MAROC
10/11/2019 09h:47 CET

Législatives en Espagne: Le HuffPost espagnol répond à 5 questions clés

Les citoyens espagnols retournent aux urnes pour la quatrième fois en quatre ans, dans un contexte de blocage politique général qui pourrait encore durer après le scrutin.

MARCOS DEL MAZO VIA GETTY IMAGES
Elections espagnoles

ESPAGNE - Paralysée politiquement, l’Espagne retourne aux urnes ce dimanche 10 novembre pour la quatrième fois en quatre ans dans un contexte de crise ouverte en Catalogne qui devrait provoquer une montée du parti d’extrême droite Vox.

Vainqueur des dernières élections fin avril mais incapable de s’entendre au minimum avec la gauche radicale de Podemos pour être reconduit au pouvoir, le chef du gouvernement socialiste sortant Pedro Sanchez (PSOE) est donné une nouvelle fois gagnant par les sondages. 

Mais il ne devrait pas sortir renforcé de ce scrutin comme il l’espérait. Contrairement au Parti populaire (PP, droite), mais surtout à Vox qui pourrait devenir la troisième force politique après avoir fait son entrée à la chambre des députés en avril dans un pays où l’extrême droite était marginale depuis la fin de la dictature franquiste en 1975.

Selon de récents sondages, notamment celui d’El Pais du 8 novembre ci-dessous, elle pourrait doubler son nombre de députés, avec près de 50 sièges sur 350.

El Pais
Elections espagnoles

Pour décrypter les enjeux du scrutin de ce dimanche, Le HuffPost a demandé à la rédaction du HuffPost espagnol de répondre à cinq questions clés. Voici les réponses de son directeur de publication, Guillermo Rodriguez.

Le HuffPost: S’oriente-t-on vers un nouveau blocage politique après l’élection si Pedro Sanchez n’obtient pas de majorité? Peut-il durer longtemps dans le temps?

Guillermo Rodriguez: En ce moment, il y a juste une certitude par rapport aux élections de ce dimanche: aucun parti politique ne remportera la majorité nécessaire pour gouverner en solitaire, sans coalition. Par conséquent, quel que soit le résultat, il faudra que deux formations ou plus parviennent à se mettre d’accord pour former un nouvel exécutif. L’histoire récente nous montre que l’option d’un pacte est très compliquée (l’exemple de l’alliance ratée entre PSOE et Podemos aux dernières élections d’avril, NDLR), mais l’autre option serait encore pire: convoquer à nouveau des élections. Aucun Espagnol ne comprendrait le fait de devoir voter pour la cinquième fois en cinq ans.

Le blocage peut durer tout le temps que les hommes politiques le veuillent ou que les citoyens le leur permettent. Les époques de majorités absolues (sous le PP ou le PSOE, NDLR) ont disparu et il semble très difficile de revoir une telle situation à court terme. Pedro Sanchez, qui va gagner les élections, sait très bien qu’il va devoir trouver un accord et il s’est engagé à le faire avant la fin de l’année. Car si le vainqueur n’a pas une majorité au Parlement, de nouvelles élections devront être convoquées. C’est une situation que l’on pourrait encore connaître dans six mois.

La montée en puissance de Vox, qui pourrait doubler ses sièges, va-t-elle bouleverser l’ordre établi?

Sans aucun doute. C’est la grande menace en ce moment parce que tous les sondages lui donnent une croissance électorale que lui permettrait de doubler son nombre de députés au Parlement, passant des 23 actuellement à près de 50. Si c’est le cas, Vox deviendrait la troisième force politique la plus importante en Espagne et son discours d’ultradroite gagnerait de la force dans le quotidien espagnol.

Avec ça, Vox sera une pièce clé pour la formation d’un gouvernement si les trois partis de droite -PP, Ciudadanos et Vox- obtiennent les votes suffisants pour s’y atteler. À la différence des autres pays européens, les formations de droite espagnoles n’ont pas le moindre souci à passer des accords avec l’extrême droite.

Est-ce que la gauche va être encore plus divisée après ces élections?

Il est quasiment impossible que la gauche espagnole puisse être encore plus divisée. Il y a quatre mois encore, ils avaient la voie libre pour former un gouvernement progressiste et ils ont gâché cette opportunité. Une victoire électorale de la droite aiderait probablement la gauche à s’unir davantage, puisqu’ils auraient ainsi un ennemi commun. Dans tous les cas, la relation personnelle entre Pedro Sanchez et Pablo Iglesias (leader de Podemos, NDLR) n’est pas bonne en ce moment, et elle ne sera probablement pas meilleure à l’avenir. Évidemment, cela n’aide pas (pour former un gouvernement de gauche, NDLR).

Le résultat des élections va-t-il renforcer l’indépendantisme en Catalogne?

Cela dépendra du nombre de votes qu’obtiendra notamment ERC (Esquerra Republicana de Catalunya), parti indépendantiste de gauche catalan. Les sondages signalent une importante croissance des votes, qui ne serviraient à rien si les trois partis de droite ensemble obtiennent le nombre de députés suffisants pour former un gouvernement. Si l’on voit un gouvernement des droites, maintenir “l’ordre” en Catalogne deviendrait une priorité politique, de même que toutes les possibilités de résoudre le conflit à travers le dialogue seraient brisées. L’indépendantisme en resterait, tout du moins, touché.

En résumé, quel scénario peut être envisagé après le 10 novembre?

C’est la grande question. Il y a une seule personne que le sait: Pedro Sanchez. Que l’Espagne ait un gouvernement à la fin de l’année ou doive encore voter dépendra de lui et de sa capacité à parvenir à un accord. Ce qui est quasiment sûr, c’est que les socialistes (PSOE) vont gagner les élections, qu’il y aura une nette croissance de l’ultradroite (Vox), et qu’il sera nécessaire de trouver un accord (pour la formation d’un gouvernement via une coalition, à gauche ou à droite, NDLR).

Cet article a initialement été publié sur le HuffPost France.