MAROC
10/12/2018 11h:43 CET | Actualisé 10/12/2018 12h:05 CET

Le Pacte de Marrakech formellement adopté par la communauté internationale

"Le Pacte mondial demeure une promesse que l’Histoire jugera. Il n’est point temps encore d’en célébrer la réussite" a souligné le roi Mohammed VI dans son message.

FADEL SENNA via Getty Images

MIGRATIONS - Diplomates, hauts-fonctionnaires et journalistes du monde entier sont en conclave ce lundi matin à Marrakech pour l’adoption du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, sous l’égide des Nations Unies. L’esplanade de Bab Ighli, qui avait accueilli le village de la COP 22 en 2016, s’est, en l’espace de quelques jours, métamorphosée en centre international de conférence aux couleurs de l’ONU pour recevoir cette grand-messe présidée par Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.

Une transformation qui n’a pas manqué d’impressionner le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Gutierrez, pour qui l’organisation d’un tel événement relève du miracle. “Je dois dire qu’il y a quelques semaines, il n’y avait rien ici. C’est un miracle fantastique grâce au travail extraordinaire de notre hôte marocain qui a organisé un si beau centre de congrès construit à partir de rien en quelques semaines. Je tiens à souligner à quel point j’admire ce qui a été fait” a-t-il déclaré. 

“Pour un rendez-vous historique, comme celui qui nous rassemble en ce jour, est-il un lieu plus symbolique que l’Afrique, origine même des premiers déplacements humains, que le Maroc, terre d’immigration, de transit et d’émigration, que Marrakech, son creuset intemporel? Nous vous accueillons à Marrakech, en terre d’Afrique, avec fierté et humilité” a souligné le roi Mohammed VI dans un discours royal lu par le premier ministre Saad Eddine El Othmani. 

Si l’endroit est chaleureux et accueillant, l’accueil réservé à ce pacte, entaché par des intox et fake news en tout genre, l’est un peu moins. Fruit de 18 mois de négociations, ce document pourtant peu commenté par la communauté internationale au moment de son élaboration dès 2016, a fait l’objet de virulentes remarques et d’une intense instrumentalisation politique ces dernières semaines.

Pourtant, il suffit de lire les premières lignes du Pacte pour en saisir le caractère non-contraignant: défense des droits de l’Homme, des enfants, reconnaissance de la souveraineté nationale et liste des propositions pour aider les pays à faire face aux migrations, échanges d’information et d’expertises, intégration des migrants, entre autres. Il interdit les détentions arbitraires, n’autorisant les arrestations qu’en dernier recours.

Adoption formelle du pacte

Ce lundi matin à Marrakech, les hauts-responsables présents ont rappelé lors de déclarations liminaires devant près de 150 États membres, l’objectif de ce Pacte: réaffirmer les valeurs et principes contenus dans la Charte des Nations Unies et la Déclaration universelle des droits de l’Homme (ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’adoption du document coïncide avec le 70eme anniversaire de celle-ci).

Proclamation orale et coup de marteau: il aura fallu quelques secondes pour qu’il soit adopté. En sa qualité de président de la conférence, Nasser Bourita a coordonné l’adoption formelle du Pacte mondial, salué la confiance placée en lui par la communauté internationale et mis en avant les efforts “colossaux” déployés par le royaume afin de parvenir à un consensus mondial autour de la question de la migration.

“Cette conférence historique est le couronnement d’un long processus qui a commencé en 2016 avec l’adoption par les Nations Unies de la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants. Il s’agit d’une conférence d’engagement face aux défis de la migration et de l’action ferme au service des Etats et des droits des migrants” a-t-il précisé lors de son allocution. 

De son côté, le secrétaire général de l’ONU a relevé que le Pacte procède d’une démarche qui doit permettre d’aider non seulement les migrantes et les migrants, mais aussi les communautés d’origine et d’accueil. “Ce moment est le produit inspiré d’efforts”, a-t-il déclaré à l’ouverture des débats. “Nous ne devons pas succomber à la peur ou aux faux narratifs sur la migration”, a-t-il poursuivi. “La migration devrait être un acte de choix et jamais de désespoir”. 

Sur les 193 pays membres des Nations Unies, 160 étaient annoncés à Marrakech pour l’adoption du Pacte (une quinzaine de pays ont fait part de leur retrait ou du gel de leur décision sur le pacte). En raison de l’absence de détails, il est pour l’heure impossible de connaître l’intégralité des pays représentés sur place qui ont adopté le document à l’unanimité. 

“Pour l’heure, le Pacte mondial demeure une promesse que l’Histoire jugera. Il n’est point temps encore d’en célébrer la réussite. Le défi de cette conférence est de montrer que la communauté internationale fait le choix d’une solidarité responsable au sujet de la question de la migration”, relève le message royal. Car il s’agit de ne pas crier victoire trop vite: le document doit désormais faire l’objet d’un ultime vote de ratification, le 19 décembre à l’Assemblée générale des Nations unies à New-York.