TUNISIE
26/12/2018 19h:59 CET

Les Tunisiens et la lecture: Les chiffres inquiétants de la Direction de la lecture publique du ministère des Affaires culturelles

Pourquoi ne lit-on presque plus en Tunisie?

FETHI BELAID via Getty Images

Les Tunisiens aiment-ils lire? Que disent les chiffres? Selon les dernières statistiques dévoilées par la direction de la lecture publique du ministère des Affaires culturelles, Elyes Rebhi, au journal Al Chourouk du mercredi 26 décembre, le Tunisien ne lit que 0,58 livre par an alors qu’un Européen lit en moyenne près de 35. 

Pour le responsable, cet indice est un élément révélateur du taux de criminalité dans la société. D’après lui, une corrélation existe entre les deux taux: “Quand ce taux augmente, la criminalité baisse” argue-t-il.

La Tunisie compte 423 bibliothèques publiques réparties sur tout le territoire dont 24 régionales et 36 bibliothèques ambulantes. 

Le nombre de livres présents dans les bibliothèques publiques tunisiennes, selon les derniers chiffres évoquées par Rebhi, s’élève à 7,4 millions. 

Selon lui, les lecteurs tunisiens des bibliothèques publiques se penchent sur les livres littéraires. “55% des lecteurs préfèrent les livres de grande littérature et de poésie. Alors que 38% d’eux optent pour les livres de sciences humaines et sociales et 8% pour les livres scientifiques” précise-t-il. 

Le nombre d’adhérents, quant à lui, s’élève à 171.254 membres pour un nombre de lecteurs estimé à 3.101.012 personnes.

Malgré la croissance du nombre de bibliothèques publiques, le nombre de lecteurs diminue. Ce recul pourrait être expliqué par l’arrivée de nouvelles générations moins consommatrices de livres papiers que leurs aînées. Mais ce n’est pas l’unique raison. De nouvelles salles de cinéma qui voient le jour, des mosquées qui poussent comme des champignons, des salles de sport et de musculation qui surgissent... seraient des alternatives, laissant la jeunesse tunisienne s’éloigner des bibliothèques publiques et des livres, selon Al Chourouk. 

D’après un sondage mené par Emrhod Consulting, 90% des tunisiens interrogés n’ont pas acheté de livre en 2017 contre 82% en 2016. 

Pire, 74% des personnes interrogées ne possèdent aucun livre chez eux, en dehors de magazines, journaux, livres scolaires et du Coran. En 2017, ils étaient 77% à être dans la même situation. 

Ces chiffres mettent, ainsi, en évidence le déclin de la lecture à l’heure d’Internet. En effet, en réponse à la question “Pensez-vous que l’Internet pourrait remplacer le livre d’ici 2030?”, 55% des personnes interrogées ont répondu par un “Oui”. Tandis que 29% estiment que le livre va résister au numérique et considèrent qu’il est impossible de le remplacer. 

Il est clair, qu’à l’ère du numérique la façon dont les jeunes s’instruisent ne va pas naturellement vers la lecture. Leur façon de lire a changé durant ces dernières années laissant place à d’autres alternatives.

Le Tunisien consacre en moyenne 50 heures par an pour la lecture. C’est ce qu’a révélé l’étude, “Arab Reading Index”, publiée le 6 décembre 2016, fruit d’une collaboration entre la Fondation Mohammed Bin Rashid Al Maktoum et le Programme de Développement des Nations-Unies (PNUD). La Tunisie se classe, ainsi, derrière l’Egypte, la Jordanie, le Liban, le Maroc et les Emirats-Arabes Unis. 

Cette étude a noté, par ailleurs, que les Tunisiens préfèrent lire les livres en langue arabe, cependant, ils préféreraient les langues française ou anglaise quand il s’agit de lecture en ligne.

Afin de redonner aux enfants le goût de la lecture, le ministère des Affaires culturelles a misé l’année dernière sur la lecture et a fait des bibliothèques publiques l’une de ses principales préoccupations. Mais visiblement le chemin semble encore long pour renouer les Tunisiens avec la lecture. 

 

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