MAROC
31/03/2019 19h:17 CET | Actualisé 31/03/2019 19h:40 CET

Le pape François célèbre une messe géante au complexe sportif Moulay Abdallah de Rabat (REPORTAGE)

Près de 10.000 personnes ont assisté à la messe.

ASSOCIATED PRESS

RELIGION – C’était le grand rendez-vous de sa visite. Dimanche 31 mars, pour clore son voyage officiel au Maroc, le pape François a célébré une messe géante au complexe sportif Prince Moulay Abdallah de Rabat. Près de 10.000 personnes, de toutes les religions et nationalités, étaient présentes pour communier et célébrer la fraternité. Le rendez-vous ne manque pas de rappeler la visite du pape Jean-Paul II au Maroc en 1984, qui avait rassemblé plus de 80.000 jeunes musulmans au stade Mohammed V de Casablanca. Ils étaient moins nombreux, ce dimanche, mais la ferveur était la même.

A midi, le complexe est déjà bien rempli. Au centre, le lieu sportif a été transformé en lieu de prière. L’autel, la croix. Tout est là. Autour, on agite déjà les drapeaux du Maroc et du Vatican. Il reste encore plus de deux heures avant le début de la messe. Ce matin, le pape François prononçait l’Angelus depuis la cathédrale Saint-Pierre. Pour patienter avant son arrivée, des jeunes originaires d’Afrique subsaharienne commencent à chanter. Ils sont près de 700 étudiants au Maroc à avoir fait le déplacement pour ce week-end exceptionnel. Aujourd’hui, ce sont eux qui forment en majorité l’Eglise catholique du royaume.

Remo Casilli / Reuters

Répétitions et écrans géants

Peu avant le début de la messe, les 500 choristes venus de toutes les paroisses du Maroc répètent quelques chants. “Nous allons répéter le ‘Notre Père’ en arabe”, lance-t-on au micro. Le pape François, en témoignage de l’ouverture et du rapprochement qu’il promeut, proposera une messe en anglais, en arabe, en français et en espagnol. L’écran géant s’allume. Le souverain pontife a laissé sa papamobile de la veille, mais il est bien là, aux portes du stade. Dans le complexe, c’est l’effervescence. On l’acclame avant même qu’il ne soit arrivé.

14h45. Le pape François fait son entrée dans la salle du complexe. Il n’y a plus un bruit, mais l’émotion est palpable. Pour cette messe, il est accompagné de l’archevêque d’Alger et de l’évêque d’Oran, ainsi que d’autres dignitaires de l’Église, notamment l’archevêque de Rabat, Mgr Cristóbal López Romero, et l’archevêque de Tanger, Mgr Santiago Agrelo Martinez. Parmi les personnalités présentes figurent, au premier rang des officiels, le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, et le ministre des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq. De nombreux ambassadeurs ont également fait le déplacement.

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La liturgie consacrée à la miséricorde

Pour cette messe, le pape François a choisi le thème de la miséricorde. Après les différentes paroles, prières et temps de méditation, l’Evangile est lu, puis vient le grand moment de l’eucharistie. Les prêtres prennent le relais pour distribuer les hosties, accompagnés de jeunes provenant des paroisses du Maroc. Les fidèles se bousculent dans les escaliers du complexe pour avoir la chance de goûter au “pain” béni par le pape. Avant de clore la messe, qui a duré près de deux heures, deux cadeaux sont remis au pape François. Un arganier, arbre typique du Maroc et symbole de fraternité, apporté par des jeunes de l’association d’Essaouira “Marocains Pluriels”. Et une sculpture de bronze représentant Jésus portant la croix. Elle a été imaginée par Sahbi Chtioui, un artiste d’origine tunisienne installé au Maroc.

Avant de quitter définitivement le royaume, l’archevêque de Rabat a un message à adresser au pape. Il rappelle que le pape François aime à aller vers les périphéries, et que ses paroles se sont transformées en exemple, grâce à cette présence aujourd’hui. “Merci pour votre soutien continu au dialogue entre musulmans et chrétiens”, dit Mgr Cristóbal López Romero. “Notre Église et chacun de nous voulons être un pont entre musulmans et chrétiens. Nous voulons être comme vous, des pontifes, des constructeurs de ponts et non pas de murs, de tranchées, de barrières ou de frontières”, ajoute-t-il sous des milliers d’applaudissements. L’archevêque assure que tous s’engagent à prier pour lui. “Mais s’il vous plaît, ne nous oubliez pas dans votre prière”, conclut-il. “Viva el papa!”, s’écrie la foule, pour accompagner le départ du pape François.

Handout . / Reuters

Un “beau message de fraternité”

À la sortie de la messe, les fidèles déferlent sur le parking du stade. Embrassades, youyous et discussions dans toutes les langues fusent. Certains sont venus de loin pour voir le pape. “J’habite à Fès, je suis venu pour la messe. C’est une opportunité qu’on attend toute la vie, et aujourd’hui c’est une réalité, je suis très content. C’est la première fois que je vois le pape en vrai”, nous raconte un jeune subsaharien. Même son de cloche chez cette Congolaise installée depuis 14 ans au Maroc. “Depuis ma naissance, je le vois à la télévision et sur YouTube. C’est grâce au roi Mohammed VI que j’ai la chance de le voir aujourd’hui en vrai, et je suis venue même si je suis malade!”, confie-t-elle très enthousiaste, avant de lancer un “viva el papa!” retentissant.

Pour Assou, Marocain berbère de 81 ans résidant à Goulmima, la venue du pape au Maroc est un moment historique. “Je suis berbère mais j’ai été élevé par les Bénédictins du monastère d’Azrou qui m’ont recueilli dans la rue quand j’avais 10 ans et j’ai grandi avec les franciscains”, nous raconte-t-il. “Je suis venu d’Errachidia. Le pape représente beaucoup pour moi. J’ai photographié toute la messe pour envoyer les photos à mes amis en France”.

“On habite à Rabat mais même si la messe avait eu lieu à Casablanca ou ailleurs, on se serait déplacés pour le voir. On n’a pas des occasions comme ça tous les jours”, explique une mère de famille française, installée dans la capitale marocaine depuis trois ans. “C’est un beau témoignage de fraternité entre les chrétiens et les musulmans. Pour les Marocains comme pour nous chrétiens, c’est très symbolique que le pape vienne ici en terre musulmane”, ajoute-t-elle, estimant qu’il faut maintenant “montrer au monde qu’on vit chacun notre foi, ensemble, et qu’on se respecte les uns les autres”.