MAROC
06/11/2019 11h:18 CET

Le Ministère public répond aux accusations de Nasser Zefzafi sur des violences qu'il aurait subies

Le procureur du roi se dit "disposé" à ouvrir une nouvelle enquête "si Nasser Zefzafi apporte de nouvelles preuves".

Youssef Boudlal / Reuters
Le militant du Hirak Nasser Zefzafi donne un discours à Al Hoceima, le 18 mai 2017.

JUSTICE - L’enregistrement de Nasser Zefzafi “leaké” en ligne continue de secouer la justice marocaine. Quelques jours après que le directeur de la prison Ras El Ma à Fès, où est détenu Zefzafi, a été démis de ses fonctions, le Ministère public s’est enfin exprimé sur l’affaire en affirmant, mardi, sa disposition à ouvrir une nouvelle enquête “si le détenu Nasser Zefzafi apporte de nouvelles preuves”.

Dans un communiqué, le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Casablanca indique, en réaction à un enregistrement audio du détenu au moment où il était incarcéré à la prison locale de Ras El-Ma à Fès, diffusé sur certains réseaux sociaux et dans lequel il affirme “avoir subi lors de son arrestation des actes obscènes de violences et d’attentat à la pudeur”, que cette affaire a été portée devant la justice et que Zfzafi avait confirmé, lors de sa comparution pour la première fois devant le Parquet, le 5 juin 2017, en présence de sa défense, “n’avoir subi que de la violence au moment de son interpellation à Al-Hoceima”.

Des violences que ce dernier avait alors justifiées par la présence de cicatrices de légères blessures constatées sur son corps, lesquelles ont été notifiées dans le procès-verbal de son arrestation et qui s’étaient avérées être dues à “sa résistance farouche et violente au moment de son interpellation par les éléments de sûreté”, continue le communiqué du Ministère public.

Ce détenu n’avait, selon la même source, évoqué “aucun attentat à la pudeur”, ce qu’il pouvait réclamer devant le Parquet général directement après la fin de la période légale de son arrestation, mais avait au contraire déclaré que les éléments de la police judiciaire ayant mené l’enquête l’avaient bien traité et ne lui avaient fait subir aucune violence ni torture lors de l’interrogatoire. Les mêmes déclarations de sa défense ont été faites à plusieurs médias électroniques juste après la fin du procédé de déferrement devant le Parquet général, explique le procureur.

Une première plainte classée

Lors de son interrogatoire en première instance par le juge d’instruction, Nasser Zefzafi avait déclaré avoir fait l’objet d’une tentative d’attentat à la pudeur, à savoir un attouchement anal par un bâton lors de son arrestation par les éléments de la police, selon la même source, qui précise que l’expertise médicale à laquelle il a été soumis le 8 juin 2017 a démontré “qu’il n’a fait l’objet d’aucune agression, de viol ou d’attentat à la pudeur et que ses blessures établies dans le procès-verbal de la police judiciaire remontent à la date de son arrestation le 29 mai 2017”.

Au regard “du caractère infondé de ces allégations”, le juge d’instruction a ordonné sa comparution, au cours de laquelle il avait réitéré les mêmes allégations, formulées par sa défense sous forme de plaidoyers, que le tribunal avait rejetées pour manque de preuves, note le communiqué.

Quatre mois après son déferrement devant le parquet général, ajoute le Ministère public, Nasser Zefzafi a présenté une plainte contre les éléments de sûreté qui avaient procédé à son arrestation reprenant les mêmes allégations, ce qui a incité le parquet à ouvrir une enquête minutieuse au cours de laquelle toutes les parties concernées ont été auditionnées, y compris les éléments de sûreté mentionnés dans la plainte.

Le communiqué fait également savoir que le parquet, n’ayant relevé ni agression ni attentat à la pudeur, a décidé de classer la plainte, considérant que les blessures légères qui avaient été constatées par la Brigade nationale de la police judiciaire et confirmées par l’expertise médicale, remontent à la date de son arrestation par les forces publiques, “ce qui prouve que les conditions de son arrestation étaient légales”.

Le Ministère public souligne que “le fait d’attendre plus de deux ans après sa condamnation, en première instance puis en appel, pour réitérer les mêmes allégations et de manière obscène, telles que rapportées dans l’enregistrement audio, mais qui n’ont jamais été évoquées tout au long de son procès, est du moins surprenant et soulève de nombreuses questions quant au bien fondé de ces allégations”.

Le Ministère public, tout en réaffirmant sa disposition à ouvrir une nouvelle enquête si ce détenu apporte de nouvelles preuves, fait part “de son rejet catégorique de la torture et du traitement cruel ainsi que tout recours aux procédures judiciaires pour des fins autres que celles d’établir la justice et de faire prévaloir la vérité”, conclut le communiqué.