ALGÉRIE
17/10/2018 15h:44 CET

Le PM australien : "Nous n’avons pas encore décidé de transférer à Jérusalem notre ambassade en Israël"

Cette reculade intervient après les menaces indonésiennes de suspendre la conclusion, prévue prochainement, d’un accord commercial entre l’Indonésie et l’Australie. Elle intervient également devant les accusations qu’affronte Scott Morrison de vouloir faire de son pays "non simplement un vassal des Etats-Unis mais un jouet aux mains de Donald Trump".

David Gray / Reuters

L’Australie n’a pas arrêté de décision ferme concernant le transfert à Jérusalem de son ambassade dans l’Etat d’Israël, rapporte The Middle East Monitor citant une déclaration du Premier ministre australien, Scott Morrison, aujourd’hui, devant le Parlement.

Le responsable australien, précise ce journal, a expliqué qu’il voudrait consulter les leaders de la région et les pays alliés “avant que [son] gouvernement ne se fasse son opinion propre sur cette question”.

Cette déclaration, qu’on peut considérer comme une reculade, intervient peu après que Scott Morrison a déclaré qu’il était “ouvert à une telle proposition” non sans souligner que son pays était “engagé pour la solution des deux Etats”.

 

Seuls quelques pays ont “osé” 

Pour rappel, les Etats-Unis d’Amérique ont transféré leur ambassade à Jérusalem, dont la partie orientale, occupée par l’armée israélienne en 1967, est considérée par les Palestiniens comme la capitale naturelle de leur Etat à construire. Le Guatemala a également pris la même décision que les Etats-Unis, tandis que la Tchéquie et la Roumanie ne l’excluent plus. Le Paraguay, qui en a exprimé l’intention, a, depuis, révisé sa position.

L’inauguration de l’ambassade US à Jérusalem en mai 2018 a provoqué une vague de protestations radicales dans les territoires palestiniens. Elle est une des raisons pou lesquelles l’Autorité palestinienne n’accepte plus de médiation américaine dans le conflit opposant les Palestiniens à l’Etat hébreu.

 

La menace de représailles indonésienne 

Cette reculade de Scott Morrison pourrait s’expliquer par deux facteurs. Le premier est le flot de critiques que sa position a déclenchées en Australie. Le Premier ministre, note The Middle East Monitor, a été notamment accusé de “tourner le dos à 70 ans de politique extérieure australienne”.

Le second facteur, ce sont des informations sur d’éventuelles représailles indonésiennes, notamment la suspension de la conclusion, prévue prochainement, d’un accord commercial entre les deux Etats. Ces menaces se sont d’ailleurs nettement confirmées aujourd’hui. Selon le journal britannique The Guardian, une chaîne de télévision australienne, Channel Seven, a indiqué que le Premier ministre indonésien avait prévenu l’Australie qu’une telle décision serait ressentie par son pays comme “un camouflet” qui lui est infligé.

La ferme réaction indonésienne semble avoir été le facteur le plus déterminant dans l’attitude actuellement plus prudente du Premier ministre australien.

 

Suivisme

Ce que Scott Morrison a appelé son « ouverture » à l’idée de transférer à Jérusalem l’ambassade australienne en Israël apparaît d’autant plus clairement comme une position suiviste à l’égard des Etats-Unis qu’il a par ailleurs a déclaré que l’Australie pourrait revoir son appui à l’accord nucléaire avec l’Iran.

Critiquant cet alignement sur la politique extérieure américaine, Michael Pascoe, éditorialiste au journal australien The New Daily, a écrit, dans un texte éloquemment intitulé « L’Australie semble être le 51e Etat des Etats-Unis d’Amérique » : «‘’Nous sommes une nation souveraine’’, a déclaré Scott Morrison, avant d’agir comme si nous ne l’étions pas, comme si l’Australie était non simplement un vassal des Etats-Unis mais un jouet aux mains de Donald Trump.»