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30/01/2019 11h:46 CET | Actualisé 30/01/2019 11h:49 CET

Le roi au pouvoir? Vive le roi

Ce dont, je suis sur, c’est que nous sommes face à des élections si déterminantes, que la bataille des idées va peu compter face à la compétence: la sortie de crise est une nécessité et le personnage de Youssef Chahed a montré toute sa contingence, de par son inactivité.

Facebook/Tahya Tounes

“Tahya Tounes”, le nouveau parti politique de Youssef Chahed sans officiellement l’être, lancé cette semaine, n’a pas fait dans la retenue. Un nom tiré directement de la devise de la République Tunisienne. Ethique, vous dites?

Cela ne rentre pas dans le programme.

Le roi au pouvoir? Vive le roi.

L’entourage de Chahed a enfin mis les points sur I, et confirmé les rumeurs qui courent depuis quelques semaines. Youssef Chahed sera bien candidat aux prochaines échéances politiques, par le biais de ce nouveau parti. Nouveauté?Ce parti travaillera bel et bien -par choix ou par obligation- en coopération avec Ennahdha.

Et donc, pendant que l’UGTT hurle que le gouvernement ne les écoute pas -un syndicat qui appelle à l’indexation des salaires publics avec l’inflation depuis 1 an-, le chef du gouvernement rentre en campagne électorale et prend le temps d’envoyer son cabinet au charbon pour la création d’un nouveau parti politique. Déontologie, vous dites?

Rappelons d’abord, le bilan de Youssef Chahed.

Amine Snoussi

Si la croissance a progressé, le taux d’inflation a explosé et la dévaluation du Dinar s’est accentuée. La conséquence est ressentie sur la balance commerciale Tunisienne. Le taux d’importation est passé de 26,3% à 32,5% en 2018 entrainant une hausse des prix conséquente pour le citoyen, légitimant donc la mobilisation de l’UGTT pour la hausse des salaires s’il y’a hausse du coût de la vie.

Comment donc Chahed a le capital politique nécéssaire pour entrer en campagne électorale s’il a un bilan, que les plus modérées des analyses qualifieront de contrasté?

La porte d’entrée lui est tenue par Ennahdha, qui a su avoir la mainmise sur le plus avide, et donc le plus fragile.

Scénario d’un drame politique

Plusieurs scénarios sont envisageables à partir de la création de Tahya Tounes:
L’annonce de la candidature de Youssef Chahed et de Tahya Tounes aux élections législative et présidentielle. Ennahda présente une liste aux législatives mais pas de candidat à la présidentielle. En cas de victoire de Chahed, il gouvernera dans une majorité parlementaire composée avec Ennahda.
Ennahda et Tahya Tounes seront présents aux deux échéances avec un accord de principe sur le soutien du plus avantagé par l’autre, en cas de présence de l’un d’entre eux au second tour.

Facebook/Tahya Tounes

 

Mais tout cela ne reste que probabilités et fiction, pour l’instant. Ce dont, je suis sur, c’est que nous sommes face à des élections si déterminantes, que la bataille des idées va peu compter face à la compétence: la sortie de crise est une nécessité et le personnage de Youssef Chahed a montré toute sa contingence, de par son inactivité.

Le drame réside aussi dans l’opposition: une cacophonie de centrisme délimité par le Front Populaire et Ennahda qui, elle aussi, peu à peu se normalise dans le milieu. La peur du risque entraine le manque de décision et de prises de position.

On peut se permettre une métaphore musicale: Ben Ali, c’est le Rock des années 90. Du fanatisme béant et une opposition assassinée.

En 2011, le Rock est mort et on s’attendait à l’émergence du Rap, plus accessible, plus populaire, pour prendre le relève comme le dit si bien Youssoupha: “le rap ne sort pas de douilles mais c’est le seul son hardcore depuis que le rock n’a plus de couilles”, mais le Hip-Hop n’a écoulé que
quelques rimes faciles sans se mouiller.

C’est peut être les beat-makers qui manquent aussi. On a tellement peur du silence qu’on est prêt à entendre n’importe qui chanter. On se retrouve encore face a un choix de dépit. Je voterais pour tout sauf Chahed et Ennahda et personnellement, je continuerais de le faire. Jusqu’à quand, telle est la question.

Le risque, étant, que si on vote “utile” pour reprendre l’expression de Nidaa Tounes à chaque élection, on risque de perdre le concept du vote militant. Votez inspirés car cela n’aura pas été expérimenté.

Nous venons de vivre une révolution qui a renvoyé en Arabie Saoudite un président pour lequel on détestait voter, mais pourtant on continue de haïr notre vote. On est juste content de voter.

Loin de moi l’idée de remettre en question l’utilité démocratique, mais il faut néanmoins réformer ce système archaïque de bipartisme régulier.

Réformer le système électoral par une réforme des Partis

Jeune Afrique nous apprenais, début janvier, qu’Ennahda venait de conclure un contrat avec l’agence britannique de communication Burson Cohn & Wolfe a hauteur de 18 millions de dollars -ce qui fût timidement démenti par Ennahdha-.

 

Pour vous donner un indice de comparaison, c’est l’équivalent des dépenses entières générées par la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron en 2017.

Supposons que nous sommes dans une égalité parfaite: chacun des partis est censé avoir les mêmes outils que les autres pour atteindre le citoyen, sinon le citoyen n’aura pas en tête, l’entièreté de ce qu’on lui propose au moment de son choix. C’est comme si la moitié du menu était caché au restaurant et c’est uniquement les deux plats les plus chers qui vous sont proposés.

Ainsi, il faudrait trouver un moyen pour réguler les campagnes électorales. La France a trouvé les moyens de le faire il y’a quelques années: le plafonnement des dépenses de campagne et le contrôle des comptes par l’État. S’il y’a des irrégularités, la justice s’en charge et inflige des sanctions financières lourdes aux partis n’ayant pas respectés les limitations imposées par l’État.

Les sommes astronomiques dépensées par Ennahda en font un monstre de communication. Leur omniprésence rend l’offre politique inéquitable. Les partis doivent êtres régulés par l’État, sinon les gagnants continuent de se reproduire éternellement.

Mettre fin aux inégalités de campagne, c’est mettre fin au bipartisme pratique que rencontre la Tunisie depuis la révolution et donner la possibilité à des personnages politiques qui ont leur importance et leurs idées depuis quelques années mais qui n’ont pas eu la responsabilité de gouverner pour l’instant.

Fraicheur s’il vous plait, il va être chaud cet été politique.

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