29/05/2018 15h:45 CET | Actualisé 29/05/2018 15h:45 CET

Le projet de tunnel entre le Maroc et l'Espagne toujours sur les rails

Malgré sa complexité, le projet est viable selon une étude récente.

ERIC CABANIS via Getty Images
Vue sur le rocher de Gibraltar depuis un ferry entre Ceuta et Algésiras.

TUNNEL - Le projet de tunnel entre l’Europe et l’Afrique à travers le détroit de Gibraltar n’a pas été abandonné. Sur les rails depuis 1980, ce projet hispano-marocain est “faisable malgré sa complexité”, titre lundi 28 mai le quotidien espagnol Diario de Cadiz.

Lors d’une conférence organisée il y a quelques jours à Algésiras, en Espagne, au sujet de cette initiative, le président de la Société espagnole pour l’étude de la communication fixe à travers le détroit de Gibraltar SA (Secegsa), Rafael Garcia-Monge Fernández, a souligné qu’une récente étude de l’Université de Zurich, en Suisse, concluait qu’il serait possible de tracer le tunnel prévu à travers une zone que l’on pensait compliquée à cause des caractéristiques du terrain.

38,67 kilomètres de long

Le projet le plus viable, selon les études menées par la société espagnole, est un tunnel de 38,67 kilomètres de long qui relierait les deux rives du détroit. 27,75 kilomètres seraient situés sous la mer, avec une profondeur maximale de 475 mètres et une pente de 3%.

Dans ce tronçon situé sous le détroit, la société a trouvé deux zones d’environ quatre kilomètres de longueur de sol argileux et difficile à creuser. Cependant, selon les conclusions de l’étude réalisée par l’université suisse en collaboration avec la société Herrenknecht TBM, le plus gros fabricant de tunnels au monde, il est possible de construire une machine qui traverse cette zone, a indiqué Rafael Garcia-Monge Fernández.

secegsa.gob.es

Selon lui, la prochaine étape consisterait à conclure un accord avec cette société pour préparer une préconception du tunnelier, la machine qui permet d’excaver des tunnels, dont le coût s’élèverait à 32 millions d’euros. Si cette somme n’est “pas très élevée” pour le président de la société espagnole en charge du projet, une plus grande implication de toutes les institutions concernées est nécessaire.

“Pour l’instant, il y a peu de considération pour ce projet et il faut la volonté de le faire. Le financement repose non seulement sur les gouvernements espagnol et marocain, mais l’Union européenne devrait également participer. Pour cela, nous devons le promouvoir et le placer dans le réseau transeuropéen”, a-t-il indiqué, précisant néanmoins que dans ce cas, les normes européennes de vitesse ne sont pas encore remplies, la pente étant de 3% pour une vitesse de 120 kilomètres par heure maximum, au lieu de 1,2%. “Mais nous pouvons revoir le projet et allonger le tunnel pour atteindre cette pente”, a-t-il ajouté.

Télécommunications et transport d’énergie

Une injection de capitaux privés serait également nécessaire pour mener à bien ce projet. “Pour ce faire, le tunnel ne devrait pas seulement servir au transport de personnes et de marchandises, mais devrait également être utilisé pour les télécommunications et le transport d’énergie”, rapporte le quotidien espagnol.

“On suppose qu’à l’horizon 2050, en Europe, toute l’énergie devra être propre et l’énergie solaire qui pourrait être produite en Afrique entrera en jeu”, a souligné Rafael Garcia-Monge Fernández. “Le transport de grandes quantités d’énergie ne peut se faire avec les câbles qui existent actuellement, à moins d’avoir un tunnel très sécurisé. Dans ce cas, il pourrait y avoir des revenus pour l’investissement privé, ce qui donnerait un sens économique à cette connexion à travers le détroit”, a-t-il ajouté.

Si le coût du projet n’a pas encore été calculé, la dernière étude réalisée il y a quelques années avançait un budget de 8 milliards d’euros. “Mais ce chiffre n’a rien à voir avec la réalité”, a précisé le président de la société espagnole.

Selon une étude du projet réalisée en 2013, le trafic drainé par le tunnel en 2030, s’il voyait le jour, serait de 9,6 millions de passagers et 7,4 millions de tonnes de marchandises par an, pour atteindre respectivement 12,8 millions et 13,1 millions en 2050. “La durée du trajet entre les deux terminaux, européen et africain, n’excéderait pas 30 minutes”, précisait l’étude, notant que “les réseaux ferroviaires à grande vitesse, en plein essor tant en Espagne qu’au Maroc, représentent un potentiel extraordinaire d’échanges rapides entre les deux pays”.

LIRE AUSSI: Une entreprise espagnole veut relier Madrid à Tanger en moins d’une heure grâce à l’Hyperloop