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24/04/2018 10h:58 CET | Actualisé 24/04/2018 10h:58 CET

Le printemps des néo-despotes

"Ce néo-despotisme, bien qu’il emprunte certains éléments au despotisme oriental, avance drapé dans de nouveaux langages."

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INTERNATIONAL - Le despotisme a de beaux jours devant lui. Un peu partout, il avance au pas de charge, finissant par la coercition de neutraliser voire d’éliminer les résistances et les contestations. Le but étant d’asseoir le pouvoir d’un chef suprême et omnipotent. Ce néo-despotisme, bien qu’il emprunte certains éléments au despotisme oriental, avance drapé dans de nouveaux langages. Dans certains cas, il s’autorise de la réussite économique, de la stabilité du pays et de l’émergence de nouvelles fortunes pour justifier la répression et les atteintes aux libertés.

Le président chinois, Xi Jinping, nous en fournit un premier exemple éloquent: à 64 ans, il devient président à vie. Il a été élu le 17 mars dernier à l’unanimité par les 2 970 députés chinois. Mais en se prononçant en faveur de la suppression de la limite constitutionnelle de deux mandats, le parti communiste chinois a balisé le terrain pour faire de Xi Jinping non pas un simple président, mais un nouvel empereur. La voie est ainsi ouverte au contrôle et au verrouillage des libertés, avec un renforcement du contrôle sur Internet et sur les médias.

Si Xi Jinping devient empereur, Valdmir Poutine renforce suite au scrutin présidentiel du 18 mars, son statut de tsar. Lors d’un scrutin joué d’avance, il a été réélu avec 76,67% des voix. Poutine garde ainsi la main sur les manettes du pouvoir jusqu’en 2024 et peut-être au-delà. Pour de nombreux Russes, Poutine est un mal qui fait du bien. Ils y voient dans l’homme fort du Kremlin un mythe politique fondateur. Il a su redresser l’image de la Russie à l’international, doper l’économie de marché, et écarter dans la foulée opposants et contestataires.

Si Xi Jinping et Vladimir Poutine ont fait valoir dans leur programme le rebond économique, le nouvel-ancien président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi a vanté quant à lui la politique éradicatrice du bâton et du tout sécuritaire. Réélu avec 97,08%, le maréchal a maintenant les mains libres pour réformer la constitution et devenir ainsi un nouveau Pharaon.

Cette tendance despotique qui se traduit par une prise de pouvoir à vie se manifeste également chez Bouteflika et Erdogan. Le premier est tenté par un 5e mandat. Quant au leader turc, il a appelé à des élections présidentielles et législatives anticipées prévues pour le 24 juin. En cas de victoire, Erdogan deviendra ainsi le “sultan absolu”.

Le despotisme comme pouvoir total, servi par une économie prospère, une dépréciation de la politique, par la peur, n’est-il pas en train de devenir une nouvelle gouvernance où les figures mythiques (l’empereur, le tsar, le pharaon et le sultan) sont réactivées avec force à des fins d’emprise et d’assujettissement?