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18/10/2019 11h:06 CET | Actualisé 18/10/2019 11h:07 CET

Le voile, encore et toujours plus

ASSOCIATED PRESS
Le Nouvel Observateur news magazine cover with banner reading "France and the headscarf", video still

Campagne pour les élections municipales oblige, voilà que ça repart comme en quarante… Quelles que soient les urgences du moment, le voile revient au centre des débats politico-médiatiques français. Passons rapidement sur l’événement qui a provoqué ce nouveau coup de folie. Un élu du Rassemblement national (ex-Front national) qui exige qu’une maman accompagnatrice d’une sortie scolaire enlève son voile dans l’enceinte du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Les pleurs de l’enfant réfugié dans les bras de sa mère, le visage figé de cette dernière, les cris de soutiens en faveur du pseudo défenseur de la laïcité, les protestations d’autres élus : tout cela a tourné en boucle sur les réseaux. 

On l’a écrit à plusieurs reprises dans ces colonnes. Le voile, est une obsession française qui, pour l’observateur extérieur, relève de l’irrationnel. Il est très difficile d’avoir une discussion apaisée sur ce sujet qui charrie tant de non-dits et de postures opportunistes. Car, en réalité, ce n’est pas du voile dont il est question mais de l’islam et du refus de sa visibilité. Cela commence à être clairement assumé. Comme lorsque le ministre français de l’Éducation Jean-Michel Blanquer dit que le voile n’est pas souhaitable, pas simplement à l’école mais dans la société française. Petit à petit les ruisseaux de l’islamophobie convergent vers un seul torrent dont il faut craindre les dégâts.

Le voile, outre les manœuvres politiques dilatoires (on ne parle plus des questions sociales et économiques), est aussi l’occasion rêvée de se prétendre féministe. On peut ne rien faire pour la parité en entreprise, pour l’égalité des salaires, pour la lutte contre les violences infligées aux femmes, par contre, monsieur Gégé sera toujours prompt à expliquer que son refus du voile relève de la nécessité de libérer les musulmanes de l’oppression subie au quotidien. Tu parles…

 

Dans ce genre de situation, il faut revenir à ce que disent les textes et se poser les bonnes questions. En premier lieu, est-ce que le voile est interdit dans l’espace public ? La réponse est non tant que le visage n’est pas caché et « dans la limite du respect de l’ordre public ». Autrement dit, une mère voilée qui marche dans la rue ou qui attend ses enfants devant l’école n’enfreint aucune loi. C’est cela qui pose problème aux anti-voile. Leur but ? L’interdiction totale pure et simple. Pas à pas, année après année, la même rengaine, déguisée, enrobée, revient. Ce camp-là n’aura de cesse d’obtenir des limitations sans cesse accrue au port du voile en dehors du domicile privé (en attendant les caméras de surveillance façon Big Brother). Et tant pis si cela constitue une claire limitation à la liberté d’opinion et de croyance.

 

Deuxième point, l’école. Depuis 2004, la loi est claire. Dans les établissements publics (maternelle, collège, lycée), les « signes religieux ostentatoires », dont le voile, sont interdits. A l’inverse, les établissements privés, comme par exemple ceux qui relèvent de l’Église catholique, ne sont pas soumis à cette interdiction. Certains l’appliquent, d’autres pas. Il n’y a pratiquement plus de débat concernant le voile à l’école même si, de temps à autre, on voit passer des informations à propos de bandanas ou de jupes trop longues assimilées à un habit religieux. En réalité, la vraie bagarre concerne l’université. Pour l’heure, le voile y est autorisé mais les appels pour l’interdire sont fréquents et il y aura, tôt ou tard une nouvelle polémique sur le sujet.

 

L’autre confrontation, on l’a dit en début de chronique, concerne les accompagnatrices de sorties scolaires. Le voile n’étant pas interdit dans l’espace public, ces femmes ne sont donc pas obligées de le retirer. Pourtant un raisonnement spécieux voudrait en faire des agents de service public occasionnels d’où la nécessité de leur interdire le port du voile au nom de l’obligation de neutralité. Un autre raisonnement, tout aussi spécieux, estime que la sortie scolaire est le prolongement de l’école et que donc les règles qui régissent son fonctionnement sont valables ce qui autoriserait la prohibition du voile. Mais pour l’heure, la loi est claire. Une sortie scolaire n’est pas soumise à la loi de 2004. Jean-Michel Blanquer le sait mais ne craint pas, lui le ministre de la République, de dire qu’il faut contourner la loi en faisant en sorte que ces accompagnatrices voilées ne puissent pas participer aux sorties.

 

Autre terrain glissant, l’entreprise. Pour l’heure, la loi n’interdit pas le port de signes ostentatoires sauf disposition interne contraire. Ce flou alimente un nombre croissant de litiges que les tribunaux doivent trancher. Enfin, ce qu’il faut relever, c’est le débat autour de la notion de prosélytisme. En effet, si une accompagnatrice qui porte le voile a un comportement prosélyte, elle peut être interdite de sortie scolaire. Mais qu’est-ce qu’une attitude prosélyte ? Il y a des cas évidents, comme lorsqu’une personne tente de manière active de convaincre autrui d’adopter sa foi. Les adversaires du voile tentent d’accréditer la thèse que le seul fait de le porter est un acte prosélyte et de militantisme islamiste. On le voit, le domaine des polémiques potentielles est vaste. Et cela ne concerne pas que le voile. Demain, ce sera au tour du halal, des prénoms « islamiques », de la prière en entreprise ou de la pratique du ramadan.