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21/01/2019 16h:33 CET | Actualisé 21/01/2019 16h:33 CET

Le sud de la Tunisie est à la mode, et tant mieux!

L’expérience que nous avons mené dans six oasis pilotes nous a appris plusieurs leçons importantes

Francis DEMANGE via Getty Images

Récemment, plusieurs visites au sud de la Tunisie ont eu lieu aussi bien par des ambassadeurs que part de hauts responsables d’institutions internationales opérant dans le pays. Ceci ne devrait pas être perçu comme une surprise, mais bien au contraire, confirmer l’importance du Sud, et notamment du Sud-Ouest dans le développement de la Tunisie.

Attraction touristique depuis la 19ème siècle, cette région a été gravement affectée par le manque de sécurité perçu par les visiteurs étrangers.

Quand j’ai visité la région pour la première fois en 2017, j’ai été frappé par le grand nombre d’hôtels fermés et d’autres en état de délabrement; et, à travers les discussions avec la population, le sentiment d’être abandonné se laissait ressentir.

L’année 2018 a certainement renversé cette tendance avec l’annonce de nouveaux projets touristiques, hôteliers et autres, ainsi que le récent reportage de TF1, qui, on l’espère, aidera davantage à attirer des visiteurs.

Le Sud a des sites incroyables, qui tous (comme c’est le cas pour les sites Romaines de l’Ouest et Nord-Ouest du pays) demandent des investissements pour être mieux entretenus et valorisés.

Je n’évoquerai pas ici le cas du tourisme traditionnel qui a été développé brillamment par les ambassadeurs de la France et de l’Union Européenne, mais il y a, pour moi, une autre dimension du Sud qui est très importante et qui pourrait porter ses fruits et contribuer au développement harmonieux de la Tunisie.

Il s’agit d’une expérience réussie pilotée dans six oasis, qui a permis de renverser la tendance à l’abandon et à la perte d’un écosystème ancien, en les transformant en des oasis productives qui pourraient, si l’expérience se fait à une plus grande échelle, devenir un élément porteur d’une stratégie de “chaine de valeurs produits du territoire oasien”.

Non seulement ceci pourrait ajouter un autre élément aux sites de tournage de Star Wars et au désert, mais aussi, cela pourrait compléter le “package” offert aux touristes Européens et autres.

Une vidéo publiée il y a 18 mois a illustré les efforts des groupements communautaires dans le Sud, qui consiste à nettoyer et remettre en état productif les Oasis traditionnelles du Sud (différentes des ‘oasis industrielles’ établies purement pour la production des dattes dans les années 70 et 80).

 

Ces initiatives citoyennes, soutenues par un don FEM, administré par la Banque mondiale, ont, de suite été intégrées dans le cadre de structures régulières de production agricole et de développement, les GDA. Ces GDA, perçus avec un degré de suspicion par la population locale après 2011, ont permis de contribuer d’une manière positive au développement de leurs régions en stimulant, à travers un processus participatif, le développement de projets citoyens pour redémarrer une économie qui, notamment après les évènements de 2015, était tombée dans une crise grave, suivie par le départ d’un bon parti de la jeunesse de cette région.

Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est un net renversement de cette tendance, et un réengagement de la population dans des projets prometteurs.  

La diversité des produits qui émergent déjà de ces oasis pilotes fait preuve de l’imagination de petits entrepreneurs de la région, et pourrait bien répondre à une forte demande de l’Europe pour des produits ‘bios’ et ‘exotiques’, avec une dénomination “produits du terroir”.

Si on arrive à mettre cette production à plus grande échelle, à travers l’extension du projet “Oasis traditionnelles” allant de 6 au 126 Oasis, les opportunités d’export seront bien plus importantes. L’opportunité sera aussi grande si nous saurons capter d’autres opportunités, comme par exemple la production destinée exclusivement à l’export des produits issus de la faune et de la flore tel que le sanglier sauvage qui est un produit à forte demande a l’étranger et qui constitue une niche à fort potentiel pour l’exportation.

En outre, les initiatives parallèles de développement des maisons d’hôtes et le réaménagement de villages historiques à Chebika et Midès pourraient offrir des opportunités d’investissement pour les jeunes de la région, à travers des alliances avec des réseaux internationaux comme booking.com et airbnb.com.

L’expérience que nous avons mené dans six oasis pilotes nous a appris plusieurs leçons importantes, comme je l’ai dit, pour la Tunisie en général et pour les écosystèmes similaires dans des pays voisins.

D’abord, sur la résilience de la population et qu’avec peu de moyens et à travers une approche d’accompagnement intense, on peut obtenir des résultats impressionnants, aussi bien en terme de préservation et de réhabilitation des écosystèmes vulnérables que dans la création des opportunités économiques.

Deuxièmement, qu’il est primordial de connecter rapidement ce genre d’initiatives aux réseaux numériques internationaux (pour ce qui est de l’aspect tourisme) ou à des chaines de valeurs nationales ou internationales.

Troisièmement, pour créer les volumes et garder une qualité constante des produits “Oasis Traditionnelles”, il est essentiel que cette production soit gérée par ces mêmes Oasis traditionnelles (vu la fragilité des écosystèmes, l’expansion de la production n’est pas désirable, donc la fédération devient la seule option).

Les Oasis traditionnelles représentent quand même 10% de la population de la Tunisie, et dans ce sens, une approche cohérente pourrait avoir un impact important, sur l’économie du pays, et aussi sur la psychologie de toute une partie importante du pays; passant d’une situation d’abandon perçue, a une région créatrice d’opportunités.

Pour ce faire, il faudra aller vite afin que cette expérience donne de l’inspiration aux autres régions Tunisiennes.

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