ALGÉRIE
05/08/2019 09h:55 CET

Le Soudan en transition vers la “dawla madania”: une victoire chèrement payée

"Notre gouvernement est civil", "Révolution, révolution". De nombreux Soudanais ont salué dans la joie l’accord entre les leaders du mouvement populaire et le Conseil militaire de transition sur une déclaration constitutionnelle qui prévoit de remettre le pouvoir aux civils le 18 août.

ASHRAF SHAZLY via Getty Images

C’est une victoire de la raison, obtenue avec la médiation de l’union africaine, pour une fois plus intrusive, qui ouvre la voie à une sortie ordonnée de la crise. Mais c’est une victoire qui a coûté cher aux soudanais: plus de 250 morts depuis l’enclenchement du mouvement contestataire en décembre 2018 à la suite de la décision du gouvernement de Omar Al Bachir de tripler le prix du pain. 

Le refus de certaines parties des forces armées soudanaises d’accepter de remettre le pouvoir au civil a continuer à se manifester brutalement jusqu’au bout. Les pourparlers entre l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, et le Conseil militaire, qui tient les commandes du pays depuis  la destitution du Omar Al-Bachir, le 11 avril, étaient prévues pour le 30 juillet, ils ont été repoussés à la suite de l’assassinat de six personnes, dont quatre lycéens, à Al-Obeid (centre), lors d’une manifestation contre les pénuries de pain et de carburants.

 

Quatre autres personnes ont été tuées à Oum Dourman, lors d’un rassemblement de protestation contre cette tuerie. Dans ce pays, profondément marqué par le carnage qui a accompagné la dispersion violente le 3 juin du sit-in devant le siège de l’armée à Khartoum - 127 martyrs- ces nouveaux morts ont suscité une indignation puissante. Au point où le Conseil militaire a annoncé, c’est une première, l’arrestation de neuf membres des RSF, la sinistre “Rapid Support Forces” que dirige, Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemedti, le vice-président du Conseil militaire de transition. 

 

Faire face aux velléités de retour en arrière

Le choix de la réponse violente aux revendications des Soudanais n’a fait que renforcer la contestation, solidement encadrée par l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC). L’entêtement des chefs  militaires, ou d’une partie d’entre eux, à vouloir garder la main sur un pays, dont ils ont perdu une partie avec la scission du Sud Soudan, et dont le bilan est à tout point de vue désastreux, n’a pas stoppé le mouvement d’émancipation de la société soudanaise. Cet entêtement, avec des agissements hors de toutes règles de forces paramilitaires, a cependant été coûteux en vies humaines. 

 

Aujourd’hui, ces militaires, dont Hemedti, le vice-président du Conseil militaire de transition, “figure de la terreur”, acceptent ce qu’ils ont refusé jusque-là: une transition politique dirigée par des civils sur une période de trois ans. La puissante mobilisation des Soudanais qui ne supportent plus l’état d’indignité dans lequel les citoyens ont été mis par un régime militaire a payé. La transition va commencer, elle sera, à n’en pas douter, très difficile. Mais la maturité politique dont font preuve les Soudanais va les inciter à rester mobiliser pour contrer toutes les velléités du retour en arrière.