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30/05/2018 11h:18 CET | Actualisé 30/05/2018 12h:09 CET

Le Tunisien, ce schizophrène

Ils ne se privent de rien de “Chaouel” à “Chaaben”, et se transforment en des saints-Cheikhs au mois de Ramadan. Peut-on être autant en désaccord avec soi-même?

Ayda Labassi

De l’État tunisien et de notre loi fondamentale découle un communautarisme inquiétant.

Probablement pathologique, dû à l’humiliation post-coloniale et au traumatisme post-dictatorial.

Inquiétant non seulement parce qu’on se sent menacés face à la diversité, même si c’est ce qu’il y a de plus enrichissant. Mais aussi parce qu’on protège les “sentiments” d’une communauté majoritaire, au détriment des droits et des besoins des groupes minoritaires. 

Eux tous pourtant ont vécu la même lutte, une lutte révolutionnaire, où la liberté d’expression demeure le seul gain jusqu’à ce jour, huit ans après son éclosion.

Un gain inestimable, mais...

Mais la majorité se veut la seule bénéficiaire de la liberté et de la démocratie, et c’est là où réside le danger de ce communautarisme. C’est quand justement, il rejette le communautarisme de l’autre, au nom de traditions séculaires, et qu’il laisse place à l’intolérance, aux insultes, à la violence et même à l’appel au meurtre, négligeant les valeurs républicaines et démocratiques tant revendiquées.

En effet, le Tunisien, et par une définition inconséquente, est musulman. Il naît musulman de facto. La religion se transforme ainsi en une identité sociale, quelque part imposée, mais aussi partagée en communauté, et dont certains s’en croient les gardiens.

Et gare à celui qui se retire, à celui qui ose penser autrement.

On passe ainsi d’un absolutisme politique à un absolutisme religieux, où la foi devient un bien public. 

Certains et certaines pseudo-artistes, au lieu de diffuser des messages de tolérance, se mettent aussi à insulter ceux qui n’adhèrent pas à leurs préceptes. Je dis “pseudo” car un artiste qui vocifère des propos discriminatoires ne peut être considéré comme tel. La tolérance doit être l’une de ses vertus et il se doit d’unir les individus et non pas de les diviser.

Ces mêmes personnes, soit les “pseudo-artistes”, mais également tous ceux outrés devant la différence et indignés face à la diversité, ne s’imposent aucune abstinence de “Chaouel” à “Chaaben”, et se transforment en des saints-Cheikhs au mois de Ramadan. Peut-on être autant en désaccord avec soi-même?

Ce qu’ils redoutent le plus, c’est que les cafés et les restaurants puissent ouvrir pendant Ramadan. Pire encore, si ces locaux puissent accueillir des tunisiens. Des tunisiens comme eux, mais qui ne jeûnent pas. Que dire si ces derniers se permettent d’exprimer leur non-adhésion en public. N’est-ce pas là de l’égoïsme? 

Une démocratie, rappelons-le, respecte autant la majorité que les minorités.


Mais ce bon peuple ne sait décidément pas ce qu’il veut.

Un État civil ou un État religieux? 

Un melting pot ou des moutons de panurge?

Liberté ou pas de liberté? 

Le choix n’est que sien!

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