ALGÉRIE
10/09/2019 15h:34 CET | Actualisé 10/09/2019 17h:46 CET

Le pouvoir accélère le train de la présidentielle: qui monte? Qui refuse?

RYAD KRAMDI via Getty Images
This picture taken on July 6, 2019 shows former Algerian prime minister Ali Benflis (2nd-R) and the president of the Algerian Islamist party the "Movement for the Society of Peace" Abderrazak Makri (C), attending with other members of political parties, civil society representatives and national personalities a meeting dubbed the "National Forum for Dialogue", at a hall at the School of Hotel and Restaurant Management in the capital Algiers' suburb of Ain Benian. - The meeting is being held outside the orbit of another national dialogue meeting called for by interim president Abdelkader Bensalah. The initiative "seeks to put in place mechanisms to end the crisis and move, in a reasonable time-frame, towards the organisation" of a presidential election, according to Abdelaziz Rahabi, a former minister who has backed the protests. (Photo by RYAD KRAMDI / AFP) (Photo credit should read RYAD KRAMDI/AFP/Getty Images)

Le train de la présidentielle, lancé de fait quand le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah en déclarant qu’il est “opportun” de convoquer le corps électoral le 15 septembre, s’accélère. Les élections sont  “la voie pour se relever de ses cendres et sortir de cette crise” a réitéré le chef de l’armée, hier, en Conseil des ministres. 

Approuvé hier en Conseil des ministres, les projets de lois relatifs à l’Autorité électorale indépendante et l’amendement de la loi électorale ont été présentés aujourd’hui par le ministre de la justice, Belkacem Zeghmati, devant la commission juridique de l’assemblée populaire nationale (APN). 

La séance plénière pour l’adoption des deux projets de loi est convoquée par demain 11 septembre, “à 9h30”, précise un communiqué publié sur le site de l’APN. Le dispositif est menée au pas de charge, Abdelkader Bensalah, ayant déjà chargé, Karim Younes, de mener des “consultations pour former une autorité indépendante chargée des élections”. 

Dans les médias audiovisuels, publics et privés, les voix opposées à la tenue de l’élection présidentielle dans les conditions actuelles sont bannies, les marches du vendredi et du mardi ne sont pas couvertes quand elles ne sont pas présentées comme des soutiens à la tenue des élections dans les “plus brefs délais”. Le rouleau compresseur du pouvoir vers la tenue des élections présidentielles est en marche et il ne laisse plus aux acteurs que le choix d’y monter. 

Qui monte dans le train, qui refuse? Les partis du cinquième mandat (FLN, RND) ainsi que l’UGTA sont acquis, cela n’est pas une surprise.  Pour le reste, il est plus facile d’être précis sur ceux qui refusent de monter dans le train? Ceux qui veulent y aller ne s’affichent pas encore en invoquant les règles de fonctionnement organique ou l’attente d’une convocation “officielle” du corps électoral pour se prononcer.

 

Ceux qui ne montent pas dans le train

Accusés de tous les maux par le pouvoir , les partisans d’une transition démocratique et d’un processus constituant regroupés au sein de l’Alternance démocratique ont clairement affiché leur rejet de l’élection présidentielle. 

Empêchés de se réunir à plusieurs reprises, les Forces de l’Alternative démocratique (RCD, FFS, PT, PST, PLD, MDS, UCP ainsi que la la Laddh et  plusieurs personnalités politiques) ont clairement rejeté, hier, lundi, leur rejet de “l’agenda de l’élection présidentielle” fixé par le pouvoir. Ils ont dénoncé, dans une allusion directe au chef d’état-major de l’armée, les “menaces et accusations”  de trahison proférées “à partir des casernes”.

Si le pôle de l’Alternative démocratique est clairement positionné contre la tenue des élections et pour une transition, les choses sont moins claires du côté du pôle des forces du changements où l’on retrouve des candidats “potentiels”.

 

Ceux qui hésitent

Abdelaziz Rahabi, l’ancien ministre de la communication, a cessé de parler depuis le 31 aôut, date de son dernier post sur twitter. Son ultime position sur la tenue des élections présidentielles remonte à la mi-aôut où il estime que dans les “conditions actuelles”, les Algériens “n’iront pas voter”.

Lors de la marche du 29ème vendredi, maître Mustapha Bouchachi a déclaré que les Algériens vont continuer leur combat. “Ils ne refusent pas les élections, mais ils refusent qu’elles soient organisées par cette 3issaba”. 

 Abdallah Djaballah avait jugé la date du 15 septembre pour la convocation du corps électoral de “précipité”. Le peuple, a-t-il dit, “ va boycotter ces élections si elles sont organisées avec cette rapidité parce que la date est trop proche”.

 Le chef du MSP, Abderrezak Makri, candidat potentiel, dit attendre la convocation officielle du corps électoral et il reviendra au majliss echoura de se prononcer. Ouvertement opposé à la Constituante, Makri s’est dit pour des élections présidentielles dans des “délais raisonnables”. 

 “Si les conditions sont réunies, on peut organiser une présidentielle dans deux mois. mais si on continue à refuser de libérer le champ médiatique, et à empêcher la société civile d’agir, la présidentielle a peu de chance de pouvoir se tenir” a-t-il déclaré au journal El Khabar, le 4 septembre dernier.

 L’autre candidat potentiel, Ali Benflis, ancien chef de gouvernement et président du parti Talaie El Hourriyet, ne se prononce toujours pas clairement. Son parti n’a pas réagi au discours de Gaïd Salah demandant à ce que le corps électoral soit convoqué le 15 septembre. 

Dans une courte vidéo postée hier, donc après l’accélération du train de la présidentielle par le pouvoir, Ali Benflis n’évoque pas la question de l’élection présidentielle, mais met en garde contre ceux qui “confondent entre chute du régime et chute de l’Etat”. “Il ne faut pas mélanger entre la chute des corrompus et du régime corrompu et l’atteinte à l’Etat. L’Etat est sacré…”.  

Ali Benflis ne dit pas dans sa vidéo qui sont ceux qui seraient pour la chute de l’Etat? Le hirak? Le pôle de l’Alternative démocratique? Cela reste à préciser… mais il est évident que le discours n’est pas pour déplaire au pouvoir.