TUNISIE
02/05/2018 13h:26 CET | Actualisé 02/05/2018 13h:30 CET

L’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun salue "cette Tunisie qui ose toucher à des tabous"

Ben Jelloun estime que ces décisions révolutionnaires prises par la Tunisie ne seront pas suivies par d’autres pays arabes et musulmans.

Awakening via Getty Images

“Courageuse Tunisie”, c’est ainsi que l’écrivain marocain, Tahar Ben Jelloun, a choisi d’intituler sa tribune publiée le 30 avril 2018 dans 360°.

Il s’agit d’un clin d’oeil pour remettre en relief les avancées sociales que mène la Tunisie depuis des décennies notamment en matière de droits des femmes. Toujours pionnière dans le monde arabe, cette dernière se démarque en osant “toucher à des tabous”, estime l’écrivain. 

“Ce petit pays, menacé par le terrorisme et la régression des salafistes, avance et poursuit le chemin d’une révolution à petites doses” a-t-il souligné.

Pour Ben Jelloun, l’exemple tunisien mérite une certaine attention. “D’abord le Code de la famille. Il est le plus progressiste de tout le monde arabe (...) après le Code de la famille (NDLR: La circulaire de 1973 interdisant le mariage d’une Tunisienne à un non musulman a été annulée en 2017) qui autorise une musulmane à épouser un non-musulman,(...), c’est la liberté de conscience qui a été inscrite dans la Constitution après la révolution de 2011” a-t-il noté en saluant son audace surprenant.

Des réformes modernistes qui semblent buter contre le dogme à travers des textes de loi progressistes, annonce l’écrivain. “C’est l’unique Constitution dans le monde arabe à avoir réussi à introduire cette liberté pour l’individu” a-t-il martelé en ajoutant que “tant que le monde arabe et musulman n’a pas franchi ce pas en reconnaissant l’individu, c’est-à-dire la personne, il restera englué dans un brouillard de régression et toute tentative de démocratisation sera vouée à l’échec”.

À ses yeux, le monde arabe est victime d’une “schizophrénie qui accentue le retard dans tous les domaines”. En effet, contrairement à leur facilité déconcertante à adopter les progrès techniques les plus sophistiqués, les pays arabes peinent à progresser aux niveaux social et culturel. Il a expliqué ce frein par la barrière de la charia. “Pour nombre de musulmans, la charia est un dogme intouchable. Cette rigidité fait mal à l’islam” a-t-il répliqué.

En effet, Ben Jelloun a estimé que ces décisions révolutionnaires prises par la Tunisie notamment celle d’instituer l’égalité en héritage ne seront pas suivie par d’autres pays arabes et musulmans. “Pas d’effet domino” a-t-il révélé.

Or le croyant a le droit de s’adapter tant qu’il respecte l’esprit du texte. C’est en se basant sur cette réflexion que la Tunisie a pu se libérer de ces dogmes, a-t-il expliqué. 

“Pour ce qui est de l’héritage, c’est une belle avancée que le président Beji Caïd Essebsi, un ancien ministre de Bourguiba, va réaliser. Il aura osé toucher au texte sacré. Mais ce texte sacré n’interdit pas une nouvelle interprétation en liaison avec une adaptation à la vie moderne. Il doit appliquer non pas la lettre mais l’esprit” a-t-il répliqué.

Le penseur marocain s’est attardé, par ailleurs, sur des exemples qui dévoilent le soulèvement de la Tunisie et sa révolte contre certaines évidences canoniques. Il a prouvé que ces avancées, contrairement aux idées reçues, sont en effet concordantes avec le texte sacré.

Pour étayer son idée, Ben Jelloun s’est appuyé sur une anecdote de l’ancien président de la République Habib Bourguiba: “Rappelons que c’est dans ce pays que Habib Bourguiba avait en 1958 osé boire un verre de jus d’orange à la télévision en plein jeûne de ramadan, appelant le peuple à se concentrer sur la lutte contre le sous-développement. Tout le monde sait que le jeûne induit une baisse de rentabilité dans certains domaines. Comme il est légitime de ne pas jeûner durant les longs voyages ou pendant la guerre, Bourguiba considérait que le combat contre le sous-développement était comparable à une guerre”.

En fait, Ben Jelloun estime que la Tunisie a réussi à prendre des décisions révolutionnaires, en phase avec la modernité tout en respectant le texte sacré. Un dosage fragile qui offre une nouvelle “interprétation en liaison avec une adaptation à la vie moderne”. “Du point de vue religieux aucun mal à s’adapter, à vivre l’islam non plus tel qu’il est apparu au septième siècle mais tel qu’il a grandi à travers les époques et les civilisations” a-t-il affirmé avant de conclure que “c’est dans ce pays fragile que des décisions courageuses et révolutionnaires sont prises en dépit des conditions difficiles dans lesquelles vivent les Tunisiens”. 

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