MAROC
28/11/2018 13h:57 CET | Actualisé 28/11/2018 17h:34 CET

Le travail du photographe marocain Yoriyas récompensé en France

Le thème de cette édition était "Football et monde arabe".

D.R. Yoriyas

ARTS - Les Amis de l’Institut du monde arabe (IMA) ont décerné le prix 2019 de la jeune création contemporaine. Le Maghreb s’est démarqué grâce au photographe marocain Yassine Alaoui Ismaili, dit Yoriyas, qui a séduit le jury et devient lauréat de cette quatrième édition. L’artiste algérien Mounir Gouri a, lui, reçu le prix spécial du Jury.

“Nous avons lancé un appel à candidature au mois de juin. Nous avons reçu un certain nombre de projets et un jury indépendant composé de professionnels de l’art a choisi le lauréat. L’objectif de cette remise de prix est de soutenir des jeunes talents du monde arabe”, explique au HuffPost Maroc Amandine Gaspard, déléguée de la société des Amis de l’Institut du monde arabe qui accompagne l’Institut dans sa mission de découverte et de rayonnement du monde arabe.

“C’est une reconnaissance pour moi. Ce prix est important parce qu’il ne prenait pas en compte seulement la photographie, mais l’art contemporain dans son entièreté”, indique de son côté Yoriyas, déjà récompensé par l’AP Prize (2018), les Nuits Photographiques d’Essaouira (2016), le World street photography de Hambourg ou encore le Contemporary African Photography Prize. “Je suis fier d’avoir fait entrer la photographie documentaire marocaine et africaine dans l’art contemporain”, ajoute-t-il.

L’influence du football sur les jeunes 

La quatrième édition de ce concours, ouvert à tous les artistes de moins de 40 ans, avait pour thème “Football et monde arabe”. Un travail commencé il y a plusieurs années pour le Marocain Yoriyas. “J’ai été lauréat grâce, non pas, à des photos, mais à un projet qui porte sur le football et sur lequel je travaille depuis 2015. Je ne suis pas un grand fan de ce sport mais j’aime beaucoup le street-foot. J’ai donc pensé à développer une réflexion sur la connexion entre les jeunes et le football”, explique le photographe de 34 ans.

Comment les footballeurs internationaux influencent les jeunes au Maroc et en Afrique? Comment ce sport a investi l’espace public? Depuis près de trois ans, Yoriyas constitue un véritable documentaire photographique sur ce sport.

D.R. Yoriyas

Son projet, nommé “pour le moment” “Kora, street football and immigration”, s’intéresse à l’influence du sport sur les personnes et les lieux. Sa première réflexion l’a amené au style des jeunes marocains et africains.

“Il existe une grande influence des joueurs de football internationaux sur les jeunes qui rêvent, souvent, de partir en Europe. Ils influent sur leurs styles vestimentaires, sur leurs coiffures, sur leur façon de se comporter. Je l’appelle le ’haychmaych’ style. Cela leur permet de se trouver une identité, de montrer qu’ils sont différents et également qu’ils ont du pouvoir”, raconte l’artiste.

En faisant des recherches, Yoriyas trouve le point de départ de ce phénomène. Dans les années 80-90, les MRE ou Nord-Africains qui revenaient au Maroc le temps des vacances ont ramené, avec eux, ce ’haychmaych’ style. “Pour moi, c’est un style qui a été développé en aller-retour. C’est donc important que je fasse également des allers-retours pour essayer de le raconter”, ajoute-t-il. 

Dans l’espace public, Yoriyas s’est intéressé au street-football, devenu une grande culture au Maroc. “Ici, on peut transformer n’importe quel lieu en terrain. Quand j’ai voyagé dans le désert, j’ai rencontré des gens qui, au milieu de nulle part, avaient construit des cages de football à partir de branches d’arbres. C’est véritablement un style de vie”, raconte Yoriyas.

Huffpost MG

Une dotation, une résidence et une exposition

En devenant lauréat, Yoriyas obtient une bourse de 3.200 euros et une résidence de trois mois au sein de la Cité internationale des arts à Paris, “une première, pour accompagner au maximum l’artiste qui s’est démarqué” soulignent Les Amis de l’Institut du monde arabe.

Le photographe pourra alors continuer son travail en créant un lien entre l’Afrique et ceux qui l’ont quittée pour l’Europe. De cela naîtra une oeuvre inédite. “Les Amis de l’Institut du monde arabe vont m’aider à trouver des connaisseurs du monde du football pour enrichir mon projet. Si je pouvais avoir Zinedine Zidane, ce serait bien, sourit le photographe. C’est un footballeur, qui est lui-même issu de l’immigration”.

L’oeuvre terminée sera proposée lors d’une exposition collective à l’Institut, “Football et monde arabe”, qui sera inaugurée le 15 avril 2019. “C’est ma première exposition officielle là-bas. Je suis libre de présenter mon travail comme je le veux. Je vais sûrement amener de la danse et du live lors de mon vernissage. Peut-être, aussi, des footballeurs”, précise l’artiste. Son oeuvre intègrera ensuite la collection de l’Institut du monde arabe.