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05/05/2019 09h:14 CET | Actualisé 05/05/2019 09h:14 CET

Le mouvement populaire face à la question des institutions

Ramzi Boudina / Reuters

Parmi les nombreuses questions qui se pressent dans la tête des millions d’Algériens sevrés de politique pendant des décennies, questions dont les racines s’enchevêtrent à travers plusieurs couches géologiques de fausses évidences et de vrais malentendus, celle des « institutions ».

Pour devenir souverain le peuple devra s’emparer de l’idée de l’Etat. La concevoir et la faire advenir. Transformer ce qui est encore un rêve, un désir, une aspiration, en une idée concrète, un projet réalisable, par la raison et la volonté. 

Dans le monde d’aujourd’hui, un Etat viable est un Etat légitime, un Etat efficace, un Etat démocratique.

Pour parvenir à un tel stade de développement, il faudra d’abord que le régime actuel soit défait. Ensuite que le pays s’engage dans un processus de transition démocratique. Que ce processus permette de créer les conditions d’élaboration d’une Constitution pérenne, puis la tenue d’élections présidentielles, législatives et locales démocratiques.

Aujourd’hui les positions du régime sont claires. Les positions du peuple sont claires. Reste à l’Armée Nationale Populaire de se déterminer. 

Dans ce contexte, on parle parfois de l’ANP comme de l’“institution militaire”. Or il ne peut y avoir d’institution dans un système de gouvernance non institutionnel. 

L’ANP pourra devenir une institution lorsque notre pays aura construit un Etat démocratique, un Etat de droit, un Etat pleinement légitime.

Alors, comme institution, l’ANP sera régie par des règles qui s’imposeront à tous, à l’intérieur et à l’extérieur de l’armée, et des comportements conformes aux principes et à l’état d’esprit démocratiques, lorsque les pouvoirs seront séparés et que la Constitution aura établi la place et le rôle des différents pouvoirs et des différentes institutions.

Aujourd’hui, l’ANP a une responsabilité et une chance historiques : Elle a la possibilité d’agir de façon décisive pour le succès de la transition démocratique, en abandonnant le régime actuel à sa faillite et en optant pour le soutien effectif du mouvement populaire.

Dans ce cas, elle aura contribué à remplacer le régime du coup d’Etat, de l’arbitraire et de la corruption, par un régime démocratique, un régime du droit et des institutions. On pourra parler alors d’une institution militaire, parmi les institutions du régime démocratique.

Ce faisant, d’ores et déjà, par son engagement en faveur de la transition, l’ANP gagnerait de nouveaux galons, ceux de la légitimité démocratique et institutionnelle.