TUNISIE
04/08/2019 11h:59 CET | Actualisé 04/08/2019 19h:53 CET

L'École Internationale de Sfax obtient son homologation: Pourquoi Meninx Holding investit dans l'éducation? Interview de Zakaria Belkhoja

Qu’est ce qui a poussé Meninx Holding à investir dans l’éducation? Pourquoi le choix de Sfax? En quoi cette homologation est-elle importante? Zakaria Belkhoja, à la tête du projet de l'École internationale de Sfax répond.

Meninx Holding

Fondée par feu M. Béchir Tamarziste, Meninx Holding gère un portefeuille d’investissements diversifiés. Elle investit sur le long terme à travers trois lignes d’investissements : Meninx Bourse, dédiée aux participations en bourse ; Meninx Capital, présent dans plusieurs domaines dont la distribution, l’économie numérique et la restructuration ; et Meninx Patrimoine, qui regroupe les investissements immobiliers de la famille. 

Depuis 2016, Meninx Holding s’est aussi positionnée sur le secteur de l’éducation en lançant l’École Internationale de Sfax, qui fait désormais partie du Réseau AEFE des établissements d’enseignement français homologués par le Ministère de l’Education Nationale français et en tant que chef de file du consortium qui a racheté avec deux partenaires l’École Internationale de Carthage.

Qu’est ce qui a poussé Meninx Holding à investir dans l’éducation ? Pourquoi le choix de Sfax ? En quoi cette homologation est-elle importante ?

Autant de questions auxquelles Zakaria Belkhoja, à la tête de ce projet, répond pour le HuffPost Tunisie. Interview.

HuffPost Tunisie : Vous êtes réputés en bourse ou dans les investissements dans certains secteurs spécifiques. Pourquoi avoir choisi d’investir dans l’éducation ? 

Zakaria Belkhoja : L’éducation est l’un des secteurs les plus porteurs pour l’investissement en Tunisie.

Nous avons donc commencé à nous y intéresser à l’initiative de si Abderrazak Zouari dès 2015, à l’époque Président du Conseil d’Administration de l’une des banques où nous sommes actionnaires. Monsieur Zouari est un professeur universitaire, ancien ministre du Développement régional, et c’est un Sfaxien amoureux de sa ville.

Il avait une idée folle à l’époque qui était de ré-ouvrir une école française à Sfax, parce que c’était important pour la ville. Il nous a proposé l’idée, nous avions trouvé cela intéressant.

Cela nous a permis de regarder et d’appréhender le secteur de l’éducation dans son ensemble. Nous nous sommes vite rendu compte qu’il ne fallait pas s’arrêter sur les idées reçues. Ce n’est pas parce que l’éducation est un secteur porteur qu’il fait forcément gagner de l’argent.

Est-ce facile de décider d’investir dans un tel secteur ?

C’est un secteur très compliqué. Il existe des barrières à l’entrée que les gens ne voient pas.

La qualité est très importante, il faut sans cesse rassurer les parents. C’est un travail énorme, ils vous confient en effet ce qu’ils ont de plus cher : leurs enfants.

Nous avons mis du temps à construire une relation de confiance à Sfax. Pour ce faire, nous avons mobilisé une équipe d’experts et avons compris que même si nous sommes des investisseurs, la pédagogie doit être séparée du business. C’est donc un investissement à long terme, ce qui nous correspond bien.

École internationale de Sfax

 

Ce qui était drôle, c’est que les gens nous disaient “N’allez pas à Sfax, l’école publique y est très forte”.

Après deux ans d’activité, nous nous rendons compte que les Sfaxiens apprécient les cursus internationaux parce que nous vivons dans un monde globalisé. Ils cherchent la qualité, ils sont très exigeants là-dessus.

Prendre des paris sur 20 ans fait partie de l’ADN de Meninx. Oui, la situation aujourd’hui est peut-être compliquée mais si nous travaillons sérieusement, nous construirons quelque chose de solide.

Nous avons commencé la première année avec 70 élèves, puis 150 élèves à la deuxième rentrée et nous allons nous rapprocher des 300 élèves à la rentrée 2019.

Pourquoi le choix de la ville de Sfax ? 

Parce que Sfax a un potentiel de développement exceptionnel. Cette école, et d’autres, redonnent de la compétitivité à la ville. Notre école compte par exemple une dizaine de nationalités. 

Nous avions commencé à travailler sur Sfax avant l’appel d’offre de l’École International de Carthage (EIC). Notre consortium en association avec des partenaires a racheté l’EIC, en proposant la meilleure offre parce que nous comprenions le potentiel de l’éducation en Tunisie.

Mais ça reste un pari osé...

Construire sur le long terme des écoles solides, c’est une manière de construire des investissements sains mais aussi de créer un climat propice à l’épanouissement des enfants, des parents, du cadre pédagogique.

Un climat sain est très difficile à mettre en œuvre, mais nous pouvons y arriver en faisant les bons choix.

Personne chez Meninx Holding n’avait travaillé dans l’éducation. Nous avons donc mobilisé des experts du domaine et nous leur avons fait confiance. 

Il y a une forte demande à cause – malheureusement - de ce que traverse notre système éducatif. C’était là une opportunité à saisir !

École internationale de Sfax

 

Justement, l’école publique souffre aujourd’hui. Est-ce une aubaine pour les écoles privées ?

