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11/07/2018 11h:54 CET | Actualisé 11/07/2018 13h:26 CET

Le rap marseillais à la sauce algérienne

Mehdi Nacer-Khodja

Sur la corniche marseillaise, des plages du Prado à celles des Catalans, “l’Homo Mediterranicus” pavane dans sa voiture : les fenêtres ouvertes, le coude à l’extérieur, et les lunettes de soleil comme des miroirs du ciel bleu azur.

Le fonds musical de cette balade quotidienne d’un mois de juillet respire des embruns mélodieux d’Algérie. En effet, parmi les styles musicaux en vogue pour cet été 2018, le rap marseillais aux accents algériens se place aux tops des titres qui donnent à des millions de français l’envie de se déhancher. 

“Va Bene” de l’Algerino (d’ailleurs sur la B.O. du film Taxi 5), “Favela” de Naps Feat. Soolking, ou encore “Sarrazin” d’YL, dès les premières notes on ressent chez ces jeunes rappeurs l’inspiration de leur terre d’origine de l’autre côté de la Méditerrannée.

L’influence de la musique algérienne dans le rap marseillais n’est pas une tendance nouvelle. Dans les années 1990 et 2000, nombreux étaient les featuring de rappeurs(ses) tels IAM avec Cheb Khaled “Oran Marseille”, et Kenza Farah avec Idir “Sous le ciel de Marseille”. Il s’agissait alors du témoignage de cette volonté d’intégrer ce qui vient d’ailleurs dans des codes déjà existant de cette musique urbaine.

L’évolution de la culture hip hop en France et son ancrage viscéral dans la cité phocéenne permettent dorénavant une assimilation complète des mélodies de l’Oranie, de l’Algérois, de la Kabylie ou des Aurès dans ce nouveau mouvement rap qui fait fureur depuis quelques mois.

Dans “Vai Anouva” YL et Soolking se permettent de reprendre un grand classique de la musique berbère nord-africaine (“A vava Inouva” d’Idir) avec justesse pour l’adapter à des textes engagés et proches de ce que vit la jeunesse française, d’origine algérienne ou pas d’ailleurs.

Comme un bon couscous de là-bas, il faut pouvoir réunir pour cette nouvelle vague de “rap attitude” les ingrédients qui feront de cette harmonie une nouba des quartiers populaires de la Castellane à Aubervilliers. La première épice colorée qui apparaît de manière flagrante est l’utilisation sans modération de “l’Auto-Tune” et des effets sur vocalises empruntés aux chanteurs de raï contemporains.

Des jeunes chanteurs oranais Mohamed Benchenet et Cheb Houcem aux ” vibes” de l’Algerino dans “Le prince de la ville” et Naps “Mektoub”, il n’y a qu’un pas et on ressent pertinemment les influences communes comme un rapprochement des deux rives. Passé cette première étape fondamentale, ces rappeurs marseillais n’hésitent plus à intégrer des instruments maghrebins comme la derbouka, la gasba ou le synthétiseur raï.

Il est souvent rapporté que cela donne un aspect mélodieux à ce phénomène rap qui rappelle nécessairement le soleil et la mer dans une ambiance estivale. Dans le quartier de Noailles à Marseille, un jeune assis sur un muret encrassé et bercé par ces sons jaillissants de son enceinte bluetooth me confie : “on veut du rap qui nous rappelle les rythmes du bled, on veut s’amuser, on connaît les problèmes de la société, on veut une autre musique maintenant”.

Ces phrases me rappellent alors celles exposées par ces mêmes afro américains en Californie à la fin des années 1980, ils voulaient eux aussi un rap festif, et ainsi émergea de cette côte ouest le genre “G Funk” » qui va ensuite conquérir le monde. Souhaitons alors un avenir tout aussi radieux à ces nouveaux talents.