TUNISIE
20/09/2018 11h:07 CET | Actualisé 20/09/2018 11h:09 CET

L'enseignement privé gagne du terrain: 43% des fonctionnaires inscrivent leurs enfants dans des écoles privées selon l'Organisation de Défense du Consommateur

La principale raison avancée par les parents inscrivant leurs enfants dans des établissements privés est pour 74% des personnes interrogées l’enseignement des langues.

DONGSEON_KIM via Getty Images

En marge d’une conférence sur l’enseignement privé en Tunisie, organisée par l’Organisation de Défense du Consommateur (ODC), la chargée de communication de l’ODC Najla Laouinti a présenté les chiffres marquants d’une étude menée sur les écoles primaires privées en Tunisie.

Ainsi, contrairement à ce qui est admis, l’enseignement privé n’est pas de l’apanage des classes sociales les plus aisées a affirmé l’ODC: 43% des fonctionnaires inscrivent leurs enfants dans les écoles primaires privées.

“Leur salaire mensuel est même inférieur à 2000 dinars” a expliqué Najla Laouinti.

La principale raison avancée par les parents inscrivant leurs enfants dans des établissements privés est pour 74% des personnes interrogées l’enseignement des langues: “Il faut que le ministère de l’Éducation se penche sur l’enseignement des langues dans les écoles publiques afin qu’il soit au même rythme que celui de l’enseignement privé”.

Dans ce cadre, le ministre de l’Éducation Hatem Ben Salem avait affirmé au mois de juillet dernier l’impératif de faire en sorte que les langues reviennent au cœur même de l’enseignement public. Il avait annoncé la création d’un centre national de formations pédagogiques pour les instituteurs et d’un laboratoire national pour les langues. 

“Les langues doivent impérativement redevenir la locomotive du système éducatif tunisien” avait-il estimé.

Cependant, le secteur de l’enseignement privé souffre lui aussi de certains problèmes rapporte l’ODC. Il s’agit principalement de la qualité des enseignants explique Najla Laouinti. 

Concernant les prix affichés par les établissements privés, il existe une fourchette de prix assez large estime la chargée de communication de l’ODC. Cela va de 1000 dinars à 10.000 dinars par an par élève: “Il n’y a rien dans la loi qui permette de contrôler les prix dans l’enseignement privé” indique-t-elle ajoutant que parmi les principaux reproches avancés par les personnes interrogées concernant l’enseignement privé se trouve “le manque de transparence au niveau des prix”.

Une progression de 94% du nombre des élèves inscrits dans des écoles privées a été enregistrée entre 2010 et 2015 expliquée principalement par les défaillances des écoles publiques: Entre manque de confiance dans le corps enseignant ou encore dans le contenu pédagogique et une infrastructure dépassée, les maux du secteur de l’enseignement public sont nombreux à en croire certains parents d’élèves, qui préfèrent les sacrifices -surtout financiers- générés par l’enseignement privé.

Pour Ahmed Mainsi, pédagogue, “tout le monde est responsable”. “D’abord, l’État ne joue plus son rôle d’État providence. Cette ruée vers le privé l’arrange, il a moins de dépenses ainsi”, déclare-t-il au HuffPost Tunisie.

Les enseignants aussi ont une part de responsabilité. “Les cours particuliers, c’est une sorte de privatisation du système éducatif. Seuls ceux qui en ont les moyens peuvent les payer”, ajoute-t-il.

“Les parents y trouvent également leur compte: moins de charges, moins de soucis. L’enfant est placé toute la journée à l’école privée qui le prend entièrement en charge”, estime M. Mainsi.

Le pédagogue s’alarme de cet enseignement à deux vitesses aux dépens des plus défavorisés: “Ceux qui ont les moyens bénéficient d’un enseignement de qualité. Ce sont des élites qui restent entre elles. Les autres ne sont plus analphabètes, c’est déjà bien”, fustige-t-il avec ironie.

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