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07/08/2018 10h:24 CET | Actualisé 07/08/2018 10h:24 CET

L’eau en Tunisie: Entre pénurie et mauvaise gouvernance ... la crise continue!

Sans volonté politique, le scénario catastrophe arrivera à grand pas.

greenaperture via Getty Images

Un pays assoiffé en plein milieu de l’été ...

Plusieurs villes tunisiennes ont été menacées d’être totalement privées d’eau depuis le début de l’été 2018. D’une année à une autre, le scénario catastrophe se rapproche à grande vitesse. Le 1er août, le secrétaire d’État chargé des Ressources Hydrauliques a fait savoir que la Tunisie souffre d’une pénurie d’eau. Plusieurs quartiers sont déjà privés d’eau depuis des jours et les habitants à la recherche d’une solution pendant cette période caniculaire. Un état de plus en plus extrême auquel les tunisiens ne voulaient pas croire.

Une situation alarmante clairement liée à la croissance démographique, le changement climatique et le développement économique, la Tunisie passe par une période de stress hydrique. Le quota d’eau par habitant s’affaiblit tous les ans et la qualité des eaux se détériore à cause des rejets industriels non maitrisés et de la surexploitation de la couche souterraine. Et en même temps, les tunisiens, non sensibilisés, veulent faire entendre leurs revendications pour un accès sûr et fiable à l’eau.

Gestion non durable de l’irrigation agricole

Sans une gestion optimisée de l’eau en agriculture, les objectifs de sortie de la crise de l’or bleu ne seront jamais atteints. L’agriculture est le principal poste de consommation des eaux souterraines en Tunisie. Le taux d’exploitation des nappes phréatiques et profondes a dépassé les 110%. Une exploitation intensive sans bénéfice économique remarquable. La valeur ajoutée d’un m3 allouée à l’agriculture ne dépasse pas les 0,41 dinar par m3, une valeur relativement faible. La réutilisation des eaux usées peut être une solution afin d’éviter la surconsommation de l’eau pour l’irrigation. Avec des traitements d’épuration supplémentaires selon l’usage, les eaux usées peuvent servir à des fins d’irrigation ou d’arrosage. Toutefois, l’opération reste très coûteuse pour l’État tunisien. Le développement d’une agriculture économe en eau semble être la meilleure solution. Cependant, beaucoup de recherche sera nécessaire pour développer cette filière.

Moderniser le réseau pour préserver l’eau

En 2017, 30% de l’eau potable était perdue à cause de fuites dans les canalisations de la SONEDE. Ces pertes témoignent d’un vieillissement d’une infrastructure dont la moitié a été mise en place depuis plus de 25 ans. La rénovation entière du réseau tunisien pourrait durer une centaine d’année dans un tel scénario. Une solution alternative est nécessaire afin de remédier rapidement et efficacement à cette situation. L’atout des objets communicants et des compteurs intelligents d’eau constitue la meilleure des solutions à ce problème de pertes. L’intégration des capteurs, déjà démocratisés, tout au long du réseau de distribution permettra d’alerter le gestionnaire des fuites d’eau en temps réel. En se basant sur les nouvelles technologies, les compteurs intelligents permettent de contrôler la pression et les fuites chez les consommateurs. L’usager aura alors la possibilité de participer activement dans le processus de gestion de sa consommation. Malgré la situation économique actuelle de la Tunisie et de la SONEDE, le retour sur investissement lié aux solutions de réseaux d’eau intelligents existe et est démontrable. Les estimations des premiers projets européens sont plutôt optimistes et laissent un peu de marge entre le montant des économies et le coût d’investissement.

Redéfinir le modèle tarifaire

Afin de financer la rénovation des réseaux d’eau, l’augmentation de la facture d’eau devrait être une des principales mesures portées par les autorités tunisiennes. Le prix actuel moyen, de l’ordre de 700 millimes/m3 ne permet pas de couvrir la gestion et l’exploitation des infrastructures sans oublier les frais transverses. La redéfinition des tranches tarifaires est déterminante. Ceci permettra de responsabiliser les grands consommateurs d’eau en les incitant à rationaliser leur consommation et à lutter contre le gaspillage.

La crise de l’eau est aujourd’hui une réalité en Tunisie et risque de s’accentuer dans les années à venir. Un plan stratégique de sauvetage est primordial afin de limiter les impacts. Sinon, sans volonté politique, le scénario catastrophe arrivera à grand pas.

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