MAROC
05/10/2018 18h:31 CET | Actualisé 07/10/2018 11h:41 CET

L'élection du président du Conseil national de la presse relance les protestations

"Nous organiserons des manifestations devant le ministère et le Parlement"

AIC Press

ÉLECTION - Alors que se tenait, ce vendredi, l’élection du président et vice-président du Conseil national de la presse (CNP), au siège du ministère de la Communication et de la Culture à Rabat, une quinzaine d’éditeurs, de journalistes et d’anciens journalistes s’est réunie devant le département de Mohamed Laaraj pour observer un sit-in. “Nous voulions présenter au président de la commission chargée de l’élection une lettre dans laquelle nous décrivons l’état des lieux et les raisons légitimant notre protestation”, déclare au HuffPost Maroc Ali Bouzerda, directeur du site d’information Article 19.

Ce dernier, qui conduisait la liste “Le Changement” en lice pour l’élection des membres du CNP le 22 juin dernier, avait fini par la boycotter, qualifiant le mode de scrutin de liste fermée (ou bloquée) de “non-démocratique”. Une des raisons pour lesquelles il a décidé, dit-il, de manifester sa colère à l’occasion de cette nouvelle élection. À l’issue de celle-ci, c’est Younès Moujahid qui a été élu à la tête du CNP, tandis que le poste de vice-président est revenu à Fatima-Zahra Ouriaghli, directrice de publication de Finances News.

“Nous voulions suspendre cette élection! Depuis celle de juin, le processus a connu des irrégularités et fait l’objet de plaintes et de recours déposés en justice, sans compter des violations, dont l’exclusion des journalistes de la MAP et de radios privées”, explique Ali Bouzerda. Et de regretter que le groupe de protestataires ne soit pas parvenu à transmettre le message à son destinataire, expliquant que “la sécurité (leur) a interdit l’accès”.

AIC Press

Le chemin de la protestation, lui, ne s’arrêtera pas devant la porte du ministère. “Ce CNP n’a pas vu le jour dans les règles de l’art et la majorité, soit 60% des professionnels, n’a pas voté pour. Sans unanimité autour des sages qui le compose, on se demande comment il peut représenter le secteur”, s’interroge le directeur du site Article 19. Et d’attirer l’attention sur la crédibilité même de certains membres. “Deux d’entre eux ont des antécédents judiciaires et pourtant ils siègent en tant que sages”, fustige Ali Bouzerda.

Sur la liste des failles, ce dernier relève aussi que des membres du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) siègent en parallèle au CNP. “Younes Moujahid et Abdellah Bekkali, qui ont siégé 25 ans à la tête du syndicat barrant la route aux autres, sont en train de transposer le SNPM au CNP. Au sein de ce dernier, 4 membres du conseil exécutif du syndicat y sont représentés”, s’indigne notre interlocuteur. 

Confiant, Bouzerda attend avec impatience le verdict du tribunal administratif, dans une semaine, au sujet des irrégularités des élections du 22 juin. “Entre autres irrégularités, nous avions constaté des listes électorales trafiquées. Nous n’avons pas retrouvé les cartes de presse des inscrits pourtant au nom de supports médiatiques”, précise-t-il. Et de légitimer à nouveau son boycott des élections “dont les résultats étaient connus d’avance”. “Si nous étions allés jusqu’au vote, nous n’aurions récolté que 3 ou 5% et ils en auraient profité pour clamer leur majorité fabriquée par des calculs politiques”, tient-il à souligner.  

La contestation de ce CNP continuera donc. Pour ce farouche opposant, il faudra reprendre le processus de zéro en révisant la loi fondatrice. “Nous allons rassembler toutes les centrales syndicales pour revenir à la charge et organiser des manifestations devant le ministère de tutelle et le Parlement, organe législateur qui doit modifier le texte pour que l’on puisse avancer”, estime-t-il. 

AIC Press

Face à la colère des opposants, le nouveau président du CNP répond: “le conseil est pour tous!”. Dans une déclaration au HuffPost Maroc, Younès Moujahid estime que la presse marocaine “a accompli une phase historique de son autonomisation” et qu’elle est appelée à répondre à “une responsabilité sociale”. Moujahid décrit une “tâche difficile” en soulignant que le CNP est appelé à mettre la presse nationale au diapason du développement que connait le secteur. “Les difficultés aujourd’hui sont nombreuses d’autant que le secteur est en évolution constante”, nous dit-il précisant qu’il ne souhaite pas “rentrer dans des polémiques. “Notre rôle est de satisfaire les attentes du secteur et d’aller de l’avant”, poursuit-il.

Le nouveau président ajoute, par ailleurs, qu’il a été félicité par le ministre de la Communication et que ce dernier lui accordera bientôt un entretien. D’ici là, la prochaine étape du CNP sera de constituer des commissions permanentes et d’élire leurs présidents. “Ce sera notre première étape qui sera suivie par l’élaboration d’un plan de travail”, annonce-t-il. 

Quant au président de la SNPM, Abdellah Bekkali, le sit-in des journalistes et éditeurs de ce vendredi, dans lequel on a brandi une pancarte l’appelant ”à dégager”, n’est pas dérangeant. “Je ne peut pas leur interdire leur liberté d’expression”, dit-il au HuffPost Maroc, soulignant “sa grande satisfaction” du processus dans lequel s’est constitué le CNP. “Le SNPM va continuer sa mission et il travaillera main dans la main avec le CNP”, affirme-t-il.    

Dans un climat de tension, la mission du CNP s’avère difficile. La MAP, qui s’était insurgée officiellement contre le mode de scrutin et l’exclusion de ses journalistes, notamment ses correspondants à l’étranger, et remis en question la légitimité de certains membres du CNP, vient de publier un autre communiqué. Elle y rappelle les irrégularités des élections mais réagit surtout à “une instrumentalisation politique” de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) à son encontre. 

Article 19

Dans cet état des lieux assez contradictoire à ce que Moujahid appelle “le CNP pour tous”, il se peut que le président soit amené à apaiser d’abord la tension. S’il ne se montre pas opposé à cette idée, il précise toutefois que “cela se décidera par l’ensemble des membres du CNP”.

LIRE AUSSI: