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14/05/2018 14h:46 CET | Actualisé 14/05/2018 14h:46 CET

L'économie sociale et solidaire au coeur du Forum Convergences Tunisie

Ce forum a constitué un élément de réponse aux défis économiques, sociaux et environnementaux rencontrés en Tunisie.

Facebook/Patrice Bergamini

L’économie sociale est un secteur qui réconcilie business et impact social et qui contribue à la croissance économique. La jeunesse tunisienne a du potentiel et doit être encouragée à explorer son talent.

C’est dans ce cadre qu’a eu lieu le 9 Mai à Beit Al -Hikma le Forum convergences sur le thème: “ESS’ploration, vers une Tunisie Zéro Exclusion, Zéro Carbone, Zéro Pauvreté”.

L’organisation -et le forum en général- était une véritable réussite, enrichissant en terme de contenu, de panels et une opportunité pour les entrepreneurs qui sont soit en phase de lancement de leur projet ou encore pour les jeunes qui ont une simple idée mais qui sont encore prudents vis-à-vis de l’économie sociale et solidaire par manque d’information.

Ce forum a constitué un élément de réponse aux défis économiques, sociaux et environnementaux rencontrés en Tunisie.

La convergence est une plateforme de réflexion de mobilisation et de plaidoyer lancée en 2008 et elle est composée de plus de 200 organisations partenaires issues de tous secteurs afin de diffuser des best practices et favoriser l’innovation à fort impact social.

La plateforme convergence a pour objectif de faire tendre les acteurs (Institutions publiques, entreprises, milieu universitaire, associations) vers un même but à savoir la réalisation des objectifs de développement durable. Elle a un rôle majeur dans l’essor de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS), dans l’exploitation des jeunes de leur potentiel, la formation et le soutien des entrepreneurs sociaux tunisiens d’aujourd’hui et de demain.

L’ouverture été faite par Emilie Poisson, Directrice exécutive du forum mondial convergences avec une présentation de la plateforme suivie de quelques questions de réflexion adressés à Patrice Bergamini, représentant de la délégation de l’Union Européenne en Tunisie.

Les partenaires du Forum convergences ont animé plusieurs ateliers, conférences, cas pratiques... comme par exemple l’OIT et sa conférence sur “De la coopération multi-acteur au cadre juridique et institutionnel” ou encore Enda Inter arabe et un échange d’experience sur “la génération startup, quel accompagnement?”. 

Voici les principales déclarations de ce forum:

Patrice Bergamini (Représentant de la délégation de l’Union Européenne en Tunisie) a affirmé que “le déficit de la balance de la Tunisie a été lié pour 60% au facteur énergétique, et pourtant la Tunisie dispose de ressources renouvelables” avant d’ajouter que “le retraitement d’eau est un chantier prioritaire et fondamental ici en ESS pour répondre à l’objectif zéro carbone”.

Il a précisé aussi que la Tunisie a été gouvernée par la dictature. L’inégalité pour les porteurs d’idées a été générée par ce système et que l’exclusion existe même sur la grand Tunis malheureusement.

La Tunisie est un pays pauvre, un pays appauvri par des années de dictature, et aujourd’hui les difficultés de transition, les défis de transition sociale, démocratique en Tunisie sont là et liés à cet état des lieux laissé par Ben Ali a-t-il estimé.

Il a aussi annoncé que”l’Europe a financé 25% des collèges et des lycées Tunisiens (construction, réhabilitation, rénovation) et comme l’exclusion se trouve aussi dans l’éducation, l’un des objectifs de l’ESS est la culture pour tous”.

Jouhaina Gherib (Présidente et membre fondatrice, université de la Mannouba et IRSET)

Une enquête faite par l’institut RSE a dévoilé que les entreprises font assez en terme de responsabilité sociétale, elles répondent de plus en plus à l’ESS.

“Donc la sensibilisation a un impact positif en Tunisie et les PME sont de plus en plus consciente du rôle quelle peuvent jouer sur la vie éco, sociale...”.

L’enquête aussi  démontré aussi que “les PME représentent 90% des entreprises partout dans le monde, mais aussi en Tunisie. Ce sont elle qui vont responsabiliser l’ESS, le finaliser. S’il y’a un acteur important en Tunisie mais qui n’est pas assez encouragé ce sont les PME.. »

Radhi Meddeb (président fondateur et Président-Directeur Général, action et développement solidaire et groupe COMETE):

“La croissance est absente. Un point de croissance crée jusqu’à 1000 emplois, or on est loin de satisfaire la demande additionnelle avec 80.000 demandeurs d’emploi annuellement. Le stock des chômeurs est de 650.000 demandeurs d’emploi. Donc aujourd’hui il y’a de la place et une demande forte pour l’émergence d’un troisième secteur à savoir l’ESS, des coopératives à exploiter »

Il a parlé du cadre législatif et règlementaire qui sont deux grande menaces pour l’ESS en Tunisie, et selon lui comme il n’est pas clairement autorisé par la loi, il est pratiquement interdit; ce qui rend l’ESS ambigu.

