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12/02/2019 16h:21 CET | Actualisé 12/02/2019 16h:21 CET

L’Enfer des "enfants du bon dieu": Stop à un endoctrinement éhonté!

Ce scandale où la Tunisie est pointée du doigt est une leçon mais aussi un épiphénomène qui cache un problème endémique, oui l’instrumentalisation de l’enfance continuera tant que les institutions et les gouvernances resteront laxistes.

Chaque année dans le monde des dizaines de milliers d’enfants subissent des abus sexuels. Chaque année, on en parle, les médias en font leurs “choux gras” des débats sans fin entre politiques et associations enflamment l’audimat, des dispositifs sont mis en place dans le but d’enrayer ce fléau. Pourtant, rien ne change, le phénomène s’aggrave au contraire.

Si la pédophilie et l’inceste furent quasi-absents de la conscience populaire il y a 30 ans à peine en Occident, une poignée d’affaires sordides, largement médiatisées, ont enfin projeté le sujet sur la place publique. Une douzaine d’années se sont écoulées depuis la célèbre affaire Dutroux. Tous les regards ont toujours été tournés vers l’Europe et non en Afrique et ou dans le Monde arabe. Pourtant le phénomène existe mais on n’en parle pas ou très peu, on évoque timidement le tourisme dit “sexuel” du Tiers-Monde (comme par exemple au Maroc), entretenant l’idée que cela se passe en Occident, continent de la “dépravation” et que c’est avant tout une exportation de “là-bas”.

Pourtant rien qu’en évoquant les Talibés (enfants mendiants des marabouts ou des guides dits spirituels et les “Daraa” ( écoles coraniques au Sénégal) il y a de quoi faire!

Aujourd’hui, c’est le Maghreb et la Tunisie qui est pointée du doigt mais ce qu’il convient cependant de souligner, c’est que cela reste une pratique illégale, importée par des mouvances religieuses obscurantistes et qu’il ne faut en aucun cas penser que cela fait partie d’un quelconque héritage culturel de chez nous, ou un produit du terroir et cela quel que soit le pays du Maghreb. L’islamisme et l’obscurantisme et ses dérives sont des phénomènes récents qui connaissent leur apogée depuis le printemps arabe dans la région.

Aujourd’hui, ce sera la criminologue et la thérapeute qui va décrypter le phénomène.

Il faut raison garder et se poser les bonnes questions. Pourquoi le “scandale” éclate maintenant et pourquoi les médias du Nord et du Sud décident d’en parler que maintenant? Pourquoi le silence et le laxisme des politiques?! (qu’essaye-t-on de détourner par rapport à l’attention publique).

Mais qu’en est-il en réalité? Pourquoi on en parle pas? Si on en parle enfin, en parle-t-on bien?

Une pratique endémique en Afrique Subsaharienne et récemment importée au Maghreb

Enfants Talibés du Sénégal

Ils sont aujourd’hui estimés à 300 000 au Sénégal par TOSTAN, une ONG américaine qui lutte pour la protection des enfants.

Il sont partout dans la Téranga dans des endroits stratégiques susceptibles d’être fréquentés par des hommes au portefeuille bien garni qui se laissent souvent attendrir par le regard savamment étudié de ces petit garçons. Vêtus de vêtements trop grands ou trop petits, usés et défraîchis, souvent pieds nus et toujours sales. Affublés de l’éternel pot de tomate dans lequel gisent pèle-mêle quelques morceaux de sucre, des bougies, du riz et des biscuits de mer, résultat d’une offrande nullement désintéressée. Ils sont là dès l’aube, mines fatiguées d’enfants qui n’ont pas assez dormi, et encore moins, mangé à leur faim. Ils se dirigent par petits groupes vers les grandes artères de la capitale sénégalaise, aux alentours des commerces, des banques, ou aux feux rouge, slalomant parfois dangereusement entre les véhicules.

Ils tendent la main aux passants, en quête d’une piécette et ne semblent nullement choquer, ni gêner les automobilistes et piétons qui les côtoient chaque jour. Ils semblent faire partie du décor et paraissent presque “exotiques” pour certains touristes occidentaux qui n’hésitent pas à les prendre en photo.

Les Talibés ou Talib qui sont-ils?

