MAROC
27/08/2018 16h:36 CET

Espagne: Le renvoi vers le Maroc de migrants scandalise les défenseurs des droits de l'homme

Passés de force à Sebta, 116 migrants ont fait l'objet, la semaine dernière, d'une expulsion controversée vers le Maroc.

Fabian Bimmer / Reuters

ESPAGNE - Retournement de veste radicale de la part du nouveau Premier ministre espagnol Pedro Sanchez. Si ce dernier s’était ouvertement opposé il y a quelques mois, sur les réseaux sociaux, à la politique de “retour à chaud” des migrants, l’Espagne a procédé la semaine dernière à l’expulsion controversée de plus de 116 migrants au Maroc, passés de force à Sebta. Selon le journal ibériqueDiario Critico, cette décision a été prise après un coup de colère de l’actuel ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska. Le ministre aurait justifié sa décision de renvoi immédiat vers le Maroc en faisant valoir le fait que certains migrants ont eu recours à la violence face aux forces de l’ordre espagnoles.

Un retour à chaud permis par un accord datant de 1992 signé entre le Maroc et l’Espagne, très peu utilisé par les autorités et dont le recours ne s’effectue qu’en cas de “circonstances exceptionnelles”.

Les avocats se sentent “trahis”

Selon le journalEl Diario, quand les avocats des migrants se sont rendus au poste de police de Sebta pour préparer les dossiers de retour, une formalité administrative courante dans ce genre de situation, aucun ne se doutait que leurs clients seraient expulsés dans les heures suivantes. “Ces avocats se sont sentis trahis”, explique au HuffPost Maroc Helena Maleno, chercheuse et militante des droits des migrants. Selon cette dernière, les avocats disent s’être senti utilisés par les autorités espagnoles qui auraient par la suite utilisé ces dossiers de retour pour justifier administrativement ces expulsions auprès de la Cour européenne des droits de l’Homme. “Les avocats ne savaient pas que leurs clients allaient être expulsés moins de 24 heures après, ils se sont sentis utilisés”, affirme la militante. 

La militante dénonce à ce titre une politique “raciste”: “le principal argument utilisé par les autorités pour défendre ces expulsions est le fait que certains migrants ont eu recours à la violence, mais dans ce cas pourquoi punir tout un groupe pour les actions de quelques personnes? Pourquoi n’ont-ils pas identifié les agresseurs grâce aux caméras? Cette action est donc raciste de la part du gouvernement”, assure-telle. 

 “Le PSOE et Pedro Sanchez s’étaient engagés à mettre fin aux retours à chaud lorsqu’ils étaient dans l’opposition. Aujourd’hui, avec cette macro-expulsion, ils font un pas de plus dans la violation des droits de l’homme.”

Pression politique

Helena Maleno qualifie également cette mesure de “colonialiste”. “On renvoie la responsabilité de ces migrants à un autre pays en s’attendant à ce qu’il les prenne en charge”. Si comme elle, de nombreux autres défenseurs des droits des migrants attendaient une politique différente du leader de gauche, Helena Maleno ne s’étonne pas de voir cette politique mise en place. “D’un point de vue historique, qui a mis en place les barbelés, les retours à chaud? C’est la gauche”, regrette-t-elle. Pour Helena Maleno, le nouveau Premier ministre s’est laissé entraîné par la pression de la rue et des partis politiques. “De plus en plus de parties en Espagne commencent à avoir le même discours que Matteo Salvini en Italie. Il y a aussi la pression de la rue où la xénophobie monte de plus en plus”, se désole la militante, qui regrette que “rien n’a changé” malgré la mobilisation pour la défense des droits de l’homme.