MAROC
29/06/2018 18h:28 CET

L'écrivain Abdellatif Laâbi soutient les condamnés du Hirak

"Sommes-nous entrés au Maroc dans de nouvelles années de plomb?"

Patrick BOX via Getty Images

JUSTICE - Les lourdes peines de prison prononcées mardi soir à l’encontre des accusés du Hirak continuent de faire réagir. L’écrivain et poète Abdellatif Laâbi, connu pour avoir été emprisonné entre 1972 et 1980 pendant les “années de plomb” pour ses positions militantes d’extrême gauche, a écrit un court texte sur sa page Facebook ce vendredi 29 juin.

Abdellatif Laâbi, qui avait déjà exprimé sa solidarité avec les détenus rifains en signant, en novembre dernier, un appel dénonçant la répression du Hirak à Al Hoceima, se dit “révolté” par la condamnation de Nasser Zefzafi et des autres leaders du mouvement né dans le Rif après la mort de Mouhcine Fikri en octobre 2016.

“Je ne peux que crier ici mon indignation. Du plus profond de moi-même, je sens monter une colère noire contre la bêtise et l’immoralité du système qui a permis qu’une telle injustice soit commise”, écrit-il.

“Car quel est le crime de ces jeunes qui ont initié le mouvement du Rif? Revendiquer des droits sans la satisfaction desquels la citoyenneté resterait un leurre, une coquille vide? Ne pas baisser la tête devant une machine répressive sourde aux détresses des plus démunis, ne faisant aucun cas de la dignité humaine?” ajoute l’écrivain.

“L’heure est en tout cas à la mobilisation citoyenne”

Membre fondateur de la revue culturelle militante Souffles en 1966 et du mouvement politique Ila Al Amame en 1970, qui lui ont valu d’être torturé puis emprisonné avant qu’il ne s’exile en France, Abdellatif Laâbi n’hésite pas à se demander si le Maroc ne voit pas un retour aux “années de plomb”. 

“Tout cela m’amène à poser, la mort dans l’âme, cette grave question: sommes-nous entrés au Maroc dans de nouvelles années de plomb? L’heure est en tout cas à la mobilisation citoyenne pour dénoncer le méfait qui vient d’être commis à l’encontre des militants du Hirak et pour revendiquer haut et fort leur libération”, conclut-il.

Plus d’un an après les événements d’Al Hoceima et après 8 mois de procès, des peines allant de 20 ans de prison ferme à un an de prison avec sursis ont été prononcées, mardi 26 juin, par la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Casablanca.

Le “leader” de la contestation, Nasser Zefzafi, a écopé d’une peine de 20 ans de prison ferme, de même que trois autres meneurs du mouvement. Des dizaines d’autres accusés ont écopé de peines d’emprisonnement de 5, 10 ou 15 ans. Des manifestations de soutien aux condamnés ont été organisées mercredi soir à Rabat et Casablanca.