Des petits garçons âgés en moyenne de cinq à dix ans répondent tous au nom de “talibés”, déformation de “talib” qui signifie étudiant en langue arabe. Ce sont des pensionnaires des “daaras urbains”, ces “internats informels très spéciaux” que l’on hésite à appeler par respect pour la religion musulmane, école coranique tant ils sont loin de répondre à ses normes, règles et critères. Les talibés viennent des régions rurales du Sénégal ou des pays limitrophes comme la Gambie, la Guinée, la Guinée Bissau….confiés par leurs parents à des hommes qui s’autoproclament maîtres coraniques. Dans le passé certaines villes étaient traditionnellement réputées pour être des lieux de formation célèbres pour l’apprentissage du coran. C’est le cas de la ville de Saint Louis qui accueillait et accueille encore aujourd’hui de nombreux enfants que leurs parents confiaient à un marabout qui leur inculquait les préceptes de l’Islam.

De l’apprentissage de l’Islam à la mendicité, à la violence…

Mais l’envers du décor est autre, car les temps ont changé. Ces enfants censés être instruits, protégés par des hommes censés faire de ces enfants des érudits, les dressent pour en faire des petits mendiants tenus d’assurer leur pitance et le salaire des “maîtres coraniques”, au risque de faire passer au second plan l’apprentissage du Saint Coran qui dure en moyenne sept ans. La tradition voulait que les élèves qui fréquentent les écoles coraniques mendient aux heures de repas. Cette contrainte était censée leur inculquer les valeurs de modestie et d’humilité. Ce qui ne les empêchait nullement de s’adonner à l’étude du Coran à des heures ponctuelles contrairement aux talibés modernes qui vivent sous la menace quotidienne d’une raclée s’ils ne ramènent pas au maître coranique leur cotisation qui s’élève entre 200 et 500 francs CFA par jour.

Mendicité une activité lucrative qui entretient le maître coranique

La mendicité des enfants talibés est devenue une activité très lucrative pour leur maître. “Tendre la main n’est pas recommandée par l’Islam. La religion musulmane magnifie le travail et exhorte les musulmans à épargner aux pauvres la mendicité. La zakat, cet impôt prélevé sur les riches pour être collecté et redistribué par l’Etat doit permettre aux pauvres de financer des projets qui puissent leur permettre de gagner leur vie afin de ne pas être un poids pour la société” renseigne un érudit.

Aujourd’hui des garçons âgés de cinq à seize ans en moyenne vivent dans la promiscuité, livrés à eux même sous la menace quotidienne d’une sévère punition en cas de non respect de la “cotisation”.

Des enfants en sevrage affectif et maltraités

Cicatrices et plaies infectées sur le corps, sont les témoins des châtiments corporels souvent infligés par leurs bourreaux. Ils ne font souvent pas partie des campagnes de vaccination organisées par le ministère de la Santé et sont de ce fait très vulnérables aux maladies dont les risques sont accentués par la promiscuité et les conditions exécrables d’hygiène dans lesquelles ils vivent. Ces jeunes enfants sont ainsi privés dès leur plus jeune âge des bras protecteurs et de l’amour de mères souvent impuissantes dans une société où la femme n’a souvent pas son mot à dire quand il s’agit de l’éducation d’un homme.

Des parents souvent inconscients

Un jour, un jeune talibé de 7 ans ayant subi les foudres de son maître coranique qui l’a sauvagement battu parce qu’il n’avait pas effectué son versement de 200F CFA, ce qui lui avait occasionné de graves blessures a été intercepté par le père. Le père choqué à la vue de son fils avait porté plainte. Ce qui montre que les parents sont parfois loin de se douter de la vie que mène leur progéniture dans ces internats. Récemment, un reportage de Thalassa, une émission (re)diffusée sur TV5, mettait en cause le comportement inhumain d’un maître coranique qui certainement galvanisé par la caméra braquée sur lui s’est cru obligé de faire du zèle et de pousser la cruauté à son paroxysme en fouettant cruellement un petit garçon qui n’arrivait pas à mémoriser sa leçon. Ces images poignantes, relayées par internet avaient bouleversé les téléspectateurs et les internautes médusés et choqués par autant de violence gratuite.

La délinquance en ultime recours

Les plus âgés quand ils ne rackettent pas les plus jeunes, s’adonnent à des pratiques peu honorables telles des menus larcins. Les plus audacieux quittent les “daaras” généralement de leurs propres chefs pour fuir les mauvais traitements et finissent, parfois livrés à eux-mêmes sans repères, ni guides, par trouver l’affection et le bonheur qui leur manque en inhalant des produits toxiques et bon marché qui les mènent dans des paradis artificiels, antichambre de la délinquance, qui les oriente vers les routes sinueuses de la déchéance et quelquefois même de la prostitution.

