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08/11/2018 11h:11 CET | Actualisé 08/11/2018 11h:11 CET

L’éducation et la formation des jeunes en Afrique, clé de l’émergence du continent

Dans certains pays africains, une fille va encore deux fois moins longtemps à l’école que son frère.

Juan Medina / Reuters

Blog publié en partenariat avec le Forum MEDays.

DÉVELOPPEMENT - Un récente étude de la Banque mondiale[1] met en lumière une “grave crise de l’apprentissage en Afrique” qui mine la croissance de la région et nuit au bien-être de sa population. Le continent a pourtant réalisé d’importants progrès en matière de scolarisation ces dernières années.

L’accès à l’école primaire profite à 80% des enfants, contre 64% en 2000 et près de quatre enfants sur dix suivent un enseignement secondaire, contre moins de trois au début des années 2000. Pour autant, cette course vers l’éducation universelle s’est souvent faite au détriment de la qualité de l’enseignement. Sur le continent, si 80% des enfants achèvent le cycle primaire, seul 50% en moyenne ont acquis les compétences de base en lecture[2].

Les inégalités entre filles et garçons persistent si bien qu’en République démocratique du Congo (RDC), au Mali ou en Ethiopie, une fille va encore deux fois moins longtemps à l’école que son frère. A ces problèmes d’accès à l’éducation s’ajoutent des enjeux démographiques. L’Afrique compte 600 millions de jeunes soit 50% de sa population.

D’ici à 2030, 170 millions d’enfants supplémentaires devront être scolarisés. Pour un même accès à l’éducation, il faudra donc recruter 1,3 million de professeurs supplémentaires. L’accroissement du nombre d’enfants scolarisés est si rapide que l’on assiste à une importante pénurie d’enseignants. Les systèmes éducatifs déjà sous tension ne pourront faire face à cette nouvelle vague sans de véritables plans d’action à l’échelle étatique.

Face à l’ampleur des besoins, les gouvernements consacrent une part croissante de leurs ressources budgétaires à l’école avec néanmoins des investissements très inégaux. Un quart du budget national au Sénégal est consacré à l’éducation, contre seulement 7% de celui du Nigeria.

Face à l’ampleur des besoins, les gouvernements consacrent une part croissante de leurs ressources budgétaires à l’école avec néanmoins des investissements très inégaux. Un quart du budget national au Sénégal est consacré à l’éducation, contre seulement 7% de celui du Nigeria. Certains pays sont également tentés de faire des choix, comme l’Ethiopie qui a construit près de quarante universités ces dernières années au risque de sacrifier la scolarisation primaire et secondaire dans un pays où les étudiants ne représentent que 0,8% de la population.

D’autres pays, comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, ont choisi de miser sur l’éducation numérique avec des universités virtuelles afin de répondre à l’afflux d’étudiants. Mais lancées dans la précipitation, ces universités basées sur de 100% e-learning ont fait de nombreux déçus à cause des conditions d’accueil déplorables, des tuteurs peu présents et pas assez nombreux pour encadrer les étudiants inscrits. L’approche apparaît néanmoins très intéressante dans un continent ou le taux de pénétration des technologies de l’information et de la communication (TIC) explose – et principalement celui du téléphone portable.

L’utilisation des TIC dans l’éducation ouvre de nouvelles perspectives pour le continent; et tous les acteurs du secteur sont concernés – décideurs, chefs d’établissement, enseignants, et élèves. Cette m-éducation peut tout d’abord offrir un accès à grande échelle à des contenus de cours de qualité mais aussi assurer un soutien scolaire aux élèves. Pour lutter contre l’échec scolaire au Kenya, l’application mobile M-Shule a développé des formations qui s’adaptent au rythme d’apprentissage et aux difficultés de chacun grâce à une utilisation de données personnelles et à de l’intelligence artificielle. Les notes des 400 élèves qui ont testé l’application fin 2017 ont augmenté de 23% sur la période.

Le numérique peut également améliorer la formation des enseignants. De nombreuses initiatives ont vu le jour comme le Primary Teaching Learning Program, développé conjointement par l’UNESCO et Nokia, qui propose des formations continues à distance. Ces programmes permettent également de répondre en partie à la problématique de la pénurie des professeurs en offrant une plus grande flexibilité d’organisation de formation.

Enfin, les TIC permettent de pallier le manque de données pour la gestion des systèmes éducatifs nationaux. Le logiciel Mirador, développé par des ingénieurs sénégalais, calcule en temps réel les besoins des 9.000 établissements sénégalais du primaire et du secondaire. Le système est capable de détecter s’il manque un professeur de maths pour compléter le nombre d’heures définies et d’allouer automatiquement à l’établissement un enseignant supplémentaire. Mirador permet un gain de temps et d’argent considérable pour le gouvernement sénégalais et le logiciel intéresse désormais de nombreux pays d’Afrique subsaharienne.

Si le numérique et les TIC sont reconnus comme étant de puissants leviers de développement économique et social sur le continent africain, leur déploiement dans le secteur éducatif mérite une plus grande attention ainsi que la mise en place de politiques gouvernementales dédiées afin de pouvoir faire face au défi de l’éducation en Afrique sur les années à venir.

[1] Banque Mondiale, Perspectives : L’école au service de l’apprentissage en Afrique, Septembre 2018

[2] Avec des disparités considérables entre les pays comme au Niger où seul 9% des élèves maitrisent la lecture à la fin du primaire

Ce blog a initialement été publié sur la plateforme de blogs des MEDays, qui présentera du 7 au 10 novembre à Tanger son 11e forum, dont le HuffPost Maroc est partenaire.