MAROC
01/04/2019 11h:40 CET

Le pape François s'exprime sur la question de la liberté religieuse et des conversions au Maroc

"La liberté se développe toujours, elle croît."

Capture d'écran/KTO TV
Le pape François donne une conférence de presse dans l'avion papal à son retour du Maroc, le 31 mars 2019.

VISITE PAPALE - Le pape François s’est exprimé, dimanche 31 mars dans l’avion du retour du Maroc, sur la liberté religieuse dans le royaume. Répondant aux traditionnelles questions des journalistes à bord de l’avion papal entre Rabat et Rome, le souverain pontife a affirmé que la liberté de culte et la liberté religieuse existent dans le royaume. 

“Je peux dire qu’au Maroc il y a la liberté de culte, il y a la liberté religieuse, il y a la liberté d’appartenance à une religion. Ensuite, la liberté se développe toujours, elle croît. Pensons à nous, chrétiens, il y a 300 ans, s’il y avait cette liberté que nous avons aujourd’hui? (...) Il y a 300 ans, on brûlait vivants les hérétiques”, a-t-il répondu à un journaliste du quotidien français La Croix qui lui demandait s’il était préoccupé par les difficultés que rencontrent les musulmans convertis au christianisme, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessous (à partir de 6′50):

“Il y a des catholiques qui n’acceptent pas ce que (le concile, ndlr) Vatican II a dit sur la liberté de culte, la liberté de conscience. (...) Nous aussi nous avons ce problème. Mais les frères musulmans croissent aussi dans la conscience. Dans certains pays, ils ne le comprennent pas ainsi, ou ils ne croissent pas comme les autres. Mais au Maroc, il y a cette croissance”, a ajouté le pape.

“Ils sont plus ouverts, plus respectueux”

“Dans ce cadre-là, il y a le problème de la conversion. Dans certains pays, on ne le voit pas encore. Je ne sais pas si elle est interdite, mais la pratique est interdite. Dans d’autres pays comme au Maroc, cela n’est pas un problème. Ils sont plus ouverts, plus respectueux. Il y a des façons de procéder avec discrétion”, a-t-il encore estimé, soulignant que dans d’autres pays, “ils disent: ‘il n’y a pas de problème, mais nous préférons que le baptême se fasse à l’étranger et qu’ils reviennent chrétiens’.” Pour le pape, “ce sont des façons de progresser dans la liberté de conscience et la liberté de culte”.

Revenant sur sa visite au Maroc, le pape François a expliqué que celle-ci lui avait permis “de parler de ce qui (le) touche au cœur: la paix, l’unité, la fraternité”. Le pape a souligné que ce voyage lui a donné l’image d’une “belle fleur de coexistence”, appelant à persévérer sur cette voie et à transcender les difficultés “qui existent malheureusement parce qu’il y a des groupes intransigeants”. “Dans notre religion, il y a toujours un groupe intégriste qui ne veut pas aller de l’avant, qui vit des souvenirs amers des luttes passées et qui cherche plus la guerre et sème la peur”, a reconnu le pape François, appelant à “semer l’espérance”.

Construire des “ponts”

Le souverain pontife a souligné dans ce contexte les vertus du dialogue et de l’ouverture vers l’Autre qu’il a constatées dans le royaume. “Nous avons vu dans le dialogue avec vous au Maroc qu’il faut des ponts. Nous ressentons de la douleur quand nous voyons les personnes qui préfèrent construire les murs (…), ceux qui construisent les murs finiront prisonniers des murs qu’ils construisent. Ceux qui construisent les ponts vont de l’avant”, a-t-il averti. “Le pont est pour la communication humaine, c’est très beau et je l’ai vu ici au Maroc”, a souligné le pape François.

Évoquant l’Appel d’Al Qods signé avec le roi Mohammed VI samedi 30 mars, le pape François a affirmé qu’il s’agit d’“un pas en avant, qui émane non pas d’une autorité du Maroc et d’une autorité du Vatican, mais fait par des frères croyants qui souffrent en voyant que cette cité de l’espérance n’est pas encore aussi universelle comme nous le voulons tous”. “Juifs, musulmans et chrétiens. Tous nous voulons cela. Et pour cela nous avons signé cet Appel. Ce désir, plus qu’un accord, un désir, un appel à la fraternité religieuse qui est symbolisée dans cette cité qui est à nous tous”, a affirmé le pape.

Il a également évoqué la question migratoire et appelé à la générosité de l’Europe. “Je n’arrive pas à accepter autant de cruauté et de noyades en Méditerranée”, a dit le Pape François, notant que “l’accueil, l’accompagnement et l’intégration restent les valeurs clés de la solution à élaborer”.