TUNISIE
30/05/2019 15h:21 CET

Le réveil des oasis tunisiennes: Un levier pour l'employabilité et la biodiversité selon la Banque Mondiale

Le réveil des oasis tunisiennes ou comment soutenir l’emploi et la biodiversité grâce à un programme ambitieux et solidaire.

FETHI BELAID via Getty Images

Frappée par la sécheresse, le chômage et la pauvreté, la région du Sud tunisien peine à surmonter sa crise. La dégradation des systèmes d’irrigation et la mauvaise gestion des ressources naturelles ont provoqué des ravages considérables dans la riche diversité biologique des oasis tunisiennes.

Depuis quelques années, ces havres de fertilité, surgissant au milieu des dunes dorées du Sahara, se fragilisent sous l’effet de la dégradation de l’environnement qu’aggravent les pressions démographique.

Mais avec les nouvelles coopératives agricoles et les récentes interventions pour la remise en état des réseaux d’irrigation et la restauration des cycles d’eau, mises en œuvre dans le cadre du projet de la Banque Mondiale sur la gestion durable des écosystèmes oasiens en Tunisie, les choses vont certainement changer. 

“Aujourd’hui, estiment les agriculteurs, les conditions de vie dans les oasis et la situation matérielle des exploitants évoluent dans le bon sens” révèle la Banque mondiale dans un article, publié le 24 mai 2019.

Consciente des menaces qui planent sur l’avenir de la région, la Banque mondiale a mis en oeuvre toute une stratégie pour atténuer les problèmes d’eau et améliorer la situation. Pour elle, sortir les écosystèmes tunisiens du gouffre est devenu une priorité.

“En 2014, des études sur l’irrigation et l’environnement avaient mis en évidence l’incurie de la gestion des ressources hydriques et la nécessité de remettre en état des systèmes d’irrigation sérieusement décrépits. Depuis, les canaux ont été nettoyés et les conduites d’eau vers les villages réparées et terminées. De nouveaux bassins de stockage ont été construits” rapporte l’article.

“Notre région est redevenue florissante. Nous produisons les meilleures dattes de la région et notre travail profite à tous”, se réjouit un agriculteur, comme le montre la vidéo ci-dessous:

Muni d’un programme ambitieux, la Banque mondiale s’efforce avec le gouvernement tunisien à endiguer la disparition des oasis et revitaliser une économie en péril.

“Le projet de la Banque mondiale a permis d’introduire des pratiques durables sur plus de 880 hectares de terres, bien au-delà de son objectif initial.

Plus de 5 000 exploitants s’y sont convertis, notamment en diversifiant leurs cultures et en s’efforçant d’économiser l’eau.

Plus de 226 microprojets ont donné un coup de fouet économique à la région, en créant des emplois directs et permanents : les 735 emplois directs ayant ainsi vu le jour améliorent le niveau de revenu des populations.

Au cœur des priorités de ces microprojets : la gestion durable du sol et de l’eau, la conservation, l’artisanat, les activités rémunératrices liées aux oasis, comme la confiture et le miel de dattes, et l’écotourisme”, explique la Banque mondiale dans son article.

 “Ce projet met certes l’accent sur la gestion durable de l’eau, mais il cherche aussi à endiguer la dégradation des sols et l’appauvrissement de la biodiversité, qui ont des conséquences délétères”, souligne de son côté Taoufiq Bennouna, spécialiste senior pour la gestion des ressources naturelles.

Il a fait savoir que des centaines d’emplois ont été créés dont la moitié pour des femmes et des jeunes, qui auparavant étaient souvent contraints d’émigrer, et ce grâce aux nombreuses microentreprises dans le tourisme, la production agricole ou encore les manifestations culturelles.

Aujourd’hui, les oasis abritent une diversité biologique exceptionnelle et sont une source de revenus capitale pour certaines régions. 

La majorité des microprojets mis en œuvre en Tunisie s’attachent à nettoyer les oasis, introduire le compostage, restaurer et diversifier les espèces et à rajeunir les palmeraies. De nombreuses initiatives ont été menées également pour la promotion d’une production de miel et de confiture de dattes. 

Ainsi, en créant davantage d’emplois locaux, ce projet renforce l’inclusion sociale et économique et aide les femmes à retrouver le chemin du travail.

Selon la Banque mondiale, ces initiatives dont l’impact est palpable et durable en ce qui concerne notamment la lutte contre le changement climatique et la désertification, peuvent inspirer le reste de la région et s’étendre dans d’autres pays où le sable empêche les palmiers de se développer et grignote progressivement les palmeraies. Ces derniers “s’efforcent d’endiguer la désertification, mais leurs interventions ne sont pas suffisamment intenses” regrette la Banque mondiale.

 “Les pays nous demandent avec insistance d’étendre notre intervention pour permettre la restauration d’oasis dans d’autres pays”, souligne Lia Sieghart, chef de service responsable du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord au pôle d’expertise Environnement et ressources naturelles de la Banque mondiale. Avant de conclure en disant:  “Nous entendons bien continuer d’accompagner ce processus de renforcement de la résilience climatique” et sauver les oasis sahariennes, du Maroc jusqu’en Libye”.

Fin 2018, le projet avait déjà bénéficié à plus de 17 000 personnes, dont un tiers environ sont des femmes. 

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