est simple, il n’y a eu aucun autre film aussi délicieux, provoquant et profond que celui-ci en 2018.

 

Mentions honorables:

• “Black Panther” de Ryan Coogler

Message pour Hollywood: si votre obsession pour les superhéros se poursuit à ce rythme, veillez à faire des films dans la même veine que celui-ci. Merci!

• “The Endless” de Jason Benson et Aaron Moorhead

Ce petit film de science-fiction indé suit deux frères qui retournent dans la secte dont ils s’étaient jadis échappés. Une curiosité à la temporalité tortueuse.

• “Halloween” de David Gordon Green

J’ai bien aimé, OK?

• “Leave No Trace” de Debra Granik

La réalisatrice de “Winter’s Bone” signe un drame autour d’un père et de sa fille, qui se lit aussi comme le portrait d’une vie tranquille, en dehors des circuits traditionnels, dans l’Amérique d’aujourd’hui.

• “Un beau soleil intérieur” de Claire Denis

Cette tragicomédie qui se concentre sur les mésaventures de son héroïne pose une question importante: Claire Denis serait-elle la Nancy Meyers française? Une comédie romantique nimbée de tragédie existentialiste.

 

• “Si Beale Street pouvait parler” de Barry Jenkins

Après “Moonlight”, Barry Jenkins assied sa maîtrise du style en utilisant des jaunes et des verts vifs pour raconter une histoire d’amour baignée de chaleur.

• “Sans un bruit” de John Krasinski

Avec “Le Retour de Mary Poppins”, Emily Blunt, déjà au casting de ce remarquable blockbuster horrifique, nous a offert deux prestations impeccables cette année.

• “Les Frères Sisters” de Jacques Audiard

Ce néo-western élégant vise juste, avec John C. Reilly, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed et Joaquin Phoenix. Rien que ça.

• “Three Identical Stangers” de Tim Wardle

2018 était un grand cru pour les documentaires. Cette saga autour de triplés séparés dans de mystérieuses conditions est certainement le plus captivant.

• “Tully” de Jason Reitman

Charlize Theron, Diablo Cody et Jason Reitman ― à nouveau réunis après “Young Adult”, sorti en 2011 ― dressent le portrait de la dépression vécue par certains quadragénaires, avec élégance et intelligence.

• “Where Is Kyra?” d’Andrew Dosunmu

Pourvu que Michelle Pfeiffer continue à obtenir des rôles aussi consistants que celui-là!

Cet article, publié sur le HuffPost américain, a été traduit par Laura Pertuy pour Fast ForWord.

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