“En Tunisie, je crains que ce projet porté aujourd’hui à la discussion publique, ne soit un peu administratif. L’ESS a besoin d’un cadre pour respirer, elle n’as pas besoin d’excès d’institution”.

Berénice Dondeyenne (Co-présidente d’ADEPES mouvement pour l’économie solidaire en Occitanie) :

“Les gens ont une expertise d’usage, il suffit de les entendre.Ils peuvent être un facteur de créativité sur leur territoire parce qu’ils le connaissent”.

“Dans le même territoire, on peut être diffèrent et accepté d’être diffèrent et peut être, ensemble à travers l’intérêt collectif, on peut créer nos propres liens puisque un projet ça crée la coopérative, la prise de décision”.

Amina Kchirid (Professeur universitaire, chercheuse et directrice de l’équipe de recherche ERISE à Casablanca)  :

“On considéré que l’université est très active dans l’écosystème de l’entrepreneuriat.

On a créé une formation beaucoup plus large qui va toucher l’ensemble des organisations de l’ESS et aujourd’hui -c’est notre cible- cela se traduit par leur fournir la compétence, des ressources.

On a agi sur le territoire de Sidi Moumen une région très difficile avec 600.000 habitant où des terroristes ont essayé de faire des attentats.

Aujourd’hui on travaille sur cette région pour mesurer l’impact social de toute l’action de structure de l’ESS.

On a créé un incubateur autour de l’entrepreneuriat social. Cet incubateur a aussi mis en réseau certain nombre d’acteurs et d’intervenants au niveau de l’ESS à partir d’un accompagnement.

On a à l’intérieur des facultés, des associations qui travaillent sur l’ESS, un espace de coworking ouvert à tous les étudiants.

À travers notre expérience, il faut vraiment crée cette intelligence collective.

Il y a 6000 étudiants chaque année qu’on sensibilise, qu’on informe sur l’ESS pour qu’ils puissent crée leur entité.

Au Maroc sur 12 régions il y a près de 4 régions qui contribuent à 68% du PIB, et la région de Casablanca détient la part la plus importante.

Pour réduire ces inégalités régionales, on a créé des coworking de l’entrepreneuriat sociale dans les université (incubateur d’université)”. 

Dalila Mabrouk : (Directrice exécutive de CITESS Mahdia)

“La CITESS a crée un outil communautaire de communication autour de l’ESS autour du territoire de Mahdia, Ils ont promu la diversité de leur territoire et aussi la vulgarisation des principes de la citoyenneté engagée à savoir: comment consommer local? Comment consommer Tunisien? Comment être un citoyen engagé envers son territoire?

Plusieurs jeunes entrepreneurs sont également intervenus. Tous pointent du doigt le cadre juridique comme Mohammed Ali Guiza (coordinateur régional de grand Tunis plateforme RETICEL) : “L’ESS n’est pas développée en Tunisie, sa participation au PIB est inférieure à 1%.

Par contre aux États-Unis, c’est environ 10% du PIB. Le blocage essentiel c’est qu’il n’existe pas un cadre juridique spécial, une sorte de loi organique de l’ESS comme au Maroc ou en France. Du coup, l’entreprise sociale ne bénéficie d’aucune prime ou subvention de l’État et l’accès au financement bancaire est quasi impossible”.

Des chargés et responsables d’associations, fondations se sont aussi exprimés sur l’avenir de l’ESS en Tunisie, ses limites...

Ibtissem Kerdjani (chargée d’accompagnement à Labess) :

“Aujourd’hui le Laboratoire de l’ESS est une ONG. On fait partie de l’association GINKGO en France et on est représentant de GINKGO en Tunisie et on fait partie du groupe SOS un groupe d’une chaine internationale.

On œuvre pour l’atteinte des objectifs de développement durable. Aujourd’hui Labess a pour mission de promouvoir l’innovation sociale et collaborative, de promouvoir l’ESS en Tunisie, et de connecter les différentes énergies qui sont en train de travailler sur l’ESS.  

Labess travaille sur plusieurs activités: la 1ère, c’est le volet accompagnement et la formation d’associations. On leur propose des programmes de formation de diffèrent modules qui peuvent toucher à la recherche de financement, au montage de projet, au plaidoyer mais aussi de l’accompagnement.

Par ailleurs, on travaille avec les entrepreneurs sociaux à travers l’incubateur qu’on a à Labess, et c’est un projet et un programme d’accompagnement d’entrepreneurs qui ont des idées de projet et/ou des projets qui sont en activité avec un fort impact social, environnemental...

