TUNISIE
26/03/2019 17h:18 CET

Le prix d'un litre de lait pourrait atteindre 2500 millimes selon la Chambre nationale des producteurs de lait

Les professionnels s'inquiètent d'une nouvelle flambée des prix et tirent la sonnette d'alarme.

bangkok via Getty Images

Le secteur laitier semble s’enliser à nouveau dans une crise sans précédent. Visiblement, le bras de fer entre les autorités et les principaux acteurs de la chaîne de production est loin d’être fini. 

“Nous sommes aux portes d’une grave crise du lait” lance le président de la Chambre nationale des producteurs de lait, Boubaker Mehri sur les ondes de Mosaïque Fm, en marge d’une conférence de presse tenue mardi.

Des centres de collectes de lait se referment, des agriculteurs en colère... Rien ne va dans le secteur, explique Mehri en mettent en garde contre l’effondrement de l’ensemble de la filière laitière en Tunisie.

Selon lui, le stock actuel de lait se chiffre à 26 millions de litres, soit 1 million de litres de moins par rapport à la même période en 2018.  

2500 millimes le litre !

Une pénurie qui pourrait, selon ses dires, engendrer une hausse considérable des prix. Pour Mehri, “si le ministère du Commerce n’accepte pas d’augmenter les prix à la production de 110 millimes et 70 millimes aux industriels, la Tunisie sera contrainte d’importer près de 30 millions de litres de lait, ce qui lui vaut environ 60 millions de dinars en devises”.

 “Un litre de lait pourrait bientôt coûter 2500 millimes” regrette-t-il, sans écarter la possibilité de se trouver en pleine pénurie durant le mois de Ramadan. 

Comparé aux pays voisins, la Tunisie a le prix de lait le moins cher. En effet, le prix public du litre de lait stérilisé est actuellement en Tunisie à 1120 millimes, contre 1500 en Libye, 1900 millimes au Maroc et 1 800 millimes en Egypte.

Pourquoi une telle hausse?

Les acteurs du secteur sont en fait confrontés à un triple souci. D’abord, prendre en considération le pouvoir d’achat du consommateur. Ensuite, ne pas obérer la Caisse de compensation. Enfin, faire face à l’impératif stratégique et vital de préserver la filière laitière et d’éviter son effondrement. Une équation assez compliquée qui ne peut être résolue qu’avec une augmentation du prix.

Selon Karim Daoud, président du Syndicat National des Agriculteurs de Tunisie (SYNAGRI), le problème réside dans le coût de plus en plus élevé de la production agricole, qui est passé de 20% en 2011 à 140% aujourd’hui. “Les agriculteurs sont les parents pauvres de l’économie tunisienne”, déplore-t-il.

Pour nourrir leurs vaches, les agriculteurs importent des aliments concentrés (maïs et soja), dont le prix ne cesse d’augmenter. “Le coût mondial de ces aliments a doublé entre 2011 à 2018. Avec la valeur du dinars qui dégringole, l’agriculteur tunisien vend son lait à perte”, explique-t-il au HuffPost Tunisie

D’autres facteurs interviennent, à l’instar de la hausse du coût de la main d’oeuvre, de la couverture sociale, du carburant, etc. 

De plus, la baisse sans cesse du nombre de vaches frappe de plein fouet le secteur. Pour contrecarrer le vol et la contrebande des troupeaux de bovins vers les pays voisins, les agriculteurs préfèrent vendre leurs troupeaux aux boucheries et profiter de la hausse des prix de la viande. 

Le secteur laitier en chiffres

En Tunisie, la filière du lait compte pas moins de 112.000 éleveurs pour la plupart (82.8%) de petits éleveurs possédant de 1 à 5 vaches et contribuent à hauteur de 11% dans la valeur de la production agricole.

La transformation du lait et de ses dérivés représente 7% de la valeur des industries alimentaires.

Cette industrie est forte de 45 unités dont 11 spécialisées dans le lait avec une capacité de 4.2 millions de litres/jour, 8 dans le yaourt, 2 dans le séchage et 25 dans les fromages.

La production totale s’élève à 1.413 millions de litres par an, dont 995 millions de litres sont traitées et transformées par les unités industrielles.

La consommation annuelle par tête d’habitant est passée en Tunisie de 83 litres par personne en 1994 à 110 litres par personnes en 2017 et reste insuffisante par rapport à la moyenne européenne qui est  250 litres par tête d’habitant.

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