TUNISIE
07/08/2018 14h:15 CET

Le syndicat des imams apporte un soutien implicite à la Colibe

"Il n’est pas dans les prérogatives d’un imam de discuter des points de ce rapport, ni de remettre en cause cette commission”

Invité, lundi, de la radio Jawhara Fm, le secrétaire général du syndicat des imams Fadhel Achour a affirmé qu’il n’était de leurs rôles de juger le rapport de la Commission des Libertés Individuelles et de l’Égalité (Colibe).

“Il n’est pas dans les prérogatives d’un imam de discuter des points de ce rapport, ni de remettre en cause cette commission” a-t-il estimé affirmant que “nous sommes dans un pays où nous avons des lois, auxquels on se réfère. Cette commission doit envoyer son rapport à l’Assemblée et c’est à celle-ci de se prononcer dessus”.

Si certains points du rapports ne plaisent pas aux imams, ces derniers devront en débattre avec la commission elle-même et pas dans la rue: “Si nous pensons qu’il y a des problèmes ou des divergences avec les textes religieux, nous nous devons d’envoyer un courrier à cette commission et l’appeler à un débat entre elle et nous” a expliqué Fadhel Achour d’autant plus qu’ “il y a un point encore plus dangereux, c’est qu’aujourd’hui seulement 6% de nos cadres religieux ont un diplôme universitaire. A contrario, 94% ont un niveau du secondaire voire du primaire” a-t-il déploré.

Dénonçant la campagne menée contre la Colibe et ses membres, le secrétaire général du syndicat des imams juge “malheureux de voir ce genre de discours avoir lieu dans des mosquées. Il devrait y avoir des discours qui ne divisent pas les Tunisiens”.

“Ce qui est encore plus dangereux c’est les messages subliminaux, bien plus que la prêche de façon directe” note-t-il en référence aux menaces voilées lors des prêches contre les membres de la Colibe.

Face à ses dépassements, le syndicat ne peut pas grand chose et reste à la merci du ministère de tutelle estime Achour: ”“Notre rôle est d’informer le ministère de tout ces dépassements et de toute instrumentalisation des prêches (...) Dès que nous informons le ministère, l’imam en contravention avec la loi est directement exclu” explique-t-il avant de détailler pourquoi peu d’imams sont “punis” par le ministère: “Celui-ci réclame un enregistrement de la prêche, or il nous est difficile d’enregistrer toutes les prêches”.

Une instrumentalisation politique des prêches? 

Évoquant une instrumentalisation politique des prêches par rapport à la question du rapport de la Colibe, il explique que la situation précaire de certains imams peut amener à ce que ces derniers s’associent à des partis politiques ou des associations: “La prime de base aujourd’hui d’un Imam est de 72 dinars. Concernant celui qui y travaille à temps plein, son salaire est de 350 dinars” ce qui peut expliquer selon lui le recours à des associations ou à des partis politiques.

Revenant sur la prière polémique à l’avenue Habib Bourguiba, vendredi dernier, menée par le fondateur du parti Tayar El Mahaba Hechemi Hamdi, il affirme: “Malheureusement, il y a des gens qui se présentent comme des protecteurs de la religion et qui ont profité de la prière du vendredi pour faire leur show”.

“D’un point de vue de la Chariaa, la prière du vendredi doit avoir lieu à l’intérieur de la Mosquée sinon la prière n’est pas acceptée” a-t-il expliqué avant d’ajouter: “Nous refusons qu’une personne se proclame imam d’un groupe en dehors de la mosquée (...) parce qu’il pourrait le diriger à des fins idéologiques ou personnelles”.

Concernant les pétitions signées contre Bochra Bel Haj Hmida et la Colibe en marge de la prière du vendredi, Fadhel Achour explique: “On a vu des visages qui appartiennent à un certain courant politique, d’un parti au pouvoir, qui utilise toute activité pour continuer ses prédications” déplore-t-il.

“Il y a une instrumentalisation politique de la question religieuse. Il y a des partis qui ont perdu leur légitimité et qui n’ont plus de projet politique, économique, culturel... et qui surfent sur la question religieuse” analyse Fadhel Achour.

Le syndicat des imams est un syndicat indépendant qui ne relève pas de l’UGTT, et est un des trois syndicats d’imams en Tunisie.

Une prière de rue a eu lieu vendredi à l’avenue Habib Bourguiba suite à l’appel à manifestation contre le rapport de la COLIBE par l’ancien candidat à l’élection présidentielle Hechmi Hamdi, et ce sans compter les appels à la haine à l’encontre des membres de la COLIBE, particulièrement Bochra Bel Haj Hmida.

Remis au président de la République le 8 juin, le rapport de la Colibe propose une panoplie de mesures visant à concrétiser les libertés individuelles et l’égalité consacrées dans la Constitution tunisienne. Les propositions englobent plusieurs aspects: l’homosexualité, l’égalité dans l’héritage, les inégalités hommes-femmes au sein de la famille, etc. 

Depuis sa publication, le rapport de la Colibe soulève le débat. Ainsi, si pour certain, ce rapport semble aller trop loin en terme de droits et libertés individuelles en s’attaquant aux principes fondamentales de l’Islam. D’autres estiment que la Tunisie a osé toucher à des tabous et réussi à prendre des décisions révolutionnaires, en phase avec la modernité tout en respectant le texte sacré.  

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