ALGÉRIE
08/06/2019 13h:39 CET

Le Qatar, 1er client de l’Industrie de l’armement française en 2018

GUILLAUME SOUVANT via Getty Images

Trois pays du Golfe persique font partie des quatre plus gros clients de cette industrie en 2018 : le Qatar lui a acheté des armements pour 2,5 milliards de d’euros, l’Arabie Saoudite pour 1 milliard d’euros et les Emirats arabes unis pour 200 millions d’euros. Ces deux derniers pays, pour rappel, dirigent la coalition arabe intervenant au Yémen.

Selon un document du ministère français de la Défense rapporté par l’AFP, trois pays du Golfe persique, le Qatar, l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis (EAU), ont fait partie en 2018, avec la Belgique, des quatre premiers grands clients de l’industrie de l’armement française.

Ce document destiné au Parlement et publié mardi dernier indique que les exportations d’armements français ont atteint l’année dernière 9,1 milliards d’euros, soit une croissance de 30% en comparaison avec 2017 !

Le Qatar se taille la part du lion dans ces ventes françaises d’armements, avec un total de 2,5 milliards d’euros, montant élevé qu’expliquent, selon l’AFP, un contrat pour l’acquisition de 28 hélicoptères NH90 et un autre pour l’acquisition de 12 avions de chasse Rafale.

Ce petit émirat est suivi, de loin, par la Belgique, dont les achats d’armements français ont totalisé l’an dernier quelque 1,1 milliard d’euros, ainsi que par l’Arabie Saoudite, dont les commandes ont approché 1 milliard d’euros recouvrant notamment celles de patrouilleurs (500 millions d’euros).

Les EAU, indique également ce rapport officiel, ont été, quant à eux, le quatrième client de l’industrie de l’armement française en 2018, avec des achats de l’ordre de 200 millions.

 

Indignation de plus en plus grande en France

La publication de ce document a eu lieu alors que les ventes d’armements français à l’Arabie Saoudite et aux EAU soulèvent en France de plus en plus d’indignation, ces deux monarchies étant les pays-clés de la coalition intervenant au Yémen, où les dommages de leur action contre les milices houthies sont loin d’être uniquement militaires.

Pour rappel, aux dénonciations des ONG de l’usage d’armements français dans une guerre n’épargnant ni les civils ni les infrastructures, se sont ajoutées récemment des actions concrètes comme celles des dockers des ports de Marseille-Fos et du Havre refusant de charger des armes et des munitions destinées à l’Arabie Saoudite.

La guerre au Yémen a fait 10.000 morts depuis 2015, dont beaucoup de civils, et a causé de graves destructions des infrastructures et du patrimoine architectural de ce pays, considéré comme un des plus pauvres du monde.

Dans ce rapport adressé au Parlement, la ministre française de la Défense Florence Parly a justifié les ventes d’armements à l’Arabie Saoudite et aux EAU par la nécessité de « dynamiser notre industrie de défense » - laquelle, a-t-elle rappelé, représente 13 % des emplois industriels en France - et de garder, à travers les relations économiques privilégiées avec ces deux Etats, « une prise sur des régions- clés pour nos intérêts de sécurité, pour nos approvisionnements énergétiques ».

 

Le gouvernement français… à peine embarrassé

Les armements français utilisés par les Saoudiens et les Emiratis au Yémen comprennent des chars Leclerc, des obus Flèche, des avions de chasse Mirage 2000-9, des radars Cobra, des blindés Aravis, des hélicoptères Cougar et Dauphin, des frégates de classe Makkah, des corvettes lance-missiles de classe Baynunah et des canons Caesar. C’est ce qu’ont révélé, le 15 avril 2019, Disclose, qui se définit comme « un journal d’investigation à but non lucratif », et le département investigation de Radio France s’appuyant sur une note confidentielle du Renseignements militaire français datée d’octobre 2018.

Réagissant à ces révélations, la ministre de la Défense française, Florence Parly, avait assuré, le 18 avril 2019, dans une déclaration à Radio Classique, que ces armements n’étaient « pas utilisés de façon offensive dans la guerre au Yémen » et qu’elle n’avait « pas d’éléments de preuve permettant de dire [qu’ils] sont à l’origine de victimes civiles ».

S’il n’est effectivement pas aisé d’établir avec précision, et pour tous ces armements, s’ils tuent des civils yéménites ou non, il semble avéré qu’ils servent dans des opérations offensives dans ce pays, ce que les autorités françaises s’obstinent à nier.

Pour ne citer qu’un exemple, la note confidentielle du Renseignements militaire français datée d’octobre 2018 précise que 48 canons français, déployés le long de la frontière saoudienne avec le Yémen, appuient l’offensive en territoire yéménite des troupes loyalistes.