TUNISIE
13/08/2018 18h:01 CET

Le président du Conseil de la Choura d'Ennahdha réagit à l'initiative présidentielle et lance le débat sur l'interprétation de la Constitution

L'égalité dans l'héritage 'n’est pas une demande populaire pour l’instant, ce n’est pas une priorité pour la Tunisie” estime Harouni

FETHI BELAID via Getty Images

Invité de la radio Mosaïque Fm pour commenter le discours du président de la République Béji Caid Essebsi, en marge de la fête de la femme, au cours duquel il a annoncé une initiative afin d’inscrire l’égalité dans l’héritage au sein du Code du Statut Personnel, le président du Conseil de la Choura d’Ennahdha Abdelkrim Harouni a affirmé que Béji Caid Essebsi a “interprété” la Constitution, une interprétation jugée différente de celle d’Ennahdha.

 

Revenant sur le discours de Béji Caïd Essebsi, Harouni a affirmé que le président de la République a axé sur le caractère civil de l’État via l’article 2 de la Constitution “mais il a oublié l’article premier, qui représente l’identité de cette constitution”.

“Le président de la République a fait une lecture de la Constitution, il l’a interprétée or ce n’est pas la seule compréhension possible de la Constitution” a-t-il dit.

“L’article 2 vient expliquer l’article premier. Quand celui-ci dit que ‘sa religion est l’Islam’, cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’un État théocratique mais que c’est un État qui est tenu d’appliquer les préceptes de l’Islam parce que c’est un État qui représente un peuple musulman” a affirmé Harouni.

Selon lui, “le peuple est musulman et l’État, qui représente le peuple, doit se conformer à cet Islam, aux préceptes de l’Islam et interpréter dans le cadre de ces préceptes”.

Pour Harouni, il existe de nombreux États civils à travers le monde mais chacune ayant ses spécificités: “Qu’est ce qui exprime la spécificité de l’État civil tunisien? C’est le préambule de la Constitution”.

Or, dans ce préambule, un paragraphe démontre selon lui, ce qui fait la spécificité de l’État civil tunisien

“Exprimant l’attachement de notre peuple aux enseignements de l’Islam et à ses finalités caractérisées par l’ouverture et la modération, des nobles valeurs humaines et des hauts principes des droits de l’Homme universels, Inspirés par notre héritage culturel accumulé tout le long de notre histoire, par notre mouvement réformiste éclairé fondé sur les éléments de notre identité arabo-musulmane et sur les acquis universels de la civilisation humaine, et par attachement aux acquis nationaux que notre peuple a pu réaliser”.

“Voilà l’esprit de l’État civil tunisien. Nous voyons que l’interprétation doit donc être faite dans ce cadre. Or le président de la République a fait une proposition en matière d’égalité dans l’héritage et pas en matière d’égalité en terme de citoyenneté comme le dispose la Constitution” a expliqué le président du Conseil de la Choura.

“Si le président de la République veut que l’égalité soit le principe et que l’application des préceptes de l’Islam soit l’exception, l’application des préceptes de l’Islam doit être le principe et les autres propositions les exceptions” a-t-il martelé.

L’égalité dans l’héritage, pas une priorité

Concernant la question de l’égalité dans l’héritage, Abdelkrim Harouni a affirmé qu’Ennahdha a exprimé ses réserves au président de la République car “ce n’est pas une demande populaire pour l’instant, ce n’est pas une priorité pour la Tunisie”.

“Aujourd’hui, quand cette question a été abordée, il y a eu une forte réaction populaire” en Tunisie a-t-il dit, en faisant référence à la manifestation anti-colibe organisée le 11 août dernier au Bardo.

 

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