Casser les mythes et le poids des traditions

Le poids des traditions en Afrique Subsaharienne entrave toute lutte contre le phénomène. Le talibé semble être devenu un symbole culturel et religieux, presque sacré, un personnage presque tabou, presque intouchable qui matérialise la puissance de leurs “maîtres” censés leur apprendre le Coran, Livre Saint qui renferme les 114 sourates qui régissent la vie du musulman. Sinon comment expliquer le silence assourdissant de la population sénégalaise face à la maltraitance des enfants talibés qui a pris des proportions inquiétantes ces dernières années? L’Etat aborde le problème en mettant des gants et tarde à faire appliquer les lois relatives à la mendicité et à l’exploitation des enfants à des fins de mendicité et qui existent depuis 2005. Les coupables risqueraient trois ans de prison et trois millions de FCFA d’amende. Le ministère de la Famille, de l’Enfant et du développement social juge cependant nécessaire de faire le tour des familles religieuses pour gagner le consensus des guides religieux avant d’appliquer le plan national de lutte contre la mendicité.

Des contre-exemples existent au Sénégal

Le célèbre “Daara” ou Institut islamique de Coki, situé à Louga, une région du Sénégal semble être un modèle de réussite de l’enseignement coranique. Cette école coranique qui existe depuis 1939 accueille 3400 pensionnaires qui viennent de toutes les régions du Sénégal et des pays de la sous région.

Le “Daara”, dispense en plus de l’enseignement traditionnel de l’Islam, les langues modernes, la grammaire, les mathématiques, les sciences, l’histoire et la géographie. Certains de ses pensionnaires sont devenus des personnalités qui évoluent dans l’administration, l’éducation et les affaires. L’école bénéficie d’une infirmerie et ses pensionnaires qui sont nourris logés et blanchis ne s’adonnent pas à la mendicité. L’école reçoit régulièrement des dons de l’Etat, des représentations diplomatiques et des personnes de bonnes volontés qui la soutiennent. Entre 100 et 170 élèves y mémorisent le Saint Coran par an et plus de 160 sortants de l’école sont diplômés des universités arabes La plupart d’entre eux servent aujourd’hui dans le secteur éducatif public et d’anciens élèves créent des internats en s’inspirant du modèle de Coki ou exercent comme maîtres coraniques. De nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour développer l’exemple de Coki qui pourrait être une solution au problème des enfants talibés mendiants qui errent dans la capitale sénégalais.

Qu’en est-il au Maghreb et pourquoi ce tollé sur l’école tunisienne de Regueb?

Ce qu’il convient avant tout de préciser, c’est que cela ne fait pas partie des us et des coutumes de chez nous et je ne suis pas dans l’angélisme ou la victimisation reniée ou encore la déresponsabilisation. Oui nous sommes tous RESPONSABLES par action ou omission, mais dans la réalité objective il faut se dire que pèse également l’approche ethnoculturelle du phénomène.

Par contre la criminologue est là pour vous dire, que oui depuis sept ans, les dérives islamistes ont beaucoup contribué à l’endoctrinement d’une certaine catégorie de la population tunisienne qui n’hésite pas à “vendre” ses enfants au plus offrant!

Ignorance, pauvreté, récupération font loi dans un pays qui se cherche encore et toujours.

L’Education le seul barrage contre l’emprise

Aller à l’école, mais “la bonne école”, permet aux enfants de se reconstruire, en leur fournissant un cadre protecteur, un espoir d’avenir, des compétences. Il faut se donner les moyens et renoncer aux fatalismes de ce monde. La violence sur l’enfance n’est pas à banaliser, son instrumentalisation, en tant que cible ou moyen ou bouc émissaire, n’est pas tolérable. Nous brisons notre humanité à venir en assassinant nos enfants et en leur apprenant à assassiner à leur tour.

Les parents, les institutions, les politiques doivent rester vigilants et rester dans la cohérence face au discours ambiant, qui risque d’être creux et l’histoire nous le démontre constamment.

Donnons-leur des livres au lieu des armes, facilitons leur l’accès à l’école pour les aider à reprendre le cours de leur vie.

L’Embrigadement de l’Enfance par contre est un produit de notre TERREAU de violence et de pauvreté!

L’Afrique, le continent le plus grand recruteur d’enfants soldats, l’Asie et le Proche Orient ensuite !

Passage tiré de Enfance et Violence de Guerre, Tome 1 et 2 éditions l’Harmattan 2015, auteur Fériel Berraies

Le continent africain affiche les plus grands chiffres du Mali à l’ Ouganda, RCA, au Rwanda, en Somalie et au Soudan du Sud, etc. - et principalement dans la région des Grands Lacs.

Au Proche-Orient, des enfants soldats sont présents en Israël et dans les Territoires palestiniens occupés, en Irak et en Iran. En Syrie, la branche d’al-Qaïda, le Front al-Nosra, mais aussi les Unités de protection du peuple kurde (YPG), des milices pro-Bachar el-Assad ainsi que le Hezbollah, recruteraient également des enfants-soldats dans leurs rangs.

