TUNISIE
04/04/2019 14h:05 CET | Actualisé 04/04/2019 14h:06 CET

Le témoignage choquant d'une jeune Ivoirienne "réduite à l'esclavage" par une famille tunisienne

“Mon calvaire a commencé quand des passeurs ont fait croire à ma famille qu’ils allaient m’emmener en Europe ... "

RACISME - Un témoignage recueilli par InfoMigrants et relayé par la chaîne française France 24, du nom de “Emy ou l’histoire d’une esclave ivoirienne en Tunisie”, retrace l’histoire d’une jeune ivoirienne, qui aurait été réduite à l’esclavage par une famille aisée de la banlieue nord de Tunis, en l’occurrence la cité Al-Ghazala.

“J’ai été esclave domestique, j’avais 25 ans, J’ai été un des membres d’une riche famille tunisienne et je vivais dans un quartier plutôt chic de la capitale (...) Il y avait le mari, la femme, et leurs deux garçons de 13 et 15 ans.” se confie Emy à InfoMigrants.

Celle-ci précise qu’elle a été “membre” de cette famille, et que cette appellation est selon elle “utilisée en Tunisie pour désigner les esclaves”.

“Les femmes comme moi disent à leurs amies qu’elles ont été ‘membres’ d’une famille, peut-être parce qu’elle ont honte.” témoigne Emy.

Piégée par des passeurs

Selon la jeune fille, celle-ci, dans l’espoir d’atteindre l’Europe clandestinement, aurait été piégée par ses passeurs, qui l’auraient ensuite “vendue” à une riche famille à Tunis, si l’ont croit l’histoire racontée par InfoMigrants.

Ainsi, InfoMigrants récite le calvaire de la jeune Emy, un témoignage poignant, décrivant le quotidien de la jeune fille qui devait se soumettre à tous les caprices de ses “propriétaires”.

“Mon calvaire a commencé quand des passeurs ont fait croire à ma famille qu’ils allaient m’emmener en Europe. Je suis partie de Côte d’Ivoire avec mes sœurs mais notre voyage s’est arrêté en Tunisie. Quand nous sommes arrivés à Tunis j’ai vite compris que quelque chose ne tournait pas rond. On nous a emmenées dans une maison. Il y avait plusieurs jeunes filles comme nous, des burkinabés et des Ivoiriennes (...) J’ai été séparée de mes sœurs. L’une a été envoyée à Sfax, et l’autre à Tunis (...) J’ai compris que nous avions été vendues, et qu’ils n’avaient jamais eu l’intention de nous emmener en Europe.” raconte Emy

Je n’avais pas le droit de sortirEmy

La jeune fille affirme que son passeport lui a été confisqué, pour l’empêcher de quitter la Tunisie. Ainsi, elle explique avoir été emprisonnée, et qu’elle ne voyait l’extérieur que quand elle sortait les poubelles.

“Je me levais à 6 heures du matin pour commencer le travail. Je devais préparer le petit déjeuner pour tout le monde. C’était une maison immense, je devais nettoyer tout le temps, les six chambres, les salles de bain, les quatre salons, et les deux cuisines (...) Je me reposais en fonction de mon patron. S’il était debout jusqu’à 3 heures du matin. Je devais rester debout jusqu’à 3 heures du matin (...) Pendant plusieurs semaines. Je n’avais pas le droit de sortir. Les seules fois où j’ai pu voir l’extérieur, c’est quand je sortais les poubelles avec la permission de ma patronne.” ajoute la jeune Ivoirienne

Elle raconte avoir passé cinq mois dans ces conditions, précisant que d’autres restaient jusqu’à deux ans à travailler comme elle, sans percevoir de salaire.

C’est parce que j’ai voulu aller en Europe que j’ai tout perduEmy

Emy qui n’a cessé de réclamer son passeport, a fini par l’avoir et a été “relâchée” un soir de janvier. Elle dit ne plus vouloir aller en Europe, qu’elle a ouvert un petit salon de coiffure, et qu’elle travaille clandestinement en Tunisie.

“Quand ma patronne m’a chassée, j’ai vu qu’une autre fille arriver, une ivoirienne je pense. Je n’ai pas pu la prévenir de ce qui l’attendait. Aujourd’hui je suis toujours en Tunisie sans papiers je n’ai plus envie d’aller en Europe. J’ai ouvert un petit salon de coiffure dans un quartier de Tunis. Mon bailleur ferme les yeux sur ma situation.”

Finalement, Emy vit actuellement en Tunisie, et essaye de s’y reconstruire.

“C’est parce que j’ai voulu aller en Europe que j’ai tout perdu. Je me suis dit, Essaye de te construire une vie ici.”

Des Tunisiens victimes de l’ “esclavage moderne”

Selon une étude établie en 2018 par la Walk Free Foundation, une organisation mondiale qui lutte contre l’esclavage moderne, la Tunisie fait partie des pays où l’esclavage moderne est le moins présent en Afrique, mais fait état neanmoins de 25 000 cas de personnes tunisiennes vivant une forme “d’esclavage moderne”, soit près de 2,18 personnes sur 1000 en terme de proportion.

Mais le journaliste Malek Khaldi, membre de l’Instance nationale de la lutte contre la traite des personnes, ne l’entend pas de cette oreille, estimant que le chiffre avancé par cette étude ne reflète pas la réalité.

“Nous n’avons pas de cas d’esclavage répertoriés en Tunisie. Nous avons des cas de traites de personnes (...) d’exploitations sexuelles, d’exploitations économiques, ou domestiques” a-t-il indiqué, évoquant le chiffre de 740 cas de traites de personnes en 2017.

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