MAROC
20/06/2019 09h:40 CET

Légalisation du cannabis récréatif en France: la proposition choc d'économistes proches de Matignon

En France, le Conseil d’analyse économique estime qu'il faudrait vendre le gramme de cannabis à neuf euros.

FRANCE - Voilà un sujet qui revient sur la table politique de façon récurrente France: la légalisation du cannabis récréatif. Elle a de nouveau été mise sur le tapis ce jeudi 20 juin par le Conseil d’analyse économique qui a publié une étude plaidant pour la légalisation encadrée. Les prix, la production, la vente... Ce document explique comment “reprendre le contrôle de ce marché” et faire en sorte que cela profite à l’économie de la France. 

Le Conseil d’analyse économique (CAE), think-tank indépendant mais placé sous l’autorité du Premier ministre, explique dans un dossier de douze pages pourquoi il faudrait légaliser le cannabis et expose un scénario basé sur l’expériences des pays qui ont déjà passé le pas tels que l’Uruguay, certains États américains et certaines provinces canadiennes. Une proposition choc alors que la France amorce tout juste la légalisation du cannabis thérapeutique. 

 “Alors que la situation évolue rapidement à travers le monde concernant la légalisation du cannabis récréatif, le temps est venu pour la France d’opter avec pragmatisme et fermeté pour une politique de régulation qui lui permettra de reprendre le contrôle”, avancent ses auteurs, les économistes Emmanuelle Auriol, professeur à École d’économie de Toulouse et Pierre-Yves Geoffard, professeur à École d’économie de Paris. 

La répression française est un échec

Une proposition émise également après un constat: même si la France a l’une des politiques les plus répressives d’Europe, les Français et surtout les mineurs sont parmi les plus gros consommateurs de cannabis de l’Union européenne. “Le système de prohibition promu par la France depuis 50 ans est un échec”, estime le rapport, repris par Le Figaro. Un système également accusé de peser “lourdement sur les finances publiques” et de favoriser le crime organisé.

Une légalisation “s’accompagne en général d’une baisse de la criminalité”, explique la note. Certes, cela entraîne “une hausse de l’usage chez les consommateurs réguliers”, mais aussi une “diminution de la consommation chez les jeunes”. Si tant est que l’interdiction de vente aux mineurs est respectée.

Concrètement, le Conseil d’analyse économique estime qu’il faudrait fixer le prix de cente du gramme de cannabis à 9 euros, TVA de 20 % et droit d’accise inclus, résume Le Figaro. “Un tel prix permettrait à la fois de lutter contre le marché illégal (prix d’éviction) en ayant dans le même temps un niveau de taxation similaire à celui du tabac”. Avec un gramme à 9 euros et des ventes estimées à 500 tonnes, 2 milliards d’euros de recettes fiscales pourraient être encaissés, calculent les économistes dans le rapport. Cette nouvelle filière cannabis peut aussi représenter 55 à 114 emplois créés par tonne produite, avancent les auteurs de la note, soit un total entre 27 500 et 57 000 emplois.

 

Les politiques pour la légalisation 

Dans un autre document, une tribune publiée mercredi 19 juin dans l’Obs, plus de 70 personnalités, dont les ex-têtes de liste aux européennes Yannick Jadot et Raphaël Glucksmann, appellent les pouvoirs publics ”à agir vite” pour légaliser le cannabis au nom du “pragmatisme”. “Il faut en finir avec le statu quo. La France doit légaliser le cannabis, qu’il soit utilisé à des fins thérapeutiques comme récréatives, pour les consommateurs de plus de 18 ans”, réclament les signataires, parmi lesquels figurent notamment des élus de gauche, trois députés LREM, des chercheurs, des médecins et les anciens ministres Bernard Kouchner et Daniel Vaillant.

“Quand la France acceptera-t-elle de regarder la réalité en face, de faire preuve de pragmatisme ?”, écrivent-ils. Les signataires de la tribune appellent toutefois à “contrôler la production et la distribution” de ce “produit nocif pour la santé”.

Les auteurs regrettent notamment que la France soit ”à la traîne” par rapport à ses voisins qui ont “tous assoupli leur législation” ou à certains pays du continent américain qui ont eux déjà “légalisé la substance”.

Interrogée sur cette tribune à l’issue du Conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement a répété qu’une telle légalisation n’était pas à l’ordre du jour. “La position du gouvernement n’est pas d’aller vers une légalisation du cannabis”, a déclaré Sibeth NDiaye, concédant simplement qu’il pouvait y avoir des “réflexions” sur un usage thérapeutique.

Récemment, le Canada ainsi que plusieurs Etats américains ont suivi l’exemple de l’Uruguay, premier pays du monde à avoir légalisé le cannabis récréatif en 2013.  Près d’un Français sur deux s’était dit favorable à une légalisation du cannabis dans une étude publiée par l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) mi-avril. Mardi, des députés de tout bord ont transmis une proposition de loi prônant une “légalisation contrôlée” de cette substance.

Cet article a été initialement publié par Le HuffPost France.