MAROC
11/12/2018 13h:40 CET

Le procès du leader du PJD Abdelali Hamidine s'ouvre le 25 décembre à Fès

Le PJD exprime son “grand étonnement” quant à cette décision.

Abdelali Hamidine/Facebook

PARTI - Il comparaîtra libre. Le leader et député à la Chambre des conseillers du PJD Abdelali Hamidine est poursuivi pour “participation à un meurtre prémédité” par le juge d’instruction près la cour d’appel de Fès. Ce dernier a aussi ordonné qu’il soit déféré à la Chambre criminelle près la même cour suite à une plainte déposée par la famille Aït Ljid. “Dans ce cas, le juge d’instruction a été saisi directement par la partie civile. Ce n’est pas le parquet qui a lancé la procédure et c’est pour cela qu’il n’y a pas eu d’ordre pour une détention, comme c’est le cas pour la grande majorité des affaires dans le cadre de plaintes déposées auprès du juge d’instruction”, explique au HuffPost Maroc l’avocat du PJD, Abdessamad Idrissi. 

Il ne sera pas le seul avocat à représenter Hamidine, d’après ce qu’il nous a confié précisant que l’ouverture du procès est fixée pour le 25 décembre. “Hamidine va très bien! Cette affaire est vide, elle est basée sur une poursuite qui ne respecte même pas l’ABC de la loi ni l’immunité dont jouit Hamidine en tant que député”, estime l’avocat. Et de rappeler que “l’affaire avait déjà été jugée, ensuite, une plainte avait été déposée auprès du procureur général qui l’avait classée sans suite en 2012. Une autre avait été déposée auprès du juge d’instruction et lui aussi avait pris la même décision en 2013. Toute les instances au sein du tribunal ont traité cette même affaire et aucune enquête n’a été engagée”. 

Abdelali Hamidine, également président de la commission de l’enseignement à la chambre des conseillers, avait été, en effet, condamné en 1993 à deux ans de prison ferme par la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Fès qui l’avait inculpé de “participation à une réunion séditieuse au cours de laquelle sont exercées des violences ayant entraîné la mort”. C’est un étudiant du nom de Mohamed Aït Ljid Benaïssa qui avait trouvé la mort suite à des affrontements ayant opposé des gauchistes à des islamistes, dont faisait partie Hamidine, dans le cadre des événements de violence qu’avait connus, à l’époque, l’université Dhar Al Mehrez à Fès.

Le PJD en état d’alerte

Depuis cette décision judiciaire de poursuivre Hamidine, émise officiellement par greffier le 7 du mois courant, le parti de la Lampe est en état d’alerte maximum. Il a décidé de constituer un comité au sein du parti présidé par le ministre d’Etat chargé des Droits de l’homme, Mustapha Ramid, après avoir tenu, hier soir, une réunion “exceptionnelle”. Présidée par le chef du gouvernement et secrétaire général du parti, Saad-Eddine El Othmani, cette dernière, qui a rassemblé tous les membres du secrétariat général, a surtout permis au parti de dévoiler officiellement sa position vis-à-vis de cette poursuite, par la voie d’un communiqué.

Le PJD y exprime son “grand étonnement” quant à cette décision rappelant, à son tour, qu’il s’agit d’une affaire déjà jugée. Il précise aussi qu’elle avait fait l’objet d’un arbitrage de l’Instance équité et réconciliation (IER) ayant remis en cause “l’aspect autoritaire” de la détention de Hamidine à l’époque et permis à ce dernier de toucher une indemnité de 82.900 dirhams en réparation des “transgressions” subies. 

Le parti rappelle aussi dans son communiqué que la plainte avait été classée deux fois de suite, ce qui interpelle sa relance “injustifiée” aux yeux des camarades de Hamidine.

Pour le PJD, dans l’état actuel des choses, la légalité de cette nouvelle poursuite est remise en cause, conformément à la procédure pénale, mais aussi au Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Et de citer l’article 14 de ce dernier qui stipule que “nul ne peut être poursuivi ou puni en raison d’une infraction pour laquelle il a déjà été acquitté ou condamné par un jugement définitif conformément à la loi et à la procédure pénale de chaque pays”.

“Cette décision représente une grave atteinte”, estime le PJD, aux règles du procès équitable et au pouvoir judiciaire et constitue “un précédent qui menace la stabilité et la suprématie des sentences judiciaires”.

Le parti de la Lampe énumère, en fait, plusieurs atteintes que constitue, à ses yeux, cette poursuite estimant également qu’elle “va à contre courant” des droits de l’Homme, dont la journée mondiale a été célébrée hier. Il soutient que le respect des fondements de l’Etat de droit a pris “un coup” suite à cette décision émise ”à des fins politiques” et appelle à en “préserver la justice”. “Notre total soutien à Hamidine dépasse le simple appui partisan, il est un appel pour élever les principes de l’Etat de droit et de loi”, conclut-il son communiqué. 

“Il semble que, renforcer les droits de l’homme et les règles fondamentales du procès équitable dans ce pays impose un militantisme amer et sans frontières”, confie Mustapha Ramid sur sa page Facebook. 

Un avis entièrement partagé par l’ancien n°1 du PJD, Abdelilah Benkirane, qui a déclaré au site d’information de la Jeunesse du PJD avoir appelé Ramid au téléphone “pour le féliciter pour sa position”.