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30/07/2019 10h:03 CET | Actualisé 30/07/2019 10h:03 CET

Le régime s'approprie les idées des Algériens pour les vider de toute substance

Getty Editorial

Un régime finissant, incapable de produire des idées, mais (encore) capable de les détruire. Exemple:

 

1.    Le 30 avril dernier, il y a exactement trois mois aujourd’hui, des citoyens ont lancé un appel pour la création d’une Instance Nationale de Médiation, dans les termes suivants : 

2.    “Après plus de deux mois de manifestations du peuple algérien contre le régime actuel et pour l’instauration d’un régime démocratique dans notre pays, nous sommes forcés de constater qu’aucune démarche concertée entre les acteurs de l’événement historique qui se joue dans notre pays n’a pris corps en vue d’une solution de la crise, et notamment qu’aucun dialogue n’a encore lieu entre les autorités du pays et le mouvement populaire.

Pourtant les revendications du mouvement populaire sont claires. Elles se résument dans la volonté de mettre fin au régime de l’échec, de la faillite et de la corruption. De plus, elles sont portées, jour après jour, semaine après semaine, par millions, par la quasi-totalité de la population. La colère du peuple est immense, mais elle s’exprime sans aucune violence. Au contraire, il émane des participants à la révolution en cours, calme, maîtrise de soi, lucidité, civisme et bienveillance envers les autres, tous les autres.

En face, le régime, qui s’était engagé comme un seul homme dans l’aventure pathétique du 5ème mandat, semble aujourd’hui incapable de répondre à la situation. Jour après jour, semaine après semaine, il recule en manœuvrant, il manœuvre en reculant, mais sans parvenir à se rendre à l’évidence : que le 22 février, le peuple algérien a commencé une révolution, une révolution démocratique populaire pacifique de grande ampleur et de grande signification.

Aujourd’hui, il faut sortir le pays de l’impasse. Nous estimons que cela doit passer par le dialogue, un dialogue sincère entre le pouvoir et le peuple, un dialogue serein et constructif, animé par la volonté partagée par tous les patriotes de travailler au développement du pays et à l’épanouissement des Algériens et des Algériennes dans une société fondée sur les valeurs de liberté, de justice et de dignité.

C’est pour créer les conditions initiales d’un tel dialogue, qui permettra d’ouvrir la voie de la transition démocratique réclamée par les citoyens algériens et dont le pays a un besoin vital, que nous appelons à la création d’une Instance Nationale de Médiation qui aurait pour mission de proposer au pays, après consultations dans les plus brefs délais des différentes parties concernées, les modalités concrètes (objectifs, institutions, durée…) de la transition démocratique, elle-même à engager au plus tôt.

L’Instance Nationale de Médiation devra être composée de personnalités qui possèdent l’intégrité, les qualités morales et politiques, ainsi que la volonté nécessaire à l’accomplissement d’une telle mission, une mission patriotique de la plus haute importance puisqu’il s’agit de contribuer à sortir notre pays de l’impasse où il se trouve et de l’engager dans la voie de la construction résolue de l’Etat de droit et de la démocratie. »

3.    Trois mois après cet appel, le pouvoir répond par la création d’un organe indéfini dans ses prérogatives, sa mission, sa durée, ses objectifs, sa composante, et même sa dénomination.

4.    Avec pour principal résultat de discréditer l’idée même du dialogue ; car le dialogue, s’il est nécessaire et urgent pour parvenir au départ pacifique et ordonné du régime, doit avoir lieu, non pas dans la confusion, les approximations, les doutes, les ruses et les manœuvres, avec un gouvernement et des autorités illégitimes qui n’ont ni la volonté ni la capacité de faire quoi que ce soit, mais dans la transparence, entre des représentants du peuple et ceux de l’armée, animés par une claire volonté d’aboutir à la solution que le peuple algérien veut et qu’il est déterminé à obtenir.