Le groupe Etat islamique diffuse des vidéos dans lesquelles apparaissent des enfants soldats dont certains sont âgés d’à peine dix ans ; ils seraient aujourd’hui, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) plus d’un millier à avoir été recrutés et 89 auraient déjà été tués. Ce sont les “lionceaux du Califat”, comme ils sont appelés et on les montre souvent dans une mise en scène macabre où ils égorgent ou tirent des balles dans la tête d’otages. En Asie (Afghanistan, Inde, Laos, Philippines) ils sont aussi très nombreux. En Indonésie et au Sri Lanka, les Nations unies notent que le recrutement n’existe plus mais qu’une présence d’enfants soldats dans certaines régions est toujours effective. C’est en Birmanie que la situation est la plus alarmante car l’Etat participe à l’enrôlement des enfants dans les conflits : des enfants âgés de 12 à 18 ans sont recrutés de force par l’armée gouvernementale.

Ne plus se voiler la face car les Etats recrutent!

Le département américain, déclare que les forces armées gouvernementales du Yémen, de la Syrie, du Soudan, du Soudan du Sud, de la RDC, de la Somalie et du Nigeria ont elles aussi recruté entre avril 2014 et mars 2015 des enfants soldats. Si en Somalie et en RDC la situation semble cependant s’améliorer, il n’en va pas de même dans les autres pays listés.

Au Soudan du Sud par exemple, selon l’ONU, quelque 12 000 enfants soldats se battent au sein de l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) et des groupes rebelles du Soudan du Sud. Certains ont combattu durant plus de quatre ans et beaucoup ne sont jamais allés à l’école.

Des blessures physiques et psychologiques indélébiles

Les conflits armés qui ensanglantent le monde ces dernières décennies n’ont jamais fait autant de victimes civiles. Et parmi elles, la moitié serait des enfants. Enfants soldats ou pas, l’impact des guerres sur les plus petits est considérable. En une décennie, plus de deux millions d’enfants ont été tués, au moins six millions ont été blessés dont une grande partie souffre d’invalidité permanente. La réinsertion de ces enfants, reste c compliquée…

Reconstruire des enfants traumatisés, brisés

Il s’agit de renouer avec l’arbre de vie de l’enfant, d’essayer de faire un pont entre la situation d’aujourd’hui et cette enfance qui lui a été volée. Cela repose essentiellement sur le lien ou ce qui en reste.

Les impacts psychologiques sont également dramatiques. Les petits qui se retrouvent face à la décomposition de leur vie sociale, au stress, à la guerre, à la mort de leurs parents, aux viols de leurs sœurs ou de leur mère, demeurent psychologiquement traumatisés à vie. Il leur faudra un accompagnement dans la durée et beaucoup de résilience. Et c’est ce qu’ il faudra aussi pour ces enfants maltraités en école coranique en Tunisie ou ailleurs !

Ecole de Regueb: le scandale et le miroir aux alouettes !

Ce scandale où la Tunisie est pointée du doigt est une leçon mais aussi un épiphénomène qui cache un problème endémique, oui l’instrumentalisation de l’enfance continuera tant que les institutions et les gouvernances resteront laxistes. La tentation est grande de passer de l’autre côté du mur et d’instrumentaliser ses frustrations par rapport à des sociétés excluantes. Le djihadisme et l’embrigadement de nos jeunes est d’autant plus facile qu’ils s’attaquent à ceux qui ont perdu leurs repères. Il ne s’agit pas de religion ou d’une confession, car nos religions n’exhortent pas à la mort et au néant, au contraire. Mais de récupération d’une génération désenchantée. De familles récupérées qui donnent leurs enfants.

Les enfants et les jeunes resteront victimes qu’ils aient subi ou décidé d’agir la violence qu’on leur inculque, car les sociétés encore aujourdhui, ne sont plus prêtes pour eux. Et c’est encore plus vrai lorsque les Institutions sont dépassées, que les familles sont démissionnaires ou prises au dépourvu par les nouvelles technologies de l’information et de faux discours idéologiques pervertis.

Mais si l’on devait ne parler que des enfants soldats uniquement sans le djihadisme, sans une volonté politique qui permette de vraiment mettre en application toutes ces conventions internationales censées protéger nos enfants, les enfants continueront à être de la chair à canon et à semer la mort s’ils y sont obligés. Car certaines gouvernances sont des complices et participent même en Afrique Centrale à leur instrumentalisation par les chefs de guerre. Alors tout est dit…

Retrouvez les conseils de la chercheur en Sciences Sociales, activiste et thérapeute Fériel Berraies sur son site: www.feriel-berraies-therapeute.com

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