MAROC
18/02/2019 18h:00 CET | Actualisé 19/02/2019 10h:56 CET

Le premier album de N3rdistan, un OVNI poético-musical

“You the people, have the power.”

N3rdistan

MUSIQUE - Après trois ans de tournée et d’allers-retours entre la scène et le studio, N3rdistan vient d’accoucher de son premier bébé. Sorti le 15 février, l’album éponyme du groupe mêle sonorités électro, textes de grands poètes arabes des siècles passés, rythmes rock et accents rap. À travers 16 titres incisifs, certains bien connus du public et d’autres inédits, le groupe marocain installé en France signe un premier opus percutant.

Les deux fondateurs du groupe, Walid et Widad, tracent à travers cet album les frontières mouvantes de ce territoire imaginaire, le “N3rdistan”, où les genres musicaux fusionnent et les textes engagés s’entrechoquent. Les deux artistes tranchent dans le vif avec des morceaux tantôt rageurs, tantôt mélancoliques, plongeant l’album dans un univers embrumé où seul l’éveil des consciences permettra de voir la lumière au bout du tunnel.

N3rdistan

“You the people, have the power.” (“Vous le peuple, avez le pouvoir”). Dès l’ouverture de l’album, les mots du “Dictateur” de Charlie Chaplin, appelant à se battre pour la liberté et non l’esclavage, annoncent la couleur, auxquels font ensuite écho les textes des poètes syriens Nizar Qabbani et Al-Maari, libanais Gibran Khalil Gibran et irakiens Ahmad Matar et Nazek Al Malaeka, évoquant le déclin des sociétés arabes (“Maliha”), chantant la liberté (“Hor”) ou appelant au réveil politique (“Ya Ouma”).

Chantant essentiellement en arabe et en darija, N3rdistan signe un morceau en français, “Pensées de Verlaine”, pour rendre hommage au poète dont les textes sont “trop peu exploités en France”, nous explique Walid Ben Salim, le leader du groupe, qui ne cache pas son amour immodéré pour la poésie. “Nos familles adorent le verbe et nous ont transmis cet amour par l’éducation. La poésie, c’est quelque chose d’éternel, les textes que nous avons choisis, même si certains datent du 10e siècle, collent à notre société actuelle”, explique-t-il.

N3rdistan livre ainsi un album très engagé voire politique, capable, comme toute oeuvre d’art, d’avoir “une incidence sur la cité et sur notre rôle dans la société”. “On vient du rap, on a l’habitude de faire une musique contestataire”, explique Walid. Le groupe assume également son côté “dark” estimant faire cela “pour être bien dans leur vie”. “Certains titres très durs comme ‘Tafaha Ikayl’ servent d’exutoire. Ça permet, une fois fini, de voir le beau qui nous entoure”. Mais tout n’est pas que noir dans cet album. “Hada (Houwa L7al)” ou “Safir” offrent des interludes plus joyeux.

Bien conscient du rôle d’Internet et des réseaux sociaux dans la découverte de nouvelles expériences musicales, N3rdistan assume son côté touche-à-tout, passant d’un style à un autre ou les entremêlant. “On est passés par pas mal de styles, on a été influencés par des amis qui nous ont fait découvrir d’autres univers. On s’inscrit entièrement dans notre génération qui écoute un peu de tout et like les morceaux de jazz, de métal ou d’électro qui défilent sur sa timeline Facebook”, explique Walid. “On ne peut pas nous enfermer dans une case. Nous, on dit qu’on fait du N3rdistan, c’est-à-dire l’équivalent de tout le folklore d’un pays!”, conclut-il.

Le groupe, qui est déjà reparti en tournée en Europe, devrait faire quelques apparitions au Maroc à partir de cet été, et espère revenir au festival Visa for Music à Rabat en novembre prochain, là où tout a commencé pour eux en 2014. Un deuxième album est également en gestation. “J’espère que cette fois, on le sortira plus tôt que le premier”.