Ce programme d’incubation il est fait sur 6 mois. Ces entrepreneurs bénéficient de la formation, de l’accompagnement de la phase d’idée jusqu’à la concrétisation du projet en lui-même. À côté de ça, on organise des événements de mise en réseau.

On a aussi le projet SAPHIR, en partenariat avec l’IFT. Ce projet est destiné aux jeunes entrepreneurs qui ont entre 20 et 30 ans. Il suffit d’avoir une idée de projet à fort impact et qui a un potentiel de développement durable.

Aujourd’hui, on veut être acteur essentiel de l’ESS en Tunisie et donc on essaie d’organiser un maximum d’événements qui peuvent toucher à toutes les thématiques liées à l’ESS.

Il y’as beaucoup d’opportunité de financement aujourd’hui pour l’ESS, il suffit juste de s’y mettre et penser réellement à l’impact que peut donner n’importe quelle idée de projet à la société.

Il y a beaucoup d’idées de projets d’entrepreneurs qui sont réellement en train de faire un impact sur la société, mais ils ne sont pas réellement conscient de ça, ils le font naturellement à travers des valeurs.

L’ESS existe en Tunisie, il y a peut-être pas le cadre légal, mais on est en train de travailler dessus et je pense qu’il y’a beaucoup d’opportunités que ce soit de financement ou de développement de l’ESS.

En bref, notre mission est d’accompagner et de pousser les idées qui ont du potentiel”

 

Sallouha Bouzarou : (Sous-directeur, chargé des projets de formation et d’accompagnement à CITET)

“L’ESS est un nouveau concept qui vient de s’installer en Tunisie, un concept qui pourrait être intéressant, mais il faut vraiment que les autorités locales prennent les dispositions nécessaires pour les institutions concernées par l’ESS et commencent par la formation, c’est-à-dire, préparer le terrain pour après faire adhérer les jeunes aux projets sociaux et solidaires.

Il y a aussi l’entrepreneuriat vert qui est très développé en Tunisie.  De nos jours, on peut trouver des projets vraiment très innovant en matière d’environnement, énergie renouvelable, agriculture durable, Eco-tourisme et valorisation des déchets”.

Ilhem Brini (Coordinatrice du programme réforme économique et sociale dans la région Mena à Friedrich Ebert Stiftung) :

“L’ESS représente un axe très important sur lequel on est en train de travailler. L’ESS en Tunisie n’est pas très connue.

On est en train de changer les mentalités. On travaille sur la vulgarisation de ce concept pour que les jeunes puissent comprendre le mécanisme. 

Ça pourrait être un secteur de croissance et de création d’emploi, mais aussi un vecteur de justice sociale”.

Hanen Jrad (Secrétaire générale de l’association WE LOVE Sousse)

Notre association vise à améliorer la qualité de vie à Sousse. On travaille sur la culture, l’ESS, le patrimoine de la ville...

 

On a un projet en expansion: le Projet 25/21. C’est un projet Maghrébin, on travaille sur la mobilité des jeunes dans la région maghrébine et ce sur 3 volet: culture et art, ESS, et échanges académiques.

Les outputs du projet, c’est Radio Zina (une radio communautaire qui communique sur les activités des jeunes dans la régions de Maghreb) et aussi Lab of Art qui est aussi une plateforme où les artistes parlent, font des appels à projet et rassemblent les artistes du Maghreb”.

Samia Hafsia (Enseignante et coordinatrice 4C)

“D’une manière générale, l’ESS n’est pas assez développée chez les jeunes et connait des disparités: certains jeunes (minoritaires) sont très sensibilisés au sujet et œuvrent pour améliorer les territoires où ils sont installés.

Néanmoins, la majorité des jeunes, ne sont pas sensibilisés à ce phénomène. C’est ce qui fait que certains sont initiés alors que d’autres ne le sont pas.

Certains facteurs sont personnels: la créativité du jeune, sa curiosité de découvrir des choses nouvelles, sa volonté à migrer vers un monde meilleur; d’autres facteurs sont liés à l’environnement: adhésion au tissu associatif, un parent ou ami sensibilisé, un enseignant qui en parle...

Pour l’enseignement de l’entrepreneuriat social, il n’est pas généralisé à toutes les institutions universitaires. Par ailleurs, la pédagogie adoptée pour enseigner ce concept ne contribue pas toujours à éveiller l’esprit entrepreneurial des jeunes.

L’enseignement de l’entrepreneuriat devrait être basé sur l’action, l’implication des jeunes comme acteurs actifs dans le processus d’apprentissage. Il devrait contribuer à doter les jeunes de compétences transversales comme la créativité, l’innovation, le travail de groupe, la résolution de problèmes, la flexibilité et l’adaptabilité à l’imprévu, le leadership, le sens de la communication”...

La Tunisie répondra elle aux 17 objectifs de l’ESS d’ici 2025? La législation Tunisienne répondra-t- elle aux attentes de sa jeunesse? Autant de questions qui attendent des réponses.

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