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20/05/2019 10h:14 CET | Actualisé 20/05/2019 10h:14 CET

Le secteur du phosphate en Tunisie, stratégie de relance et enjeux environnementaux

Les 400 sources d’eau répertoriées ont disparu, l’agriculture a périclité. Le territoire souffre du manque d’eau et d’une pollution considérable due à l’activité industrielle.

STRINGER via Getty Images

Le phosphate est un engrais minéral essentiel dans l’agriculture moderne dans le monde entier. Il est extrait par la Compagnie des phosphates de Gafsa dont le siège se situe à Gafsa. La compagnie a été créée en 1897. En 2010, la CPG (Compagnie des phosphates de Gafsa) exploitait 8 mines à ciel ouvert, situées dans les délégations de Redeyef, Moularès, Métlaoui et Mdhilla.
Elle exploite aussi 11 laveries destinées au traitement du minerai.

Le phosphate est transformé, par le Groupe Chimique Tunisien (GCT), en 4 produits destinés à l’exportation et 2 produits principalement destiné au marché tunisien. L’Acide Phosphorique Marchand (MGA), le Di-Ammonium Phosphaté (DAP), le Triple Super Phosphate (TSP) et le Phosphate de Calcium (DCP) pour l’exportation. Le Nitrate d’Ammonium Agricole et le Nitrate d’Ammonium Poreux pour le marché tunisien.

Le GCT dispose de 4 sites de production répartis sur 4 régions du sud tunisien: Gabès, Sfax, Skhira et M’dhilla. Le phosphate brut est transféré par voie ferrée depuis les sites de production vers les sites de transformation qui sont situés sur la côte sud.

Suite aux revendications sociales dans la région de Gafsa, le nombre d’employés est passé de 8000 en 2010 à plus de 30 000 actuellement. Avant la révolution de 2011, la Tunisie occupait la 5e place au rang des exportateurs mondiaux de phosphates, en 2017 elle occupe la 8e place avec une production en forte baisse.

FETHI BELAID via Getty Images

 

Résoudre la question du phosphate revient à répondre à une triple question: Le contexte social, la crise environnementale et l’infrastructure.

La résolution de la crise du secteur du phosphate est primordiale pour l’économie de la région de Gafsa mais aussi pour toute la Tunisie de par la source de devise que représente les exportations de phosphate. Mais cette résolution passe par une démarche réfléchie, en associant le gouvernement, la compagnie et les représentants sociaux. Elle passe aussi par une démarche éco-responsable en tenant compte des dégâts écologiques quasi-irréversibles qu’a engendré l’exploitation des mines à ciel ouvert qui sont moins chères que les mines souterraines.

Cette activité cause des dommages irréversibles aux populations et à leur environnement dans la région de Gafsa mais aussi celle de Gabès. L’eau est directement pompée dans les nappes fossiles et les eaux de lavages sont déversées dans la nature causant la colère des agriculteurs et des écologistes.
L’oasis de Gabès était la seule oasis au monde située directement en bord de mer, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les 400 sources d’eau répertoriées ont disparu, l’agriculture a périclité. Le territoire souffre du manque d’eau et d’une pollution considérable due à l’activité industrielle.

La production d’acide phosphorique génère un déchet, nommé phosphogypse qui est radioactif (il est composé d’uranium, plomb, polonium et radium). Ces déchets sont soit stockés à l’air libre (Sfax, Skhira) soit directement rejetés en mer (Gabès) via un canal à ciel ouvert.

Mélangé à de l’eau de mer, il forme des “boues gypseuses”. La ville portuaire est touchée de plein fouet par ces rejets.

Le rejet des résidus de la transformation dans la mer sans traitement, a entraîné la disparition de toute vie marine jusqu’à la côte de Djerba. Cela a entraîné une perte de revenus conséquente pour de nombreux pêcheurs qui n’ont pas le matériel pour aller de plus en plus loin dans la mer pour trouver du poisson. Le nombre de cancer a fortement augmenté. La plupart des malades partent à Sfax ou à Tunis pour se faire soigner, ce qui rend difficile le lancement d’une telle étude. D’autres maladies, comme l’ostéofluorose, liée à l’importante concentration de fluor, ont également vu le jour dans la région. À cela s’ajoutent la pollution atmosphérique ou les mauvaises odeurs à proximité du site.

La démarche à adopter repose donc sur le dialogue social entre toutes les parties, la responsabilité écologique vis-à-vis des populations locales, la mise en place d’un management efficace, et la transformation technologique de la production et du transport.

Il est essentiel de comprendre, qu’au-delà des problématiques locales, la chute de la production du phosphate a entraîné la perte de nos clients historiques qui se sont tournés vers nos concurrents car leur besoin agricole ne pouvait attendre. La Chine, le Maroc, l’Egypte, le Brésil ont récupérés nos clients.

Toute la difficulté est donc d’augmenter la production tout en résolvant les problèmes sociaux et écologiques, et en devenant suffisamment compétitif pour regagner les parts de marchés perdues ces 8 dernières années.
Cela passe par la mise en place d’une nouvelle infrastructure plus efficiente et plus respectueuse des ressources de la Tunisie.

La mise en place d’un minéroduc (pipeline) entre les sites d’extraction et les sites de productions représente la meilleure solution.

Auparavant séché avant d’être transporté par voie ferrée, le minerai de phosphate, naturellement humide, pourra être acheminé à travers le pipeline, sous forme de pulpe composée à 60% de minerai et à 40% d’eau. Le transport est favorisé par la gravité naturelle, ce qui permet de conserver son humidité, tandis que l’intégralité de l’eau servant à son transport est réutilisée au niveau des installations de valorisation du phosphate.

L’eau utilisée dans le transport peut être récupérée et recyclée jusqu’à 80% dans les procédés d’enrichissement, en système continu, par lavage-flottation au niveau des unités des sites de production. L’approvisionnement en eau restant peut se faire à partir du retraitement des eaux usées urbaines et aussi à travers des usines de dessalement d’eau de mer qui fonctionneraient à l’énergie solaire avec des piles à combustibles à hydrogène.

L’exploitation des terrains miniers se fait ainsi en enlevant d’abord le couvert végétal fertile qui est remis à la fin de l’exploitation, de sorte à recréer l’écosystème naturel initial et favoriser le retour au paysage initial.
Le couvert végétal restauré peut faire l’objet d’un reboisement et d’une plantation d’arbres fruitiers. Cette réhabilitation des terrains miniers pourra constituer une opportunité d’initier des activités agricoles et forestières profitables aux communautés.

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