MAROC
09/11/2018 11h:45 CET

Le "Prix du Courage" de Reporters sans frontières n'a pas été attribué à Hamid El Mahdaoui

C'est la journaliste indienne Swati Chaturvedi qui a obtenu ce prix.

ANADOLU AGENCY VIA GETTY IMAGES

PRIX - Le “Prix du Courage” de Reporters sans frontières (RSF) n’a finalement pas été attribué au Marocain Hamid El Mahdaoui. “L’honneur d’être arrivé sur le podium de ce prix est un couronnement en soi”, confie cependant au HuffPost Maroc Bouchra El Khounchafi, épouse du journaliste, exprimant sa satisfaction quant à la nomination de son mari par l’ONG pour figurer sur la liste de 12 journalistes sélectionnés à travers le monde pour ses prix annuels.

El Mahdaoui avait été nominé dans la catégorie “Le Prix du Courage”, qui récompense un journaliste ayant fait preuve de courage dans l’exercice, la défense ou la promotion du journalisme. Poursuivi pour “non-dénonciation d’un crime portant atteinte à la sûreté intérieure de l’État”, El Mahdaoui avait été condamné le 28 juin dernier à une peine de trois ans de prison ferme et une amende de 3.000 dirhams suite aux événements du Rif. Le lendemain, RSF avait dénoncé cette condamnation la qualifiant d’“inique”. Elle avait également déclaré être “profondément choquée par cette condamnation lourde et ubuesque”.

Dans cette même catégorie de prix, trois autres journalistes avaient été sélectionnés par RSF: Paolo Borrometi d’Italie, Çiğdem Toker de Turquie et  Swati Chaturvedi d’Inde. Et c’est cette dernière qui a obtenu ce prix lors d’une cérémonie qui s’est tenue hier soir à Londres à la Getty Images Gallery.

A l’occasion, trois autres prix ont été décernés: “Le Prix de l’Impact”, “Le Prix de l’Indépendance” et, exceptionnellement cette année, ”pour honorer la ville hôte de Londres”, RSF a rajouté à sa liste des récompenses un prix spécial: “L’Esprit de RSF” destiné aux journalistes et médias britanniques.

RSF

De différents pays du monde, la sélection de journalistes pour ces prix représente, pour RSF, une reconnaissance du militantisme à tous les niveaux. “La liste des finalistes de l’édition 2018 reflète les défis que relèvent avec courage et ténacité des journalistes du monde entier”, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF sur le site web de l’ONG, RSF.org. Leur point commun: une lutte acharnée “contre des forces qui convergent pour affaiblir l’indépendance du journalisme, que ce soit les cyber-harceleurs, le crime organisé ou les États autoritaires”, souligne encore Christophe Deloire.

Au cours de cette cérémonie, “Le Prix de l’Impact” a été décerné au journaliste maltais Matthew Caruana Galizia, lauréat du Prix Pulitzer 2017 pour son travail sur les Panama Papers au sein du Consortium international de journalisme d’investigation (ICIJ). “Le Prix de l’Indépendance” a été attribué à la Philippine Inday Espina-Varona, une journaliste qualifiée par RSF de “chevronnée” et “très active sur les réseaux sociaux”. 

Le prix spécial, lui, a récompensé la journaliste britannique Carole Cadwalladr, qui travaille pour The Guardian et The Observer, pour son reportage sur la manipulation des processus démocratiques aux États-Unis et au Royaume-Uni. RSF précise que “son enquête a ainsi révélé le rôle de la société d’analyse de données Cambridge Analytica dans les campagnes de Trump et du Brexit. Ses reportages lui valent d’être, aujourd’hui encore, victime de pressions et de harcèlement”.

RSF

Quant au jury ayant désigné ces lauréats, il se compose de personnalités de renommée internationale. RSF cite, entre autres, Shirin Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix, Wu’er Kaixi, militant chinois - tous deux membres du Conseil émérite de RSF - et Pierre Haski, président de RSF. Et de préciser que la sélection du lauréat du prix spécial “Esprit RSF” a été confiée au conseil d’administration de son bureau de Londres. Ce dernier compte notamment Eve Pollard, figure légendaire de Fleet Street (rue historique de la presse londonienne), James Harding, ex-directeur de BBC News, et Jon Snow, présentateur de Channel 4 News.