ALGÉRIE
08/09/2019 15h:45 CET | Actualisé 08/09/2019 17h:32 CET

Le panel apporte sa caution à une marche forcée vers les élections présidentielles

capture d'ecran
Panel de Karim Younes

L’ordre de route était fixé, aller vite vers l’élection présidentielle, la mission a été “accomplie” avec célérité par les membres de la commission Karim Younès - ou Instance nationale de dialogue et de médiation - qui ont affiché leur satisfaction devant la presse après avoir été reçu par le chef d’état par intérim, Abdelkader Bensalah. 

 

Pratiquement au même moment, il se confirmait, comme prévu, que la wilaya d’Alger a interdit la tenue de la convention du pacte de l’Alternative démocratique au niveau de la Safex. La rencontre est censée désormais avoir lieu au siège du RCD à El Biar…. 

 

Les deux faits donnent le ton d’une marche à pas cadencés vers l’élection présidentielle qui ne tient pas  compte du rejet d’une bonne partie du corps électoral qui s’exprime les mardis et surtout les vendredis. 

 

 Comme le souligne l’analyste Nadjib Belhimer, la marche “vers des présidentielles dans les plus brefs délais est une décision du chef d’état-major. Depuis qu’il a annoncé la date de la convocation du corps électoral, la mission de l’Instance de dialogue et de médiation s’est réduite à apporter une couverture politique à la décision et à le faire passer par des bavardages et des inexactitudes…”. 

 

Commission indépendante de surveillance des élections, révision de la loi électorale, tout cela était annoncé par le chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, dans des interventions publiques destinées à hâter le rythme. C’est pratiquement chose faite. La seule chose que  Karim Younès n’a pas ouvertement repris à son compte, c’est la date du 15 septembre fixée par le chef d’état-major, pour l’annonce de la convocation du corps électoral. Il ne reste plus qu’à “offrir” le départ de Bedoui - même si la Constitution dont on fait grand cas ne le permet pas - comme “gage” de bonne volonté. Et cela viendra probablement vite car l’on est dans l’ordre de route des plus “brefs délais”.

 

Un passage en force très risqué

La mission du panel est terminée, mais Karim Younès, qui “ne commente pas” ce que dit le chef d’état-major, est déjà en charge d’une autre mission, celle de mener “les consultations pour former une autorité indépendante chargée des élections”

 Un communiqué de la présidence indique que le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah a demandé à Karim Younes  de “poursuivre ses efforts et à mener les consultations nécessaires pour former et installer une autorité indépendante chargée des élections”. 

 Et il fera probablement “vite”. Le cap du passage en force est clairement pris vers une élection présidentielle exigée par le chef de l’armée. Réussira-t-il à attirer des candidats? La question se pose, le précédent de l’échéance du 4 juillet annulée faute de candidats sous pression d’un mouvement populaire qui refuse une élection organisée par les figures du régime, est encore dans les esprits. 

 Le régime qui espère susciter des vocations ne leur offre même pas de quoi sauver la face avec des détenus d’opinion maintenus en prison dont le vieux et glorieux Moudjahid Lakhdar Bouregaa et des médias aux ordres et les médias offshore en premier. Pas de quoi susciter l’enthousiasme des futurs électeurs d’une élection qui risque de se passer dans des conditions d’extrême tension. 

 Mais il y aura probablement des candidats, certains partisans piaffent depuis d’impatience depuis des semaines sur les réseaux et n’hésitent plus à diffuser des discours complotistes sur le Hirak. L’autre question: que fera le pouvoir face aux manifestations des mardis et des vendredis qui reprennent leur essor?  Va-t-il prendre le risque d’une répression généralisée pour stopper un mouvement dont la résilience et pacifisme sont soulignés.

 La politique n’est pas une simple manoeuvre militaire, à plus forte raison quand une grande partie de la population est en rupture avec un régime corrompu et ne veut pas d’un retour en arrière. Le choix du passage en force qui se profile est chargé de risques.