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26/06/2019 18h:47 CET | Actualisé 26/06/2019 18h:47 CET

Le stade de Football, temple d’une passion surexploitée

Le stade est aussi un espace d’expression de rivalités aussi nombreuses que celles qui irriguent la vie réelle de nos sociétés et de notre Monde globalisés et multi-fracturés.

Anadolu Agency via Getty Images

Nous ne voulons pas ici écrire un texte académique sur la sociologie des stades encore moins sur l’histoire politique et économique des arènes du football. Ces lignes réagissent à l’incroyable scénario de la finale de la Ligue des Champions Africaine entre l’Espérance de Tunis et le Wydad de Casablanca entre décision contestée de la rejouer et tensions politiques et géopolitiques.

Lieu de partage d’une passion universelle presque sanctuaire

Le stade de Football est avant tout une lieu de partage d’une passion universelle presque sanctuaire. Une passion authentique et vraie, locale, nationale mais très largement globale, reliée à l’amour commun pour le jeu, le ballon, le but, la passe, les joueurs, les clubs, ... Presque partout, toute une planète vient communier dans les arènes de cette passion souvent très au delà de sa propre géographie ou identité, entre jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, entre histoires et actualité, entre victoires et défaites.

Espace d‘expression de rivalités

Le stade est aussi un espace d’expression de rivalités aussi nombreuses que celles qui irriguent la vie réelle de nos sociétés et de notre Monde globalisés et multi-fracturés.
Au cœur même du stade, la communion partagée laisse parfois place à l’affirmation de la défiance entre strates sociales ou communautés lorsqu’existent encore des tribunes dites populaires, des kops qui font face à des loges de plus en plus vip ou corporatisées.

Au cœur des villes, les stades incarnent ou respirent les vibrations rivales des quartiers comme à Buenos Aires avec le toujours bouillonnant Boca contre River ou peut-être le plus féroce derby, celui du Caire entre Zamalek et Al Ahly. Des rivalités qui puisent parfois leurs racines dans le millefeuille social comme à Istanbul entre les « riches » de Galatasaray et les « pauvres » du Fenerhbace. Des rivalités politiques aussi comme à Rome entre la Lazio et la Roma qui partagent pourtant la même enceinte ou le CSKA ou le Levski à Sofia. Elles sont parfois politiques et identitaires comme entre le Real Madrid et le catalan FC Barcelone ou religieuses comme à Glasgow entre le catholiques du Celtic et les protestants des Rangers. Les adversités recoupent aussi des géographies à l’intérieur d’un pays comme celle de villes rivales entre Lyon et Saint Etienne, Turin et Milan ou régionales entre le sud et le nord d’un pays comme entre le Napoli et les clubs de Milan, entre l’OM et le PSG, ou entre tout le reste de l’Allemagne et les bavarois du Bayern de Munich. Parfois la rivalité structure les fans de tout un pays comme avec les 2 clubs de Casablanca entre le Wydad et le Raja.

Enfin les rivalités s’expriment aussi entre pays, au niveau des clubs mais surtout entre équipes nationales. Argentine et Brésil, Pays-Bas et Allemagne, les deux Corées, ou encore la Serbie et la Croatie, la Tunisie et le Maroc ... tiens, tiens !

Temple de l’affirmation décomplexée d’une marchandisation absolue et généralisée

A l’heure de la recherche permanente de création de valeur économique et de la religion marketing de la « fan experience », le stade s’incarne en temple décomplexé d’une marchandisation absolue et généralisée du Football.
De plus en plus otage de l’entertainment programmé par les opérateurs du foot business, le stade devient certes ultra connecté et technologisé, mais aussi ultra contrôlé et sécurisé, compartimenté voire scénarisé. Le stade est parfois même rendu de plus en plus difficilement accessible voire inaccessible et gentrifié comme dans la Premier League anglaise.

Théâtre de libération des frustrations politiques, sociales, économiques, identitaires ou géopolitiques

Même devenu un temple du commerce, et de l’entertainement exacerbé, métaphore aboutie de la globalisation de l’économie et du Monde, le stade demeure un espace éminemment politique, parfois même géopolitique.
Historiquement il fut un espace de résistance, d’expression d’oppositions politiques martyrisées dans la vraie vie, comme dans les stades de l’ex URSS. Ce fut le cas aussi dans de nombreux pays d’Amérique du Sud

Ce lieu aujourd’hui souvent super hygiénisé est parfois contesté voire libéré par l’expression fusionnelle ou contradictoire des sécessions de populations qui s’y projettent pour crier leurs frustrations sociales ou identitaires, leurs ruptures envers un contexte local, national ou global, un gouvernement, mais aussi seulement un adversaire sportif ... Ce théâtre révèle souvent des démarches spontanées où les individus se relient et se lavent dans un collectif anonyme en s’adressant vers un ennemi parfois indéterminé ou flou mais parfois aussi très identifié voire déclaré.
Ce théâtre politique est aussi le lieu d’activation de stratégies d’actions très préparées, organisées ... parfois accompagnées voire redirigées, certains diraient manipulées par des acteurs extérieurs politiques, économiques, religieux voire militaires vers des enjeux très éloignés des expressions politiques spontanées nées des frustrations individuelles et collectives.

Les 4 à la fois

Parfois ces 4 ingrédients, la passion authentique et populaire, les rivalités et les frustrations sociales ou politiques déjà surexploitées commercialement vont aussi être manipulées politiquement, exacerbées sur le terrain identitaire. De la passion aux débordements, en passant par les colères, ... les frustrations ou les sécessions des fans sont alors chauffées à blanc et dirigées vers d’autres enjeux ou causes. Comme en Tunisie récemment?
Métaphore politique, sociétale et économique des villes et territoires globalisés, le stade de Football demeure surtout un incroyable révélateur, parfois amplificateur à peine déformant, des mouvements politiques, sociétaux, identitaires ... à l’œuvre au cœur d’une communauté et d’une géographie ... de nos sociétés globalisées. Un révélateur parfois agité par des mains intérieures ou extérieures ...

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