Nous avons l’impression que le mouvement vers les écoles privées ne concerne que l’élite, mais ce n’est pas le cas. L’éducation c’est un secteur défensif dans le sens où cela représente l’une des priorités des parents. Les parents sont prêts à faire beaucoup d’efforts pour garantir la meilleure éducation à leurs enfants.

En Tunisie, l’avenir d’un système éducatif sain est aussi une part du privé. Il faut que l’État se concentre à faire de bonnes écoles dans les régions où l’intérêt économique est moindre mais il faut aussi qu’il laisse se développer un système éducatif privé, qui respecte un standard de qualité.

Vous ne pouvez pas bloquer le privé, par contre, vous devez lui demander d’être au-dessus d’un certain niveau de qualité. Cela permettra de créer des opportunités aux enseignants, un choix aux parents et de créer de la concurrence.

École internationale de Sfax

 

Je pense que pour revenir à une école publique de qualité, il faut développer un secteur privé de qualité, cela va de pair. 

En Tunisie, nous étions à 1% de privé dans le système éducatif avec historiquement une école privée qui était l’école de la seconde chance, aujourd’hui l’enjeu est de savoir comment le privé va se développer pour ne plus être une école de la seconde chance, mais une école de qualité. Et il en existe en Tunisie. 

Il faut que l’État n’ait pas peur du développement du privé, qu’il s’interroge sur comment il peut en bénéficier, et non de limiter son développement.

Les écoles privées restent tout de même destinées à ceux ayant un certain niveau de vie...

Nous avons aussi l’idée de mettre dans les écoles, et notamment à Sfax, des mécanismes de bourses pour attirer les meilleurs élèves sur la base du mérite, car le succès de notre système éducatif tunisien est basé sur un système élitiste mais accessible. Il a permis de mettre en place un ascenseur social très solide. Les lycées pilotes en sont un exemple.

Nous sommes une entreprise, mais il est également important de mettre en place ce genre de mécanisme pour créer de la mixité sociale.

Comment peut-on améliorer le système éducatif dans son ensemble ? Comment le faire évoluer ?

Nous investissons beaucoup dans le digital. Je pense que s’il y a un secteur dans lequel nous devrions investir, c’est « l’Ed-tech », parce que justement nous sommes un pays où il y a une très forte tradition d’éducation et un fort vivier de qualité dans le domaine technologique. 

L’opportunité existe de mieux former les enfants, de placer la Tunisie dans la région ou à l’international comme une plateforme de l’éducation.

« L’Ed-tech » permet aussi de trouver aux diplômés-chômeurs rapidement des métiers dans un secteur où la demande est forte.

L’éducation, comme l’a dit Habib Bourguiba, cela reste un pari d’avenir.  

Ecole internationale de Sfax

 

L’école existe depuis 2 ans...Que change pour vous l’homologation obtenue par l’AEFE ?

Deux écoles ont eu l’homologation à Sfax, dont l’École Internationale de Sfax. Nous sommes ravis de l’avoir obtenu. Celle-ci récompense un travail sérieux, une valorisation de l’école avec un personnel stable.

Nous avons préparé le projet en partenariat avec la Maison de France à travers le projet Tunisie Pilote mis en place par l’AEFE et l’ambassade de France en Tunisie, lequel projet a été annoncé par le président français Emmanuel Macron. 

En réalité, nous avions commencé à aller dans ce schéma avant le début du projet Tunisie Pilote. Nous avons été en quelque sorte le pilote de Tunisie Pilote.

Nous avons eu notre « expert métier » qui a passé quelques mois à Sfax  à discuter avec les parents, les rassurer... Nous construisons les choses petit à petit. Nous n’avons pas peur de prendre le temps. 

Ce n’est pas le projet du promoteur ou de l’investisseur, non. C’est le projet des enfants, des parents, du personnel enseignant et notre fierté réside dans le fait qu’ils s’approprient ce projet.

L’homologation va permettre aux citoyens français aux faibles ressources d’obtenir éventuellement des bourses de scolarité auprès des services consulaires.

Après Carthage et Sfax, d’autres écoles verront-elles le jour ?

Notre projet avec nos partenaires était de bâtir une plateforme de l’éducation en Tunisie. Nous sommes en train de travailler sur des projets de développement. Dès qu’ils seront prêts, nous en rediscuterons. Mais, oui, il y aura d’autres écoles. 

Cette expérience réussie dans l’éducation vous donne-t-elle envie de viser plus loin encore, en investissant dans les universités ?  

Nous étudions les opportunités de manière séparée. Nous sommes convaincus que ce n’est pas le même métier. Jusqu’à présent nous n’avons pas trouvé d’opportunités. 

Notre métier est certes d’investir mais surtout de viser des normes de qualité. Nous faisons partie des partenaires du Global Center de Columbia University, équivalent d’une ambassade de la Columbia University en Tunisie. C’est une grande satisfaction de faire partie de ce beau projet…

Demain, s’il y a un projet intéressant d’université, nous l’étudierons puis déciderons ou pas d’y investir.

Il y a de nombreux projets de qualité d’universités qui sont en train d’être mis en place en Tunisie. Je ne pense pas qu’être le énième acteur puisse  avoir un grand impact sur l’enseignement supérieur.

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